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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 21:13

Temps et espace se déploient dans la physique et s'anéantissent dans le physique

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 16:31

L’article est profondément juste. Je soutiens la thèse que loin d’être un sommet, nous sommes au contraire plongés dans l’état le plus noir que les sociétés humaines aient jamais connu. Cela s’accompagne d’une réduction drastique des capacités cognitives humaines, en termes de mémoire, d’intuition, d’habileté, de connaissances, de capacités déductives, d’acuité sensorielle, etc. Il s’agit d’une destruction totale non seulement du « savoir explicite », mais également du « savoir implicite », tel que stocké au sein des gènes. L’ultime degré de cet amoindrissement est l’intelligence artificielle, qui nous rendra tous crétins, comme il se constate déjà. La première étape de cette réduction cognitive fut l’invention de l’écriture, première externalisation, premier « util » (Heidegger), aux conséquences énormes, notamment en terme de structure politique. De ce passage catastrophique, l’opposition entre Socrate et Platon est le moment le plus connu. Des esprits courts en tirent argument pour dire qu’il s’agit là de l’opposition classique entre anciens et modernes, entre jeunes et anciens. Il faut plutôt voir dans cette remarque l’incapacité intrinsèque de l’esprit humain à envisager les horizons longs, à dépasser les bornes limitées de sa propre vie. Cela nous renvoie à la conception du temps que nous nous faisons.

Pour l’Occidental, le temps est orienté, et orienté nécessairement vers le meilleur. C’est l’incarnation christique, le big bang, le progrès, nos mythes contemportains. La conséquence d’une telle flèche est la catastrophe. Au contraire la conception du temps que nourrissait les sociétés souches étaient circulaire, répétitive, voire a-chronique. D’où leur immense longévité (40 000 ans, record humain absolu pour les sociétés aborigènes d’Australie). On aurait au surplus tort de croire qu’il s’agissait là d’une conception par défaut, primitive, involontaire. Nombre d’indices ethnographiques laissent au contraire penser que ce choix fut le résultat d’une myriade de tentatives et d’essais dont les sociétés souches surent tirer les conclusions utiles à leur survie.

Rappelons à ceux qui vivraient dans l’illusion que notre époque constitue une sorte de pinacle que la société industrielle ne dure guère que depuis deux siècle et demi, et qu’en si peu de temps, un tel modèle a suscité une extinction biologique de masse et porté l’humain au bord de la destruction, n’en déplaise aux négationnistes obscurantistes, cette dernière espèce heureusement, en plein déclin. Une remarque pour finir : l’habituation au quotidien, par quoi le pire se jauge à l’aune de la mémoire courte de la personne, ne prend pas sa source dans le concept étatsunien (et non pas américain) de shifting baseline (référence de base mouvante). Nous sommes bien assez grands de ce côté de l’Atlantique pour ne pas avoir besoin des yankees pour penser. Ce qui nous provient d’outre Atlantique -  ou plutôt des oligarchies criminelles étasuniennes que notre époque croit constituer l’élite - c’est bien plus l’obscurité que la lumière. N’oublions pas que les USA se sont construits sur le double génocide noir et amérindien. Nous devrions résister aux sirènes délétères sifflant pour notre perte depuis les USA, notamment dans l’emploi de notre outil de pensée - à savoir notre langue - car ce sera pour le pire et non pas le meilleur.

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 12:53

Yahvé, atman, non localité

La non localité liée à la théorie quantique – non localité » que je tiens pour réelle et que chacun aperçoit au moment de l’extinction des structures cognitives ; la mort – impose de poser la question de la localité de la conscience, du sujet, de la personne, à la fois dans son irréductible singularité que dans son inscription sociale, tout autant nécessaire. Dans cette non localité,  des idées  telle que  celle de dieu, trouvent un éclairage nouveau.

Toutefois, le Dieu des Juifs, dont héritent les Chrétiens, est une personne,  idée qui en soi se contredit elle-même : le dieu mâle à barbe blanche se met en colère ; perd ses nerfs !  Idée dégradée, triviale, diamétralement opposée à celle que portent au contraire à son plein développement, tant la physique quantique que la conception hindouiste - l’atman - conception  non personnelle, rejetant toute possibilité d’attribut ou de volition. Conceptions infiniment plus fertiles que la réduction narcissique et patriarcale autour de l’absurde dogme prétendant que Dieu aurait fait l’homme à son image. La rose est sans raison !

 

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:33

La musique s'interprète aussi comme mémoire : l'accord peut se faire synchroniquement – les cordes de la guitare sont pincées simultanément – mais aussi diachroniquement, quand l'accord surgit de la rémanence au présent de la vibration juste antérieure. Cette antériorité n'est pas temporelle, mais simplement énergétique. Elle résulte d'un dialogue entre fréquence propre du percevant et fréquence des influences incidentes. Ainsi peuvent se construire dynamiquement des régimes stables, quand fondamentalement n'existent que vibrations, rayonnement, flux. C'est ainsi également qu'une corde qui vibre présente des nœuds et des creux, ou encore qu'un système d'interférence peut-être constructif (additif) ou destructif (soustractif). En physique quantique, on parle d'onde stationnaires de de Broglie. Il n'est pas nécessaire que le flux fondamental soit doté d'une propriété ou dimension qui serait le temps. Ou plus exactement, il suffit que ce « temps » se limite à la durée spécieuse, pour que s'établissent par inertie et conservation de moment des régimes propres à la seconde singularité la distinguant sur le fond achronique de l'univers. Ce simple entrebaillement suffit à créer la durée historique où l'on peut avoir l'illusion qu'a démarré un big bang et vécu un univers.

 

La durée spécieuse est bien le lieu tout présent où s’éploient les phénomènes, empilés strate par strate à l’instar des voiles de sédiments accumulés au long des ères géologiques. Chaque film instantané recouvre le précédent au rythme de la femto-seconde, tandis que se distinguent en profondeur les traces conservées d’aléas devenus formes et régularités, structures et objets. Labiles dans leur essence mais toujours actualisés dynamiquement depuis une mémoire, qui est là l’analogue de l’accident sur le film d’argile, que nous nommons passé.

 

L’enchaînement des causes et des conséquences s’interprète comme succession des itérations, trajectoires, recouvrements, foliations, plis, qu'ils affectent la profondeur  du sédiment géologique ou de l'empilement biologique.

Ces trajectoires causales sont à la fois aléatoires, le point origine résultant du hasard, et déterministe, dans le sens où les lois de l’univers ne cessent de s’exercer. Aussi faut-il concevoir la nécessité dans un sens labile : sans météore sur le Yucatan et la disparition subséquente des dinosaures, les mammifères, les primates, les homo-sapiens  existeraient-ils?

 

Que nous dit donc le lapin d'Alice qui court pour rester sur place ? 

Mouvement et flux ne se confondent pas. Le flux fondamental est achronique : mais les parties de l'univers – la voie lactée par exemple – sont,elles, animées de mouvement relatif par rapport au fond de l'univers.  Et c'est bien du mouvement relatif de l'hologramme contenu par rapport à l'hologramme contenant, animé d'un flux « pesant » en moyenne 3,7° kelvin que surgit l'apparence du temps, tandis que sa flèche rend compte de la trajectoire orientée de la partie vis à vis du tout. Elle se confond avec le gradient énergétique qui impose l'écoulement strictement du plus vers le moins. L’univers lui-même, ou du moins la phénoménalité – la maya hindouiste – par quoi l’univers semble briller au-dessus de nos têtes ne serait qu’un « gigantesque » hologramme  .

 

Dans l'hologramme total que serait l'univers, il ne peut se concevoir d’objets en soi, pas plus que de topos ou de chronos. Ce qui nous apparaît comme tels, comme réalité extérieure, arbres, vaches, autrui, sont des figures d’interférence stable, des tourbillons se maintenant plus ou moins fugacement au sein de l’hologramme matrice. Ne se maintiennent que ceux « capables » de concentrer suffisamment d'énergie pour subsister comme singularité et ne pas se dissoudre, dissiper leur moment, sur le fond englobant . 

 

 ***

L'univers est auto-contenu. Tel est le fondement de toute la physique moderne : pas d'outre monde, pas de levier pour le soutenir, pas de coupoles de cristal soutenant les étoiles . Pour qu'il soit conforme à notre expérience comme à une théorie rendant compte de cette expérience, il doit contenir la possibilité d'un mouvement – autrement dit de l'énergie mais surtout des disparités différentielles dans la répartition de cette énergie. A défaut de quoi, il serait symétrique et homogène dans toutes ces parties, ce qui interdirait toute seconde singularité, tout phénomène, et singulièrement la possibilité d'une conscience observatrice. La physique quantique ayant remis fondamentalement en cause la possibilité d'objets discrets – une onde n'est pas discrète – la figure qui s'impose est bien celle de l'hologramme. Il est un flux fondamental dont s'isolent des singularités secondaires dotées de dynamiques et de trajectoires propres.

 

Oui, l'univers manifesté se comporte comme un hologramme sans lieu, sans temps, sinon une durée spécieuse ou atomique, qui contient toutes les virtualités, tous les possibles. Il ressemble à ces espaces mathématiques qu'on divise infiniment et qui restent toujours identiques à eux-mêmes. Il n'a pas de durée intrinsèque, car il est la condition de possibilité de la durée, tout comme le big bang contient le temps comme virtualité. Le big-bang est antérieur au temps, qu'il démarre. De sorte que dater le big-bang est en essence un non-sens.

 

Soulignons ici un point important : les physiciens note 1 la valeur de la célérité limite, C, à savoir celle du photon dans le vide.  Toute vitesse est dès lors une fraction de cette célérité limite. 30 000 km/s se notent ainsi 0,1 C. Il faut insister sur le fait qu'il ne s'agit pas de vitesse, mais bien d'une « qualité » de l'espace temps. Ainsi à la célérité limite, le « temps » ne passe plus. Le photon gît dans un univers local immobile.

 

Il est encore possible de se représenter une vitesse relative d/ t de valeur 30 000 km/s, soit C/10, C étant la vitesse limite, ou vitesse-horizon d’une paire quelconque d’objets s’éloignant dans l’espace. Le renversement de cette proposition amène à s’interroger sur la signification de T/10 –T étant le temps-horizon, un moment dans le temps-espace universel, où l’espace fuit au sein d’un éternel instant. . 

 

Peut-on, doit-on, concevoir un horizon temporel contenant tous les phénomènes ? Assurément. Parce qu’aucune des théories fondamentales ne l’interdit. Parce que la pérennité – certainement pas la durabilité - doit constituer la base du renouvellement de l’humanité après la désormais irrémédiable catastrophe, d’abord dans les implications métaphysiques, morales et politiques, sociaux, économiques, pratiques de cet impératif.

 

Devrions-nous être si confiants dans les idées que nous avons de l’espace et du temps ? L’intrication quantique est l’une de ces stupéfiantes manifestations paradoxales des phénomènes qui invite à y réfléchir à deux fois. 

 

notre appréciation de l'espace. Ainsi les  expériences d’Alain Aspect sur l’intrication quantique ont quelque chose de stupéfiant. On produit des dyades intriquées en projetant une particule sur un miroir semi-transparent. La particule se divise alors en deux branches, sans que pour autant on puisse parler de deux entités distinctes. En effet quelque action – ou observation – que subisse l'une des branches de la dyade est instantanément répliquée par sa parèdre. Instantanément, quelle que soit la distance qui les sépare.Or cela revient à violer le postulat relativiste de la célérité-limite. Cela revient à confondre cause et conséquence. Einstein en était révolté et a contre ce sandale a supposé qu'il existait, ex ante, quelques variables cachées au sein de la particule elle-même et qui déterminerait les états futures de la dyade. Or Alain Aspect a montré expérimentalement qu'il n'existait rien de tel.

 

Le paradoxe est lié, d'une manière ou d'une autre, à la métrique de l'univers. Ce qui heurte l'entendement dans le fait qu'une action sur la branche A de la dyade soit immédiatement répercutée par la branche B est le fait qu'il puisse exister entre elle une grande quantité d'espace. Comment la distance pourrait-elle s'abolir.

 

Mais comment pouvons-nous mesurer cette distance ? Classiquement une mesure est une comparaison. Tel mur est un multiple de mon étalon. Dès lors je nomme mesure du mur ce multiple. Mur et étalon ne se confondent pas. Or la mesure de l'univers fait exception, car je n'ai pas d'autres moyens de prélever mon étalon ailleurs qu'au sein de l'objet mesuré, au sein de l'univers. Une telle mesure est une tautologie. C'est un peu le même obscurantisme que de prétendre que les anciens Egyptiens possédait d'insoupçonnées connaissances astronomiques, parce que la distance terre-lune (au demeurant variable) serait un multiple de la hauteur des pyramides. Comment pourrait-il en être autrement ? Prétendre mesurer l'univers est ce que Russel dénomme une proposition auto-référentielle (“Tous les Crétois sont des menteurs”). Car en effet la partie mesure le tout qui est un multiple de la partie.

 

Remarquons à ce point que nous n'avons pas ici progressé d'un iota depuis les gnostiques qui considéraient que l'âme était une étincelle tombée des étoiles, une partie de la Lumière en exil dans nos corps de boue. Car en croyant posséder un mètre universel, qu'il soit matériel ou comput de vibrations, c'est bien notre altérité fondamentale vis à vis de l'univers que nous affirmons. Nous sommes au dessus et au delà et dès lors pouvons soupeser l'univers, des remugles duquel nous restons inaffectés. Il n'est là que pour nous servir et nous y sommes étrangers.

 

Quelles conclusions d'ailleurs tirons-nous de l'intrication quantique ? Remettons-nous en question notre place dans l'univers. Tentons-nous de définir une nouvelle alliance ? Tentons nous de réformer nos systèmes politiques, économiques, productifs et sociaux ? Nous dirigeons-nous vers plus de sagesse pour éviter la catastrophe systémique prochaine ? La réponse est affligeante: l'intrication quantique reçoit des applications pratiques en cryptologie. Elle permettra des communications financières et militaires inviolables ! Lamentablement humain...

 

Aucune métrique n'est absolue et nous n'avons pas moyen de connaître absolument la forme de l'espace-temps. En d'autres termes, les deux branches de la dyade peuvent effectivement être très éloignées, l'espace temps vu sous un certain angle, tout en restant confondues, l'espace temps considéré selon un horizon différent.

 

Il faut dès lors en conclure qu’il n’existe aucune possibilité d’établir une métrique absolue qui nous permettrait de peser objectivement des quantités telles que l’espace, la durée, l’énergie, la masse. Il n’existe qu’une possibilité relative de le faire, purement humaine et anthropomorphe . De fait, c’est loin de la limite, dans notre environnement proche, fût-il le ciel étoilé dont l’image primaire se forme non pas au fond de l’univers mais sur notre rétine, que C se décante en durée et espace.

 

Le paradoxe de l’intrication tombe si l’on admet que l’univers est fondamentalement une singularité sans dimension. Les deux pôles de la dyade ne sont éloignés ni dans l’espace ni dans le temps parce que ces quantités n’ont essentiellement pas de réalité. Il en ressort qu’il n’y a ni phénomène antécédent, ni phénomène successeur, ni cause, ni conséquence.

Il reste à débrouiller un point épineux : si l'univers est un hologramme, où ne se distingue ni origine, ni lieu, ni moment, ni temps comment peut-il se manifester sous nos yeux dotés d'une flèche imposant à la cause de précéder la cause avec régularité, que certaines phénomènes soient irréversibles et que le présent hérite du passé ?

Comment dès lors concilier l’irréalité fondamentale de l’espace, du temps, de la masse, de l’énergie avec ce que nous en connaissons dans notre environnement proche (fût-il le ciel étoilé) ? Comment sauver, relativement au moins, la causalité ? Pas d’autres possibilités encore une fois que de convoquer la figure de l’hologramme.

Admettons avec Einstein qu'espace, durée, et donc causalité n’ont de réalité que locale, c’est à dire autour de moi, sur ma peau, ma rétine, mon tympan, mes récepteurs proprioceptifs internes. Il est une aura que j’emporte avec partout où me mène ma volition. Partout où je vais mon espace-temps m’accompagne comme une sorte de bulle dont je suis à jamais le centre. Autour de ce centre et aussi loin que puissent porter mes sens, fussent-ils prolongés de télescope, de microscope, de lasers ou de spectromètre de masse, cette sphère causae m’accompagne, dotée d’une certaine stabilité spatio-temporelle et dimensionnelle. Je trimballe mon propre micro-hologramme, hologramme nécessairement car je ne saurai échapper à la nature du phénomène globale, l’univers, dont je ne suis qu’une partie.  Et c’est bien de ce mouvement relatif d’un sous-ensemble holographique sur le fond holographique global, c’est bien dans l’intersection locale et dynamique de la forme sur le fond, qui se manifestent pour moi sous les espèces sensibles de l’espace et de la durée, de l’avant et de l’après, de la cause et de la conséquence. Ils sont la trace de ma propre trajectoire au sein du flux holographique universel,  en lui-même est essentiellement homogène, cohérent et dénué de dimensions intrinsèques. Il n’y a pas réellement à grande échelle de passé ou d’avenir, mais bien plutôt quelque forme de co-présence universelle de tous les états possibles. Un autre constat important est l’absence de frontière décisive et radicale entre les « objets » holographiques. Et notamment entre les êtres et les consciences, au point qu’il fait admettre que la conscience est également un phénomène non local

Car le cerveau lui-même est une sorte d’hologramme, tandis que la pensée, nécessairement discursive, s’apparente à une réduction dimensionnelle, à une décohérence depuis un fond virtuel bien plus large. Or les discours, naturel, formel, mathématique, sont hautement synthétiques, résultat d'un long travail sous-jacent d'intégration. Ils sont profondement engagés dans le temps et en ce sens incapables de décrire des realités atopiques ou achroniques

 

A l'inverse, la musique, l’image poétique, la peinture évoquent des réalités cognitives et sensibles bien plus profondément inscrites dans le processus phénoménal et sont ainsi bien plus à même, non de décrire, mais d'évoquer, via l'intuition, dont la forme est parfois globale et instantanée, la forme fondamentale des phénomènes. 

 

 

Bien que peu en soit conscients, nous avons tous une expérience directe de la dépendance de l'espace et du temps. Imaginons que nous soyons tranquillement en train de contempler un paysage grandiose et apaisant. Peut-être aurons nous la sensation que le temps se fige et que nous sommes là face à l'immensité de l'espace. Pourtant cet espace est loin d'être immobile. Durant notre médiation le ciel s'est obscurci et les premières étoiles sont apparues. Durant ma médiation ni le souffle ni le cœur ni la circulation sanguine, ni le métabolisme, ralentis, n'ont cessé. Jamais le temps et l'espace ne s'écoulent indépendamment l'un de l'autre. C'est au contraire le fonctionnement de mon cœur et de mon diaphragme ventilant en moi le flux des gaz respiratoires qui rend possible ma calme contemplation d'un paysage pétré gigantesque, dont je fais l'allégorie de l'espace immobile indifférent au temps qui roule sur lui sans l'affecter. Mais il s'agit d'une illusion. Le temps et l'espace ne sont jamais disjoints.

 

Mais plus massif encore, cette fausse évidence sur laquelle pourtant reposent nos vies, nos perceptions, notre cognition : le passé m'est indispensable pour exister et pour des phénomènes  faire sens. Pourtant jamais je ne rapporterai quelque morceau concret, présent, du passé. La seule évidence est la présence maintenant, et seulement maintenant, toujours maintenant, de l'univers, des phénomènes, d'égo.

Le passé n'est qu'une inférence commode, tandis que le présent est le seul fait massif.

 

Il y a quelque chose de révoltant dans l'affirmation que le temps, l'espace,  et donc la causalité n'ont pas de réalité fondamentales. Car en effet que reste-t-il de la destinée humaine et du libre arbitre si le temps n'est qu'illusion. Quid de Dieu pour ceux qui ne peuvent s'en passer ? Quid du progrès, cette flèche tendue depuis l'obscur vers les Lumières ?

Voilà pourquoi – outre probablement une intelligence moyenne médiocre – l'humanité des découvertes d'Einstein, Planck, Heisenberg, Pauli, de Broglie et consorts, sur l'achronie et l'atopie fondamentales il ne s'est tiré  jusqu'alors que fruits dérisoires et amers, bombe atomique ou techniques militaires et bancaires de cryptographie.

 

Voilà pourquoi, bien que la théorie dise le contraire, les scientifiques, en pratique, considèrent, comme le fit le XIX ème siècle pour l'espace, le temps comme un éther neutre, simple tapis roulant transportant inaffectés les phénomènes, l'histoire et leur propre vie. Voilà pourquoi on ne tire de ces découvertes fondamentales  et potentiellement révolutionnaires que des conséquences techniques mais surtout pas philosophiques, métaphysiques ou politiques : à quoi sert de courir si quoi qu'on fasse on demeure immobile au sein de la durée spécieuse ?

 

Et pourtant si l'humanité veut sortir de l'impasse où elle se trouve engagée, c'est bien en grandissant, en confrontant ses propres limites et médiocrités qu'elle le pourra seulement.

 

 

Fin

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:32

La plupart de nos contemporains n'a pas réfléchi sérieusement à ce que peuvent être le temps, l'instant, le présent, la durée, le passé. Le passé par exemple, catégorie indispensable du jugement. Mais as t-on jamais vu un morceau de passé ? Un seul homme a-t-il jamais vu un morceau de passé ? : Qu’on m’apporte à l'instant un morceau de passé ! Mais je veux dire du vrai passé : pas un os de dinosaure, mais un dinosaure, un vrai, vivant ! Avec les océans et les forêts carbonifères qui vont avec ! Qu’on m’amène un hénin, avec la dame en dessous, la musique, les trouvères, et les danses et les bambins qui vont avec !

 

L’a-t-on jamais fait ? Le passé ne peut-être ! Seul l’instant est manifeste. Nous ne pouvons faire dire à notre  animalcule : « Voici mon histoire et celle de l’univers où j’ai évolué pour venir vous en parler depuis son origine .» Le temps ne peut être présupposé, qui contiendrait non seulement l'histoire mais aussi l'éternité, et qu'on pourrait décrire de l'extérieur.

 

Néanmoins, dès lors que je vous en parle, il me faut admettre qu’il existe quelque instance, confrontant le passé à l’à venir, comparaison dont j’espère qu’elle me permettra de maintenir le flux qui me permet de rester en vie. Pour cela je n’ai pas besoin d’inventer le temps. Quelque chose d’une rémanence entourant la singularité tel un halo ou une aura suffit. Mais cette durée là n’est pas le temps. Son extension n’est pas celle du temps, mesurés en années, en battements du césium, un balancier d'horloge ou ce que l’on voudra. Cette durée là elle précède la possibilité même d’une métrique. Et la précédant elle confond facilement l’entendement qui y invente les milliards d’années que seul recèle l'instant qu'il renouvelle constamment comme rémanence du flux, forme et vitesse acquises, impulsion, inertie, masse. Une aura autour de la singularité suffit à contenir tous les devenirs possibles, l’histoire entière de l’univers, tous les souvenirs, tout le passé : oui, je touche des os de dinosaures, mais ce ne sont que des os au présent ! Au présent leurs empreintes dans la boue durcie !

 

L’image que je forme dans mon esprit du dinosaure broutant des pâtures énormes est par contre elle bien vivante. La mémoire artificieuse de tout cela, des ères disparus, des chevaliers et des gueux est bien convoquée là maintenant pour former image maintenant devant le miroir de mon esprit.

La durée est ce qui compare le manifesté dans l’instant à une forme synthétique subsumant les manifestés lors d’expériences « antérieures », formes engrammées dynamiquement, comme un réseau d’interférences entretenu dans quelque portion du percevant vivant en reflet de la forme du flux sous-jacent. Il faut donc pour soutenir et construire la durée une instance de comparaison maintenant présente, c'est à dire que la première bifurcation elle-même soutienne comme condition de sa propre possibilité, une mémoire.

 

Où pouvons nous la trouver sans nous égarer à inventer d’abord le temps ?

Chez l’animalcule, nous l’avons vu, cette instance de mémoire est déjà présente, embryonnaire, comme la nécessaire distance minimale thermodynamique, en deçà de laquelle rien de tel qu’un organite ne pourrait être reconnu, rien de telle qu’une singularité venant transformer localement les caractéristiques de l’univers ne se distinguerait. Cette distance nous pouvons l’interpréter du point de vue de notre ciron, comme une différence de tension ou de niveau énergétique entre d’une part le corps de l’animalcule, et d’autre part le milieu qui le baigne.

 C’est dans cette différence faible que toute la fable du temps se joue, contenant toute l’histoire de l’univers et de la vie, dans la trame de laquelle se tisse l’entendement qui ne réfléchit clairement  qu’une fois achevée la fabrique alors que le virtuel s’opacifie tout à fait. C’est dans cette fulgurance  que l’entendement nous berce de l’illusion du temps où se jouerait l’histoire.

 

Argiles

C’est de boue que le Golem est fait.  Ce n’est peut-être pas sans bonne raison que la tradition désigne la glaise comme tréfonds du vivant . L’argile, on le sait, un empilement de « flocons » très ténus résultant de la décomposition de diverses roches mères. Elles se déposent en lits superposés au fond de mares ou de lagunes, constituant au fil des saisons et des âges des bancs de plusieurs mètres de puissance.

 

On on a observé que certaines glaises particulièrement fines possèdent la  propriété étonnante de pouvoir de répliquer, de film en film, en dépôt, à des niveaux de l’ordre de l’ångström, c'est à dire typiquement la dimension de l'atome, les accidents ou discontinuités affectant l'argile.

Ainsi l’information liée à l’accident originel est conservée et transmise, formant une lignée de discontinuités, jusqu’à ce quelque nouvel accident modifie le déploiement de l'arborescence qui de réplication en réplication se dessine dans le massif argileux.

 

Plus encore : on a découvert des molécules organiques lovées dans les vacuoles nanoscopiques que forment les accidents répétés de l'argile. D'où l’hypothèse que ces argiles fines constitueraient une sorte de proto-matrice de l’ADN, à l’abri de laquelle la double hélice se serait progressivement constituée avant de s’autonomiser de sa gangue de glaise.

 

On remarquera le double caractère de l'argile que nous étudions. D'un côté, elle est empilement de films ultra-fins, bidimensionnels, correspondant à une saison ou encore une inondation. De l'autre c'est une masse, pesante, tridimensionnelle, au comportement physico-chimique très différent

 

Horizontalement, le rayonnement cosmique, le vent, la pluie, le soleil, le ciel constituent les forces en présence sur cet horizon de phase que constituent l’atmosphère au dessus, et la masse dessous, argileuse. 

 

L'argile une fois déposée, recouverte, des forces nouvelles s'imposent progressivement. La masse du banc d’argile pèse. L’eau lessive saturée de sels minéraux. Plus de frontière de phases mais au contraire une forte promiscuité chimique, électro-magnétique. Enfin, l'accident original, qu'il soit d'origine externe (une poussière déposée sur le film en cours de dépôt), ou encore autogène (ripage atomique par effet tunnel, s''exprime dans un cas dans le plan, et dans l'autre sur l'axe vertical, dans la masse de l'argile. De réplication en réplication, l’accident n’est plus ponctuel, mais également linéaire, dessinant progressivement linéaments et arborescences.

 

Son origine tient dans une orthogonalité, entre feuillets et masse, plan et volume, reliées par un point unique,un faible point de capiton. Chacun des mondes, horizontal, vertical connaît sa propre logique, ses propres lois ; chacun de ces mondes connaît sa propre forme de hasard. Mais il est difficile de remonter de l'un à l'autre, car les liens qui relient les deux mondes sont ténus. Il n'y a entre eux que peu de causes et de conséquences.

 

Dit autrement, l'intersection entre la logique horizontale du feuillet et celle verticale du massif est si limitée qu'il est presque impossible de passer d'une série à l'autre, sous l'angle du déterminisme comme sous celui du hasard. Dans le plan du film et dans la verticalité massive de la glaise deux ordres stochastiques de nature différente jouent.

 

Le mathématicien, le logicien, le géomètre diront que les séries de feuillet d'un côté, les séries de duplication de l'autre, sont orthogonales. Au passage de l'une à l'autre toute une série d'informations est perdue. Telle duplication particulière, est facilement situable dans la série dont elle est un élément pris dans le massif tridimensionnel. Mais quel était exactement le paysage, les conditions climatiques, la rose des vent qui présidèrent à la dite réplication, bref l'horizon plan où s'est joué la duplication, de telles informations ne sont pas reconstituables directement à partir de la collection verticale des répliques.

 

Si l'instant et durée sont dans un tel rapport d'orthogonalité, alors le temps est bien cet objet fumeux et opaque que nous inventons.

 

***

 

Alice doit courir pour rester sur place. L'univers ne présente de stabilités locales que parce qu'il est en son entier flux. Les équivalents naturels du mouvement immobile d'Alice sont nombreux. Ainsi ne se maintiennent stables dans le ruisseau les tourbillons qu’autant que le flux aquatique persiste. Le stable est bien ainsi le produit du flux.

Le concept de flux est capital. Lui seul permet de penser l’entrebâillement de la durée spécieuse au sein de la singularité, où se construit tout l’espace et le temps. Dans cette durée spécieuse où se tient tout entier l’univers, comme source et fond de toute singularité. Elle entretient probablement avec la constante de Planck, ou la célérité limite quelque forme de relation.

 

Toutes les influences, toutes les chiralités, toutes les bifurcations de l’univers se jouent au présent. Le jeu quantique se joue en présence, main-tenant, entre source perturbatrice et percevant : un feu rouge s’allume ; les photons qu’il émet percutent mon œil, suscitent un influx remontant via le nerf optique et le chiasme vers les masses cérébrales, dont la structure intime bat aux échelles quantiques construisant par incrémentation, subsumation, synthèse et émergences une topologie dynamique complexe de chaînes d’action et réactions qui à leur tour s'organisent, s'agrègent, décantent, se singularisent en myriades d'oscillateurs causaux, spiralant vers des degrés de complexité toujours plus complexes et intégrés, surdéterminant dans leur mouvement les strates les plus anciennes à la manière dont un ordinateur travaille en empilant les étages logiciels – cadenceur, machine câblée, instructions dynamiques sur programme extérieur, calcul intérieur, allocation de mémoires, programmes racines, programmes synthétiques. Tout cela se joue au sein de la durée spécieuse, presque instantanée vue depuis le monde conscient, mais d'un empan déjà large et vaste lorsque perçu depuis le nano-monde des événements-unités battant la femto-seconde.  

Au sein de de flux, de cette danse de Saint Guy quantique frénétique, émergent et s'organisent  des stabilités dynamiques, des formes pérennes au sein de l'impermanent. 

 

Il importe de noter que ces formes sont toujours internes à la seconde singularité – en l'occurrence le percevant – car il ne saurait exister quoi que ce soit sinon dans l'interaction entre le contenu et le contenant . Percevant qui peut-être un animalcule des plus simple, dont la perception est un changement d'état intérieur sous l'influence des conditions extérieures, comme un animal complexe doté d'un organe de perception et d'intégration hautement organisé, le monde extérieur s'exprimant alors non plus comme percept  directement impératif mais sous l'espèce d'images, de représentations, de concepts plus ou moins conscients. Il n'y a pas ainsi de solution de continuité entre l'onde de pression harmonique favorable au métabolisme de notre animalcule et la musique de Bach, le Nan feng chinois ou le souffle cadencé du didjeridoo, formes sophistiquées qui pareillement sont un massage favorable, non plus à au protozoaire isolé, mais à la collection organisée d'organites que constitue l'organisme complexe.

 

Si le sujet apprécie la musique, c'est qu'elle entretient des rapports de résonance harmonique s’étendant jusqu’au niveau les plus fins du corps complexe. Il arrive d'ailleurs qu'à l'instar des sensations directes, immédiates, que « ressent » l'animalcule dont le corps minuscule subit à plein les ondes de pression que l'on ressente – que l'on entende - lorsque sa puissance est suffisante, la musique par la peau . On peut alors estimer qu'il existe quelque forme d'harmonie entre la fréquence propre du corps massif, celle de la cellule qui le compose (et notamment la cellule cilié de la cochlée, celle enfin du son incident.

 

 

Cochlée, organes des sens, instances de la cognition s'expliquent par le jeu constamment jouée à la racine des entités biologiques de sentir pour durer. S'il y a bien du simple au complexe des chaînes extrêmement longues d'incrémentation, ce n'est pas au sein du temps qu'elles se déroulent. Bien au contraire, le temps est l'expression de cette complexité : il en découle comme corollaire, comme exsudat, un peu comme la gangue calcaire du corail s'est avéré avantageux à sa survie. Il se peut également, que tout comme au sein des argiles fines, le croisement des dynamiques orthogonales du film bidimensionnel et du massif tridimensionnel suscite un troisième type d'ordre stochastique irréductible aux deux premiers - car sans liens causaux – il est possible que le temps émerge comme produit de deux ordres stochastiques de natures différentes, irréductibles l'une à l'autre. Irréductibilité dont la manifestation serait la non-commutativité du terme temporel de l'espace-temps, à savoir sa flèche.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:31

 

Notre  ciron expérimental est un organite des plus simples : quelques chaînes protéiques agglutinées, pas nécessairement de membrane. Originellement aquatique et isolé – par hypothèse – notre protozoaire possède nécessairement une ouïe très fine :  la moindre onde de pression le traverse de part en part presque sans inertie. A mesure qu’il se complexifie, qu’il devient morula, colonie de cellules, colonies d’attracteurs étranges, groupe de vortex, les régimes vibratoires induits dans son corps et par quoi il « entend » le monde, ces régimes tendent à s’écarter, à différer, à s’autonomiser par rapport aux rayonnements incidents.

 

La vibration synchrone du corps de l’animalcule en relation avec les champs incidents s’assimile, nous l’avons vu,  à une forme primitive de capacité calculatoire ou logique, dans le sens où la synchronie – l’octave -  représente probablement pour le protozoaire un régime « confortable »   tandis que les régimes dysharmoniques représentent des états turbulents, dissipatifs, biologiquement moins favorables, moins confortables. Dans cette alternance d’états plus ou moins propices au travers desquels l’animal « recherche » l’optimum énergétique entre entropie et néguentropie, se dessine en filigrane, croyons-nous, la durée.  Cette durée, qui est comparaison, d’abord instantanée et directe entre les diverses phases dynamiques que traverse l’animal en réponse à l’agitation périodique du milieu externe, s’engramme dès la troisième bifurcation dans le métabolisme.

 

Précisons ici ce que peut bien signifier « troisième bifurcation » dans la sorte de symplectique que nous construisons. La première bifurcation est ce par quoi quelque chose existe plutôt que rien. « Avant » est une notion dépourvue de sens, puisqu'il ne peut y avoir d'avant à l'avant. La première bifurcation est la condition de possibilité de quelque chose. Elle est l’équivalent de l’insaisissable instant zéro de la théorie du big bang. A la seconde bifurcation apparaît une seconde singularité au sein de la première. Le rapport du tout à la partie déjà dessine quelque géométrie et recèle quelques propriétés. La troisième singularité, la troisième bifurcation dote ce proto-espace de la possibilité d'une métrique et d'une mémoire, c’est à dire la comparaison entre l’état second et son successeur troisième, entre lesquels se dessinent des géométries de plus en plus particulières et complexes.

 

Au sein d'un flux, l’état successeur conserve le moment dynamique antérieur, l'information du passé, tout en subissant de nouvelles forces, turbulences, de sorte que le présent résulte du neuf et de l'antérieur. Au sein de ce flux, un vortex, une masse, un globule ne s'ajusteront qu'avec inertie aux variations extérieures : cette conservation amortie du moment, ce  décalage sont déjà une mémoire.

Cette capacité élémentaire s’incorpore incrémentalement dans des instances de plus en plus complexe, tandis que la distance croit entre le stimulus brut et son interprétations cognitive, de plus en plus amortie, assourdie, filtrée, interprétée.  L’une des dimensions  de ce filtrage amorti est la durée.

 

Comment  l’ouïe a-t-elle pu se construire ? Comment partant d'un animal unicellulaire baignant dans un milieu liquide, l’animal en son entier, enveloppe et intérieur, est une oreille, un résonateur oscillant  en réaction au champ incident pour rétablir sa fréquence propre.

 

Dès que bactéries, protozoaires, cellules s’organisent en colonies de plus en plus massives, puis en organismes multicellulaires complexes, l’exposition de l’organite aux champs incidents n’est plus directe mais médiate. Enfoui dans la masse du corps, à l’abri des rayonnements directs et périlleux de son environnent, l’organite n’est plus qu’en relation lointaine avec l’environnement. S’abriter au sein du corps collectif représente donc à la fois un avantage et un risque. Avantage dans la mesure où l’organite est protégé des influences extérieures destructives : alternance du chaud et du froid, rayonnements ionisants, bombardement cosmique, etc. Risque, dans le sens où coupé des influences extérieures, l’organite n’a pas la possibilité de réagir rapidement aux changement des conditions externes. D’évidence, plus l’animal est massif, plus le rapport du nombre des cellules périphériques exposées vers l’extérieur à celui des cellules à l’abri de ces influences extérieur est important. S’il ne maintient pas quelque possibilité de relation avec l’extérieur, l’animal complexe met alors en péril sa survie. 

 

Outre une protection mécanique accrue, la massification accroît corollairement la masse calorique améliorant l’homéostasie de l’animal complexe. Mais la massification peut-être une menace si la colonie, le méta-corps complexe, n’a pas construit quelque organe de relation permettant aux cellules profondes de réagir aux perturbations extérieures, avec lesquelles elles n’ont plus de relations directes. 

L’organisme complexe, massif, doit maintenir quelque instance permettant la rétroaction interne en réponse aux changements des conditions externes. Ces instances sont la peau, la rétine, l’oreille, l’odorat,  la vue, le toucher, les sensations proprioceptives , l’entendement qui les agrège et les synthétise. 

 

Comment penser l’organisation sophistiquée des organes des sens en refusant toute téléologie, tout plan, tout dessein, tout programme ?  Il suffit de reconnaître que se maintiennent toujours actuelles, à tous les niveaux de complexité, des forces, des constantes, des régularités. Sont-elles d’emblée nécessaires  ou simplement contingentes, le résultat aléatoire d’un premier qui ensuite fixe irréfragablement la suite des conséquences de la première cause, du premier jet de dé, comme successeur des propriétés intrinsèques de ce premier jet. Intrinsèque, c'est à dire inaccessible comme la fibre elle-même de tout le possible et de tout le pensable.

 

Chiralité

Coup de dé, bifurcation, fourche, branche, révolution, catastrophe, accident. A cette série rajoutons le terme chiralité. Les chiralités sont nombreuses autour de nous. Le terme dérive du grec chiros, main, comme dans chiromancienne et réfère au fait que tous les humains sont latéralisés, la plupart droitiers. La même chose vaut pour l’enroulement des coquilles des colimaçons, où l’un des gyres est massivement préféré. L’univers quant à lui est composé de matière, plutôt que d’antimatière, quand la théorie prédit que les deux espèces ont été produites en quantité égales. L’univers aurait-il pu être radicalement différent ?

 

De manière analogue, tout le vivant est constitué de molécules dextrogyres (elles dévient la lumière polarisée vers la droite). Elle respectant toute cette chiralité initiale qui une fois le jet de dé initial posé , une fois le hasard épuisé, devient nécessité. Quelle pourrait-être ce coup de dé initial ? On a remarqué que le photon lui-même est asymétrique; il vire sur lui-même dans une direction (il est doté d’un spin)

On a montré comment le rayonnement solaire tombant sur une mare saturée de molécules prébiotoques a favorisé une classe de molécules chirales plutôt que leur miroir symétrique, déterminant ainsi une partition du monde dans laquelle seule une famille de molécules soutient la vie tandis l'autre, symétrique, devenait toxique, comme c'est le cas du prion, responsable de l’encéphalite spongiforme,

 

Bifurcations, jet de dés, opportunités , accidents, composées, surcomposées au long de millions d'itération, de générations, chiralité initiale diffractée à toutes les échelles, depuis le paquet d'onde particulaire jusqu'au corps  humain, symétrique dehors mais asymétrique, « bifurqué », dedans,  jusqu’aux sociétés humaines, dont Lévi Strauss a montré qu’elles avaient une tendance générale à la division en clans, lignées, castes, catégories.

 

L' anthropologue montre qu'une partition du monde fondée sur le caractère jaune ou non des choses,  possède malgré son caractère apparemment trivial une utilité et une efficacité pratique réelles, notamment dans le domaine de la pharmacopée. Il faut classer pour connaître, quel que soit le critère.

 

Peut-être la tendance au bipartisme des « démocraties » complexes occidentales ressortit-elle aussi de cette sorte de chiralité des sociétés humaines, qui ne savent pas faire sans, tant sont parfois obscures, traditionnelles, familiales, les appartenances et représentations politiques.

 

Ainsi il faut voir les chiralités comme des pressions formatrices constamment jouées et rejouées. Elles sont actives au présent, depuis les tréfonds de la matière jusqu'aux grands archétypes. Simples, mais toujours exprimées d’emblée, incrémentées, fractalisées à chaque niveau de complexification dans la trame même des possibles, toujours en jeu au présent, achroniques, elles sont à la racine même de tout phénomène.

 

Sens et bifurcations

 

La cellule basilaire ignore totalement représenter une porte d’entrée pour des signaux provenant de l’extérieur. De « son » point de vue, elle est un organite quelconque jouissant d’un environnement favorable, en l’occurrence un corps. Ce corps, cette colonie de cellules, n’aurait lui-même pu se maintenir vivant, via les générations successives,  s’il n’avait conservé la capacité intrinsèque à l’organite isolé à réagir à son environnement. Les sens et leurs organes prorogent donc au sein de l’animal complexe cette capacité inhérente à l’animalcule d’adopter tel ou tel régime vibratoire en réponse aux influences incidentes. D’incrément en incrément, la cellule basilaire prolonge cette aptitude essentielle, déjà présente aux niveaux les plus élémentaires, mais cette fois exprimée au sein d’un corps complexe. Et c’est parce qu’un telle capacité est fondamentalement nécessaire que se sont maintenues au sein du corps complexe des sous-populations de cellules capables de le renseigner sur le monde extérieur. La sélection naturelle a sélectionné positivement les cellules basilaires, les cônes, les bâtonnets, bref les structures de relation, sans quoi le corps complexe lui-même aurait disparu.

La cochlée n’a pas foré a posteriori le rocher pour se rapprocher des centres d’intégration supérieurs. Elle ne s’est pas formée dans le rochée. Rocher, cochlée, nerfs, structures limbiques ou corticales ont co-évolué de manière si intriquée qu’il n’est pas au fond possible de distinguer leur forme du sens qu’elles génèrent.

 

Dès qu’il s’individualise, l’organite est confronté aux lois de la thermodynamique, qui lui imposent de prélever dans son milieu l’énergie nécessaire au renouvellement constant de sa structure propre.  Or ce même indispensable prélèvement énergétique, qui  place l’animal loin de l’équilibre, représente un risque. Mal régulé, il peut conduire à la mort de l’animal (ainsi une fièvre trop élevée tue).  C’est précisément grâce aux organes des sens que cette régulation fine est possible. Et c’est parce qu’il s’agit d’une nécessité impérieuse constamment rejouée que s’est maintenue la capacité fondamentale de l’organite à réagir à son milieu. La complexité de ces organes sensibles prolonge directement la réactivité primitive de l’organite. L’ouïe ne s’est pas construite grâce à quelque mouvement de complexification, elle s’est maintenue au travers de la complexification car les mêmes forces basales jouent constamment.

 

La cellule basilaire n’a jamais ou l’intention ou le projet de bâtir quoi que ce soit. L'oreille n'avait pas de projet de carrière et la cognition s'est construit nécessairement à tâton. D'où l'imperfection des langages naturels et les chausse-trappes logiques qui foisonnent. 

Il est très difficile, tout spécialement en français (mais pas en chinois), d’exprimer une action sans la doter d’un sujet. Or, ce nécessaire sujet grammatical implique d’emblée une forme de téléologie et impose des propositions telles que: « c’est parce qu’elle l’a décidé que la cellule basilaire s’est associée à d’autres », ce qui est évidemment absurde. Le langage est ainsi tout imprégné de téléologie qui glisse sous chaque idée des clichés logiques, des évidences d'usage, des trucs cognitifs, des recettes émotionnelles, des simplifications économes, des habitudes cognitives qui organisent et obscurcissent le monde. La puissance heuristique du discours naturel, et je compte les mathématiques au nombre des discours naturels , est ainsi limitée, voire négative, à l’instar de l’ornière où tombe et retombe la roue.

 

La durée intrinsèque du discours est son biais le plus rédhibitoire.  Le théorème qui est une comparaison entre deux propositions, est toujours faux. L’équation d’identité A = A  est fausse, car il y a bien deux « A » différents, tant dans le lieu que dans la durée (je dis ou lis le « A » de gauche avant le « A » de droite). L’identité (=) n’est qu’à peu près. Si A=A, alors autant écrire A. Mais alors on s’interdit toute comparaison, tout recul, toute connaissance. Une histoire est toujours fausse, toujours après coup, toujours déjà dans la durée spécieuse, avant le prochain coup de dé.  C’est la limite de la logique, la limite de tout discours formel, la limite de l’axiomatique, comme l’a montré Gödel.

 

Nous avons montré que la masse de l'animalcule en ce qu'elle lui confère une inertie le singularise comme entité distincte du fond dont elle réagit aux sollicitations de manière différée et différente. Et que dans ce « retard » s'inscrit la possibilité d'une durée.

 

Avant tout éclairons ce que ce mot « durée » peut signifier aux échelles qui nous intéressent pour tenter d'éclairer sur quel tempo, quel empan, quelles trajectoires, quelles stratégies, raccourcis ou approximations notre entendement – cognition dit-on désormais – fonctionne.

 

Les événements observables les plus fugaces de notre activité cérébrale durent quelques femto-seconde (10-15 s.). Si notre cœur battait ce tempo nous vivrions des milliards d’années. A titre de comparaison, entre le moment où le feu passe au rouge et le moment où je perçois le changement de couleur, une bonne demi-seconde s’est écoulée. Ainsi lorsque le monde se présente à ma conscience comme une source inextinguible, il est en réalité très ancien et fourmillant de sous-jacents la plupart obscurs.

 

Comment l’histoire peut-elle être avant le prochain coup de dé ? Elle l’est nécessairement car toute située dans la durée spécieuse. La durée spécieuse n’est pas une idée de philosophe. Ce n’est pas une figure de rêve, une girafe volante, un fantasme à foison. C’est une intuition directe, triviale, générale, commune. Non seulement est-elle compatible avec les grandes théories physiques contemporaines, physique quantique et relativité, et semble entretenir une parenté avec h et C, mais elle répond plus adéquatement à une question directe, prégnante, potente : où passe le passé ? Car les réponses qu'on apporte à la question plus ou mois intuitivement, malgré leur apparence d'évidence, ne sont pas satisfaisantes. Le poisson n’a pas encore compris qu’il vit dans l’eau.  

 

Durée spécieuse : le terme partage avec « spéculer » une même racine. Ainsi, la durée spécieuse est ce qui permet de voir dans le futur. Elle est un passé présent permettant une projection dans l’encore improduit à venir de suite. Ainsi le flot de sperme juste avant la fécondation où sont jetés tous les possible dont un seul, ou une poignée seulement, s'actualisera, ex ante de novo, héritage et création.   En jetant un pont entre le passé et l’à venir, la durée spécieuse elle détermine la figure de la durée : c’est cette sensation de continuité orientée que nous nommons durée.

 

our quasi instantanée qu'elle nous apparaisse elle est déjà une construction sophistiquée et le successeur d'un antécédent complexe.  La durée spécieuse s’exprime comme actualisation mais aussi inertie, dissonance maintenue, mémoire, tendance, réceptacle préparé pour un coup favorable, prédiction auto-réalisatrice, clinamen, potentiel, anticipation du futur. Le futur est toujours une anticipation interne au présent, un réceptacle tout préparé pour le prochain coup de dé. J’ai procrée des enfants qui me succèdent, que j’anticipe donc en les rendant possible sans pourtant que cesse en aucune manière le jeu du hasard. Lorsque l’univers est épuisé, les dieux hindouistes le réaniment par un jet de dés.

 

Il est facile d’anticiper les valeurs rendues par un jet de dé. L’ensemble des phases du jeu de dé est parfaitement déterminé, bien que chaque lancé particulier soit inanticipable - {1 ;2 ;3 ;4 ;5 ;6} - .

Il n’est pas si aisé d’anticiper notre futur, à quoi ressemblera le nouveau-né et quel sera son caractère.  Pourtant l’un et l’autre de ces hasards présentent un degré d’ordre : ils sont stochastiques, ils mêlent accidents et régularités. A quoi ressemblera précisément mon nouveau-né, je ne sais, sinon qu'il aura certains de mes traits.

 

Dès qu'un corps singulier connaît en réaction aux influences extérieures cycliques deux états internes rapidement successifs, il peut se construire un état vibratoire stable propre maintenu, qui constitue une forme de mémoire.  En se complexifiant, en se massifiant, l’organite verra apparaître des instances particulières conservant la trace des événements passés – c’est à dire devenant passé à mesure qu’ils s’engramment  phylogénétiquement. Ces instances sélectionnent, conservent, amplifient, organisent la réaction inertielle initiale, d'abord purement passive. L’engrammation contient le passé et préfigure le futur, en présélectionnant des réponses préfabriquées à des configurations attendues.

 

Il  est avantageux de jeter sur le prochain coup de dé le crible du possible. De prédéfinir le domaine possible du futur. Pourtant, il arrive souvent que l’inattendu survienne. Alors l'accident inscrit une nouvelle trajectoire de causes et de conséquences, un nouveau réel anticipable.

 

Mais ces causes ne sont elles-mêmes que les avatars de chaîne de conséquences encore antérieures que l’événement manifeste. Je ne que la cause accidentelle de mes enfants, le jeteur de dés. Mais de

Nombre des actes par lesquels nous croyons agir librement ne sont que des constellations de trajectoires causes-conséquences que nous ne faisons qu’actualiser, sans que soit mis en mouvement un quelconque libre arbitre. Même dans beaucoup d'actes que nous croyons libres   et conscients, l'entendement encore nous trompe .Nos sens aussi nous trompent quant à la forme de l'interaction entre l'en-soi et l'hors-soi, dont ils trient et organisent, digèrent, diffèrent, occultent ou au contraire propulsent à l'avant scène telle ou telle partie avant même que mon entendement ait matière à penser.

 

Seul le présent d'ordre quantique donne pour vraie la relation de la cause et de la conséquence, sans que l’une précède l’autre. C’est bien plutôt  l’actualisation, la condensation, la décohérence présente qui est la cause du passé en manifestant les trajectoires du flux. Ma représentation me les présente comme antérieures, et donc causes, quand elles ne sont que rémanence actuelle dans la durée spécieuse..

Le passé est une proposition fausse. Le passé comme forme anticipée d’une actualisation imminente, voilà qui me paraît plus juste et plus conforme à mon sentiment intérieur. Les dinosaures ont existé, mais au présent !

 

Cette durée spécieuse ne se confonde pas avec le « temps » .

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:29

Le nombre de cellules basilaires est restreint : quelques dizaines de milliers. Si les écrans de nos ordinateurs devaient n’avoir qu’une définition aussi grossière, nous nous plaindrions des pixels nuisant à la compréhension de l’image. Or notre expérience n’est pas celle d’un monde disjoint, d’un monde discontinu. Tout au contraire.

 

La même remarque vaut pour la vision. Bien que les longueurs d’onde se répartissent sur un continuum, notre rétine polarise ce continuum autour de trois types de cellules, sensibles seulement au rouge, au bleu, au vert. Malgré un faible nombre de récepteurs, malgré une tache aveugle au point d’insertion du nerf optique, nous n’avons pas du monde une perception tachiste ou pointilliste, mais au contraire continue.

 

Si l'on affûte plus encore le regard, c'est toujours plus de complexité que l'on rencontre : en premier lieu il faut comprendre quelle fantastique transformation mathématique, représente la création d'un espace tridimensionnel deux surfaces courbes bidimensionnelles, (riemanniennes), les rétines. Les signaux qu'elles fournissent, qui sont déjà le résultat d'un tri et d'un comput, se distribuent ensuite via le chiasme optique, qui croise et rebrasse les signaux provenant de droite et de gauche, influx projetés ensuite sur diverses instances limbiques ou corticales,  pour finalement projeter ou non (inconscient) sur l’entendement une image crédible du monde. Crédible seulement, mais non pas réelle, dans le sens où l’objet extérieur reste à jamais inaccessible, mais seulement re-présenté. Le monde est la transposition d'une instance nécessaire à jamais inaccessible, en-soi.  Les lois et les régularités sont celles de cette transposition. Qu'elles affectent aussi l'en soi  ou non est une proposition indécidable.

 

Le monde, tel qu'il est vu est une création cognitive continue quasi instantanée par les sens et l'esprit eux-mêmes plongés depuis la matière même du monde. Si bien que la création n'est pas arbitraire : le connaissant plongé dans l'en-soi ne peut que créer une image conforme à la structure essentielle de l'en-soi, s'il en comporte. Mais cette image est aussi partiellement contingente, accidentelle, historique. Deux exemples à titre d'illustration : 1- si les fruits murs avaient été bleus plutôt que rouge, le type de paysage coloré que nous verrions seraient certainement fort différents ; 2 – si un corps céleste n'avait pas heurté le Yucatan et entraîné la disparition des dinosaures, peut-être n'y aurait-il aujourd'hui un bipède sapiens pour écrire cette histoire, pas d'esprit pour imaginer ces pensers.

 

Contingente notre perception fruit d'une aperception depuis un point unique, local de l'Univers, où règnent des conditions physiques, chimiques particulières qui dès le départ, depuis la première molécule chirale oriente en bloc tout l'avenir du vivant. Nous voyons, sentons, concevons dans les cadres et les limites de ce qu'il est possible de sentir et de percevoir. Et ces limites, une fois encore sont à la fois nécessaires et accidentelles. Le temps et l'espace même qui nous semblent si familiers et indépendants sont de nature bien plus étrange, pour peu qu'on s'arrête quelques minutes pour s'observer consommer simultanément de l'espace et du temps.

 

Pour illustrer ces propos un peu abstraits, illustrons par quelques exemples :

Nous ne percevons pas les mouvements très rapides, telle la trajectoire tendue d'une balle de tennis, sa vitesse excédant la persistance rétinienne. Pourtant nous croyons la percevoir et ne sommes pas étonnés de son point d'arrivée. Ce mouvement, cette trajectoire, ne sont pas en fait vus : ils sont déduits. De la même manière, quoi qu’on y fasse ou veuille, nous ne pouvons voir nos yeux bouger, lorsque par exemple nous tournons le regard vers quelque objet nouveau de notre curiosité. La vitesse angulaire de ce mouvement est trop rapide pour qu’en son cours nous saisissions quelque image que ce soit du phénomène extérieur. Or mis bout à bout, ces déplacements oculaires représentent tous les jours plusieurs minutes. Nous sommes aveugles une partie de notre temps sans nous en rendre compte !  Pourtant nous n'en avons pas conscience. L’esprit remplit les trous d’une image crédible bien que parfaitement illusoire. Nous n’avons pas plus conscience de notre macula, ce point d’insertion du nerf optique sur la rétine, dénué de cônes ou bâtonnets, et donc aveugle. Confronté au phénomène, par interpolation, l’esprit emplit d’une image fictive mais crédible - statistiquement prédictible au regard de la bibliothèque des cas probables engrammés.

 

Les cafards, ces insectes primitifs et extraordinairement adaptables, de la même manière, seraient aveugles lors de leur déplacement. D’où leur étrange comportement où se succède par saccade courses rectilignes échevelées et arrêts. Lors de ces arrêts l’insecte prendrait connaissance de son environnement et de ses dangers potentiels – notamment le balai qui cherche à l’écraser – pour décider d’une direction où fuir pour une nouvelle cavalcade suivie d’un nouvel arrêt et ainsi de suite. 

C’est en ce sens que certains cogniticiens considèrent que nous ne voyons pas à proprement parler le mouvement, mais au contraire des captures instantanées que nous relions ensuite par du « mouvement peint sur une toile fixe ».

La géométrie de ces transformations est celle là même de notre perception. Elle est pour nous de l’ordre de l’évidence, du percept, de l’intuition sensible.

 

Mais revenons à notre animalcule devenu cellule basilaire. Il nous confronte à une question : comment un nombre limité de cellules basilaires, ou encore comment trois types de cellules sensibles seulement au rouge, au bleu, au vert, comment une collection discrète d’influx peut-elle construire une représentation continue ?

 

Pour ce qui concerne l’audition, une possible explication tient à la forme particulière du tapis de cellules basilaires. Elles ne sont pas disposées au hasard mais en un champ où se dessinent des rangées et  des quinconces. Cette disposition particulière rend possible à la fois l’analyse et la synthèse des flux. La transformation de Fourrier indique qu’il est toujours possible de décomposer un train d’ondes complexe en diverses composantes discrètes. C’est ce que permet la disposition particulière du tapis basilaire. Chaque  cil vibratile est agité en reflet à l’agitation du monde. La collection de toutes informations parcellaires et discrètes recueillies par chacun et tous de ces fouets vibratiles serait ensuite reglobalisée par une opération inverse à la décomposition de Fourier par les instances cérébrales supérieures en une image plausible du monde.

 

L'hypothèse de l'hologramme

 

Remarquons que la disposition en quinconce du tapis basilaire évoque la figure l’hologramme . La quinconce en effet, sous quelque angle qu’on la considère, présente des alignements toujours identiques et renouvelés, à la manière dont l’hologramme, aperçu depuis n’importe lequel de ses points renvoie à sa propre totalité. Un hologramme, on le sait, est la figure d’interférence construite au croisement de champs d’ondes incidents. Dans sa version photographique (c’est à dire tridimensionnelle), un objet est photographié sous divers angles. Ces clichés sont ensuite projetés dans l’espace. A la croisée des divers trains d’onde incidents se forment  alors une série de figures d’interférence positives brillantes reproduisant l’objet original. (On généralise aisément en esprit l’hologramme tridimensionnel dans l’hyper-espace n-dimensionnel). Bien que  l’interférence ait un lieu, elle manifeste l’ensemble du champ d’interférence, comme le fait l’hologramme photographique, qui en quelque point et sous quelque angle qu’on le scrute contient l’intégralité de l’information relative à l’objet photographié . Autrement dit, l’hologramme reproduit même les portions de l’objet cachées à l’œil, tout comme la molécule d’eau de l’océan intègre à chaque instant l’ensemble des mouvements et des forces affectant la masse amère entière.

 

Or, sous l'angle quantique, l'univers est vraiment une mer vibratoire soumise a des champs de portée, de potentiel, de fréquences, de géométries, d'échelles, variables. La particule, le paquet d'ondes peuvent être interprétées comme des interférence holographiques quantiques. Dans cette interprétation, la croisée de champs vibrants serait la forme générale de tous les phénomènes et l'univers entier serait de nature holographique, sorte de chatoiement stochastique.

 

L’hypothèse de l’hologramme permet également de comprendre comment à partir de signaux fragmentaires et discontinus les sens  peuvent construire une réplique plausible et continue de l’univers. Plausible seulement, c’est à dire conforme à l’expérience adaptative.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:27

Vortex

 

Dynamisme et stabilité, flux et forme, course statique d’Alice, autant de figures qui renvoient au vortex comme à l’hologramme dont les dessins, drapés et festons résultent de l’interaction dynamique de deux flux. Le vortex, sous une forme triviale, est le tourbillon, voire le maelström, qui fixe en une spirale convergente le courant d’un ru, d’un fleuve ou de l’océan.

Le vortex manifeste au présent une singularité dynamique stable. Il est à la fois phénomène déterministe et aléatoire, aléatoire dans le sens où les trajectoires individuelles des éléments qui le composent ne peuvent, fondamentalement, être déterminées.

Le vortex est la figure du stable dont le fond est le flux. Il est le stable fondé sur le sable, sur la labilité intrinsèque des phénomènes.  Vortex et hologramme sont des figures compatibles en ce sens que l’hologramme est bien la forme stable générée par la rencontre de deux flux de particules ou de photons. L’image même d’un tourbillon est un hologramme produit à la croisée de flux de photons provenant des diverses directions de l’atmosphère (en raison de son albédo), des particules de la masse liquide et enfin du corps de l’observateur, ces deux derniers également conçus comme flux d’énergie.

 

Le vortex comme figure dynamique permet la représentation du flux sans durée, de l’éternité instantanée. Il permet de se figurer comment la durée spécieuse peut contenir l’espace et le temps. Il permet d’intuitionner ce qu’expérimente Alice qui tombe et se réceptionne sans mal dans ce pays où il faut courir pour rester sur place. Je prétends qu’à rebours de toutes nos croyances sur le temps,  la chute immobile d’Alice constitue le fond de nos sensations de la durée. 

 

Nous croyons sentir le contraire, parce que notre entendement nous y pousse, alors que l’instance « entendement » ne peut faire entendre sa voix en nous qu’après que s’est déroulé dans les abysses de l’instant et du cerveau-univers un long et énorme travail d’ interprétation et de synthèse. Mais l’entendement nous trompe quand il nous présente les résultats de son analyse comme claires et conscientes. L’imagerie cérébrale in vivo donne chaque jour de nouvelles preuves qu’une large partie de ce que nous croyons être une activité ou une décision conscientes se joue en fait derrière la scène avant la prise de conscience.

 

Ainsi, à titre d’exemple, le jugement d’une personne envers un visiteur variera selon que le cobaye aura été peu auparavant exposé à un signal subliminal (extrêmement rapide) présentant tantôt un visage souriant ou au contraire revêche du visiteur. Le cobaye croit apprécier le visiteur en toute liberté : mais statistiquement son jugement est corrélé au signal subliminal. La durée se construit dans cette arrière-cour cognitive comme résultat de la pression adaptative, à l’instar du rouge répondant à la nécessité d’identifier les fruits les plus nourrissants.

 

Le vortex permet de concevoir qu’il faille pédaler pour rester sur place. Le tourbillon dans le ruisseau est en dernière analyse le produit d’un flux d’énergie lié au couple soleil/terre : le premier pompe vapeur et souffle vents, la seconde, massive,  tire par gravité l’eau vers la mer. Supprimez ces deux forces, ces deux agents moteurs, il n’y a plus de tourbillon. Supprimez le feu qui nous maintient à 37° C, il n’y a plus ni vie, ni science,  ni conscience, ni philosophie, ni big bang.

Car individus et espèces sont eux-mêmes des vortex complexes dont l’énergie provient du soleil, bien qu’indirectement par la photosynthèse réalisée par les végétaux ingérés par l’animal, ou par la prédation de proies ayant elles-mêmes consommé de la matière végétale.

 

Les Grecs significativement distinguent dynamisme et énergie. Dire de la vie qu’elle est un état loin de l’équilibre, qu’il lui faut prélever énergie et nutriment, qu’il lui faut excréter, c’est admettre nécessairement que la vie est flux, que tout le perçu est un flux. Il n’y a pas de connaissance statique. Prétendre que les lois physiques sont symétriques par renversement du temps (tX=-tX) est une proposition fausse. Car entre temps, le temps d’écrire cette équation, de la penser ou de la lire, le scripteur, le penseur ou le lecteur ont eux vieilli.  La si fameuse et vertigineusement intéressante équation de Wittgenstein A=A est nécessairement fausse : plus exactement elle n’est pas une identité, pas tout à fait une identité, à l’ε près, cet irréductible epsilon partout rencontré, dont l’avatar en physique comme parmi les nombres, probablement se dissimule sous la constante de Planck.

La figure du flux rapprochée de celle la régularité évoque directement celle du vortex.  A l’instar du tourbillon dans le ruisseau, le vortex est cette figure qui n’est stable qu’en tant que son fond est dynamique, en mouvement incessant, à la manière dont Alice doit courir pour rester sur place.

Si l’on visualise aisément ce qu’est un vortex ou un tourbillon, la théorie du chaos stochastique a puissamment élargi le concept. Un phénomène complexe où se reconnaît de multiples trajectoires s’organisant en figues – des états de phase – est susceptible de voir ces trajectoires s’organiser autour de nœuds stables, dénommés attracteurs étranges, à la manière dont les orbites individuelles des molécules d’eau s’enroulent en tourbillons relativement stables. Ces orbites peuvent-être celles d’objets célestes, ou bien encore décrire l’évolution des espèces vivantes, ou encore celle des colonies d’organismes individuels – bactéries, corail, humains – que l’on nomme sociétés et dont la dynamique dans ce dernier cas porte le nom d’histoire.

Bien que la trajectoire d’une molécule d’eau quelconque traversant le vortex  soit fondamentalement indéterminable, la figure et le comportement globaux du vortex le sont .

On peut également identifier le vortex, l’attracteur étrange, à un oscillateur stochastique complexe, tel qu’on peut en programmer simplement sur un micro-ordinateur à l’aide d’un jeu d‘instruction très simple, à l’instar du célèbre « jeu de la vie » qui d’incrément en incrément dessine des configurations stables alors que ne cessent pas de jouer en arrière plan la dynamique incrémentale. Mobilité incessante qui la condition de la perdurance, flux comme fond du stable, tout comme le courant est nécessaire au maintien du tourbillon, ou encore comme est indispensable l’ingestion/excrétion continue d’aliments et d’oxygène  au maintien de la vie. L’espèce elle-même est un vortex dont le flux se maintient au long des générations par la naissance et la mort.

 

Etudions désormais de plus près les propriétés intrinsèques d’un vortex, non pas dans sa généralité, mais sous l'espèce tridimensionnelle macroscopique plongée dans un champ de gravité qu'est par exemple les tourbillons d'un torrent.

 

Un tel vortex présente plusieurs niveaux de chiralité. Il peut-être dextrogyre ou sénestrogyre. Si la force centrifuge y joue le premier rôle, elle suscite paradoxalement, composée au poids du liquide, une composante centripète, un entonnoir liquide assemblant en

 

Composantes centrifuges et centripètes rendent possible un tri différentiel selon taille, densité, formes...des éléments du flux. En rapprochant, ou au contraire en les éloignant telle ou telle espèce chimique, telle ou telle variété biotique, elles favorisent, freinent ou interdisent  certains agrégats, certaines réactions. Ainsi en concentrant et en organisant l’énergie dispersée du milieu le vortex crée-il spontanément de l’ordre.

 

Or notre animalcule peut-être comparé  à un vortex capable  jusqu'à un certain point de renforcer  sa propre stabilité. Stabilité qui en retour favorise l’émergence de structures de plus en plus complexes dans une boucle potentiellement infiniment rétroagie.

 

Ainsi entité loin de l’équilibre, à l’inverse du rocher inerte, l'animalcule échange intensément avec son milieu. Il filtre, ingère, excrète. Parmi ces excrétions, ces exsudats, ces glaires, certains se sont révélés particulièrement favorables. Ou plutôt optimaux dans l'équilibre des intérêts contradictoires - tel que résider à la périphérie de la colonie ou abondent nourriture et dangers plutôt qu'au sein de la masse où les avantages sont contraires - qui affleurent dès que se rassemblent des individus isolés, fussent-ils primitifs,

 

Circulation entre intérieur et périphérie qui  rend compte de la limite supérieur de l'avantage à se constituer en colonie, dès lors que l'irrigation nourricière interne ou l'excrétions des indésirables perdent en efficacité ou que la masse de l'organisme collectif excède les ressources du milieu.

 

Dès lors qu’ils suscitent des rétroactions favorables à la population excrétrice, autrement dit qu'ils accroissent l'énergie propre du vortex biologique, les excréments deviennent éléments du milieu, frontière au mitan du vivant et de l'inerte. Citons l'exosquelette du corail qui d'arborescence en arborescence finit par bâtir des massifs de taille continentale. Et comment ne pas rappeler que l’oxygène est lui aussi un produit d'excrétion biotique. Quant à l’humus, il résulte du flux massif de nutriments via la digestion de milliards de tonnes de bactéries, animalcules, champignons, végétaux qui peuplent le sol depuis l'apparition de la vie.

 

Les populations vivantes ont cette capacité d'exsuder, de prolonger hors-soi quelque chose de l’en-soi, projection qui détermine localement un artefact, un milieu frontière favorable. En ce qui concerne  les sociétés et cultures humaines,  « villes », « maison », « territoire », « représentations », « culture » construisent l'équivalent du glaire bactérien qui colle ensemble la colonie.    

 

Comme la glaire bactérienne ou les massifs coralliens, ces édifices, constructions, représentations matérielles ou abstraites , au mitan de l’en soi et de l’hors-soi, ont proprement valeur adaptative. Des cultures sont mortes de structures politiques ou sociales devenues inadéquates .

 

A cela la diversité est un remède  . Notons encore au titre des propriétes de notre vortex élargi aux cultures humlaines, que lorsque l’hétérogénéité règne au sein d’un groupe (de bactéries ou de nations), alors elles ne seront pas toutes également affectées par un brusque aléa environnemental, une épidémie, un  retournement économique, un changement politique . La physique, depuis toujours, est politique.

 

Notons encore, autre trait d'auto-organisation du vortex biologique, que le caractère massif des populations, pour tout l'intérêt qu'il comporte est prolongé optimisé, par la spécialisation de sous ensembles, « histologiques » au sein d’une société organisée devenu méta-organisme. Ces  méta-organisme sont relativement plus stables que les incarnations fugaces  - moi, toi, les autres – qui en forment le flux. Et comme l'ample dynamique de ces formes plus constantes dépasse de beaucoup les fugaces capacités d'aperception de leurs incarnations vivantes, il est légitime d'affirmer que l'homme s'illusionne lorsqu'il se croit maître de l'histoire. Il ne peut que plier avec modestie et tirer frugalement parti des circonstances.

 

Toute interaction, toute collision, tout événement constitue une information, de sorte qu'il est encore possible de considérer le vortex comme un flux d'information. Les trajectoires des molécules du flux sont  autant d'instants alignés et ordonnés vers les plus récents, dit conséquences, les des événements les moins récents étant dits causes.

Etre présent ici et maintenant revient à actualiser constamment des chaînes énormes de causes et de conséquences..

L'univers vu de nos yeux est la forme de cette actualisation, cet instant fuyant qui peint la constance du vortex, maintient la vision stable et cohérent l'enchaînement des événements.  Le vortex induit en cascade de nombreuses chiralités, celle notamment

conférant au méta-organisme massif différencié plus de stabilité qu'à la collection lâche.

 

Ce grégarisme, l'organite dont nous étudions depuis le début les avatars en aura bien senti les avantages. Nous le retrouvons en effet quelques centaines de millions d'années d'évolution plus tard spécialisé en une cellule basilaire nichée au sein de l’oreille interne d'un méta-organisme adéquatement construit autour d'elles en synergie par des millions de cellules, de processus et d'influx, comme l'expression d'un avantage vital. Ce méta-organisme n'est autre en l'occurrence qu'un bipède mammifère bien connu,,le chasseur-cueilleur Rahan. Rahan lui-mê est la cellule de meta-organismes supérieurs, famille, clan, nations, sociétés, bâtiments, techniques, recettes, procédés, langues, visions, représentations.

 

Toutefois, le processus évolutif par lequel a passé notre organisme aura été tortueux. Nous allons observer cela de plus près.

 

 

Remarquons d'abord que notre organite tout en étant devenu cellule basilaire reste un individu aquatique. La cellule basilaire vit et meurt en effet dans le liquide cochléaire dont est emplie l’oreille interne. Statut aquatique qu'elle partage en réalité  avec l’intégralité des cellules de l’organisme supérieur qu’elles composent, en l’espèce, Rahan. Hors les squames superficielles,  au contact de l’air, l’épiderme,  la peau elle-même et son derme sous jacent, est pleinement irriguée. L’animal terrestre, même très complexe, même aérien, reste avant tout un  poisson, un animal liquide, une bulle roulant sur la terre ferme et sèche.

 

L’audition, dont la première instance est la vibration de l’organite en réaction aux ondes de pression parcourant le fluide dont le corps est baigné,  l’audition donc reste un sens aquatique malgré l’énorme complexification qui nous amène aux animaux supérieurs et leurs sens  La cochlée est ce qu’il reste en nous du poisson archaïque que fut notre organite. Ce liquide  se logée dans une cavité en forme de colimaçon, cavité qui  vibre sous l’impulsion d’un diaphragme solidaire d’osselets eux-mêmes mécaniquement liés au tympan externe qui transmet les vibrations sonores de l'air ambiant. Les ondes de pression créées dans la cochlée à leur tour stimulent le tapis les cils basilaires disposé en trapèze épointé.

Colimaçon liquide, champ de cellules basilaires disposées géométriquement en rangées, en perspectives, voici les bases de l’interprétation sonore du monde. Voilà la géométrie essentielle de notre audition. Elle ne saurait être étrangère à la géométrie intrinsèque du monde - une même matière constitue à la fois l’univers et l’animal -  sans se confondre totalement avec elle, sauf à ne  pas être comme entité distincte. C’est au travers d’une transformation mimétique du monde, d’un type mathématique d’une inimaginable complexité, que nous nous représentons le monde. Et c’est dans le procès de cette transformation que se créent les catégories de l’espace et du temps.

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:25

Revenons à notre protozoaire plongé dans sa soupe vibratoire. Nous l’avons doté – ou plutôt cette dotation s’est dotée elle-même – de caractéristiques remarquables : en soi/hors soi, embryons d’espace, de durée, de sens.

Deux états se singularisent. Dans l’un notre organisme vibre en harmonie avec son environnement : sa fréquence propre est un multiple du champ incident. Dans l’autre, à l’inverse, l’organite vibre en décalage ou en opposition de phase avec l’extérieur.

 

Harmonie ou opposition de phase, on l’a dit, ne sont pas sans conséquences sur la dynamique interne, c’est  dire le métabolisme, de notre vibrion. Le régime harmonique peut-être comparé à quelque massage limitant les tensions internes et favorisant l’apparition d’états stables, tandis que la dissonance provoquerait strictions, régimes turbulents, dissipations énergétiques accrues, ruptures des liaisons mécaniques ou chimiques. L’animal harcelé de trop de perturbations extérieures disparaîtra. Le plus favorisé croîtra et multipliera.

Quelques éons plus tard, à cette discrimination toute subie et passive dont la conséquence est la survie ou la disparition, succède la capacité à distinguer l’harmonie de la dissonance, c’est à dire  à se déplacer afin de choisir l’environnement le plus favorable. Quoi qu’il en soit, qu’elle se manifeste activement ou passivement, voilà notre animalcule doté d’une capacité de discrimination (dont l’une des composantes est spatiale) bien que cette capacité ne renvoie au fond qu’à la bifurcation initiale productrice de la singularité,  quand quelque chose surgit du « vide » sous-jacent, quand le « ça » jette les dés. L’événement s’est produit et finira un jour, à force de reproduction, composition, multiplications, réplications, éploiements, par produire des humains outrecuidants qui auront tout oublié de leur origine de hasard et se prétendront intelligents, conscients et libres.  Mais nous anticipons.

 

Tout modeste et primitif qu’il soit, voici notre organite doté de la capacité logique, active ou passive, à distinguer deux états, l’un favorable, l’autre néfaste. Il se comporte comme une porte logique : harmonique= 1 ; turbulent = 0. S’il est une cellule souche, l’un de ses possibles descendants sera peut-être un neurone. Assemblés en un cerveau, ils incrémenteront cette capacité élémentaire à la puissance des 100 milliards que le cerveau en comporte, chacun doté de 10 000 axones se terminant chacun par une synapse, dont le fonctionnement est lui-même d’une extrême complexité  ,  selon la perspective abyssale d’un aster ou chaque élément d’une série infinie est lui-même une série infinie, à l’instar des paysages vertigineux que peignent Cantor ou Mandelbrot. On peut ainsi estimer, pour employer les termes de Cantor, que cerveau et univers ont du point de vue de la complexité une puissance égale.  Et l’on peut dire ainsi que l’un reflète l’autre et le contient, et réciproquement, à l’instar de ces géométries de Von Neumann où en quelque partie qu’on divise et divise encore et encore un tel espace, il reste identique à lui-même.

 

Quoi qu’il en soit, par le fait qu’il survit là où l’environnement lui est favorable et disparaît ailleurs, notre organite porte-logique commence à compter : favorable l’unisson, favorable l’octave, favorable le multiple entier ; défavorable le décalage de phase, défavorable la dissonance, défavorable la  cacophonie, synonyme de désordre biologique. Les série harmoniques biotiques, dont les exemples sont foison, expliquent-elles pourquoi la musique nous procure plaisir voire extase  ?

 

Pour notre organite, l’une des solutions de survie possible, lorsqu’un environnement jusqu’alors favorable devient toxique, s’assèche ou s’appauvrit en nutriment, est de déménager ses pénates. Là encore, il ne s’agit pas de volition, mais simplement de conjonctions de circonstances, à la croisée des modifications internes et externes, dont le résultat stupéfiant peut paraître résulter d’une intention par la seule raison de la médiocrité de notre entendement et de l’extrême brièveté de son empan.

 

Déménager : car soit en effet l’animalcule baigne passivement dans un flux – flux nécessairement afin que se renouvèlent sans cesse l’apport en nutriments sans quoi l’environnement périphérique se tarirait rapidement - soit ce flux est acquis. « Acquis » en ce sens que le protozoaire, la grappe biologique, l’organisme, se sont organisés pour susciter un flux les traversant. L’amibe se forme en tube suscitant un courant et donc un gradient alimentaire. Cette cheminée d’un coup brise la symétrie sphérique de l’être unicellulaire dont toute l’enveloppe concourt à des échange radiaux, sans que se distingue guère d’autres espaces qu’intérieur et extérieur, pour basculer vers une symétrie où s’affirme nettement une bouche et un excrétoire, un avant - capter , aspirer, avaler , susciter le flux – et un arrière – excréter, éliminer, se débarrasser des scories du processus. Dès lors, ce flux orienté distingue une bouche et un rectum, un devant et un derrière, un avant et un après. Dès lors l’espace se crée et s’oriente dans une indissociabilité d’avec la durée que retrouve la célèbre formule limite d’Einstein affirmant qu’E=mC2 . C2 et non pas (d/t)2, d et t étant les deux faces d’une même et unique réalité (d étant l’espace et t la durée, ou plus exactement leur mesure dans une métrique donnée nécessairement arbitraire et subjective, fût-elle assise sur le battement du Césium).

 

*****

 

Poursuivons l’étude métabolique de notre vésicule.

Remarquons qu’elle ne peut se comporter que comme un accumulateur d’énergie. Si en effet, elle dissipait l’intégralité de l’énergie reçue,  l’animalcule n’en serait plus un, car rien ne le distinguerait plus alors du milieu ambiant.

 

Le simple fait de constituer un globule, amas, vessie, d’une nature physique différente de l’hors soi, quelque ténue soit la différence, implique un glissement du rayonnement incident vers des fréquences supérieures, plus énergétiques. Cet amas, ce globule, cette vessie agissent comme des lentilles optiques ou des capacités électriques. Le phénomène s’amplifie encore dès que l’animalcule se dote d’une membrane-limite agissant comme résonateur autonome.

 

La vie, de fait,  implique une distinction en terme de niveau énergétique entre l’inerte englobant et le soi vivant. Il s’agit là à la fois d’une condition d’existence et d’une contrainte.

Condition d’existence, en ce sens que l’organisme vivant présente nécessairement des caractéristiques le distinguant nettement, en terme de température, structure, composition chimique, de son environnement, distance sans quoi il ne se différencierait pas du fond de l’univers.

Contrainte, en ce que cette altérité se manifeste au sein de l’organite par des frictions mécaniques – des turbulences par exemple -  ou encore une température interne supérieure à celle de l’environnement, température dont on sait qu’elle traduit une agitation brownienne accrue et donc une stabilité chimique détériorée.

 

Voilà pourquoi les biologistes et les thermodynamiciens considèrent que la vie est un phénomène loin de l’équilibre. Ils soulignent ainsi le saut séparant l’inerte de la vie. Celle-ci maintient avec le milieu des échanges intenses, celui-là – un caillou par exemple – n’en ayant que de fort limités. Ceci explique notamment la stabilité des pigments minéraux,  la beauté des couleurs fraîches et vives  de la grotte Chauvet ou celle de Lascaux plusieurs de dizaines de milliers d’années après qu’on les a peintes.

L’impératif d’écart à l’équilibre du vivant et la topologie de l’espace-temps  entretiennent des rapports profonds. L’avant, l’après, le maintenant, l’avant, l’arrière sont en connexion profonde avec l’écart néguentropique que doit maintenir le vivant qui ne se soutient que dans le flux.

 

A la différence de l’espèce minérale ou organique (cristal, peptide), le vivant ne se maintient tel que parce que subsiste avec son environnement un gradient énergétique, un potentiel garantissant la continuité du flux d’énergie ou de nutriments. Le vivant est consommateur d’énergie qu’il transforme en ordre, dans une stricte équivalence entre énergie et information.

Remarquons que cet ordre – polarité de l’animal globule, devant/derrière – avant/après de l’amibe tube - s’acquiert par la consommation et la consummation d’un flux sous-jacent en lui-même non caractérisable. 

Cette contrainte à consommer pour  se maintenir, cette contrainte à susciter un flux constant est le propre de la vie. Les mythes évoquent ces relations très profondes : c’est ainsi que le corps du Christ est mystiquement consommé durant l’eucharistie.

 

Sans le flux le vivant ne peut se maintenir. Néguentropie et second principe de la thermodynamique  - toute structure, montagne ou homme, évolue vers la destruction de l’ordre qui la caractérise - sont liés.  Si bien que cette consumation qu’est la vie se fait au prix d’un flux impérieux de larges quantités d’énergie. Tout  l’effort de la vie est de maintenir toujours, le plus stable possible, le flux optimum nécessaire à stabilité dynamique.  Bien manger, bien boire sans grand souci du lendemain, voilà l’idéal du vivant. Mais il en va rarement ainsi. Il faut aller chercher le flux, il faut arracher à la terre sa propre subsistance, il faut éviter d’être soi-même ce qui soutiendra le flux vital du prédateur. La sécheresse, la faim sont associé dès le stade de la bactérie à l’effort de vivre. Voilà comment en termes thermodynamiques et néguentropiques s’interprète le premier jugement bouddhiste sarvam dukham :  tout est douleur. Par le fait de vivre loin de l’équilibre, la bactérie, l’escargot, le chevreuil, l’homme souffrent. Le travail, de la femme qui donne la vie, celui nécessaire à l’acquisition de la nourriture renvoient en écho à l’effort néguentropique, à la douloureuse nécessité du gradient énergétique, au feu lent qui à la fois consume l’être et le maintient en vie. Voilà comment s’intuitionnent directement, pour chacun, les grands mystères de l’univers et les lois et les nécessités ne souffrant pas d’exception : conservation de l’énergie, du mouvement, du moment, dégradation, recréation, entropie/néguentropie, douleur, travail .

 

La vie comme phénomène loin de l’équilibre car en effet les niveaux énergétiques qu’atteignent les organismes vivants se traduisent par une agitation brownienne accrue entraînant une dégradation accélérée des structures du vivant. Ainsi la perdurance de la structure caractéristique du vivant implique paradoxalement que ce vivant se place d’abord dans un état accroissant les menaces de dégradation de son intégrité. Tel est le prix de la création d’ordre. Tel est le prix de la violation apparente du second principe de la thermodynamique qu’elle soit montagne qui finira par s’ébouler ou organisme vivant voué à la mort et à la décomposition humique.

 

La vie pour se maintenir doit donc à la fois perpétuellement échanger avec son environnement pour acquérir et de l’énergie et les éléments qu’elle ne peut synthétiser elle-même, tout en dissipant l’énergie excédentaire et excréter les métabolites de dégradation.

Ainsi la singularité biologique se trouve tendue entre des exigences antagonistes : minimiser son énergie interne tout en la maintenant à un niveau suffisant pour perdurer en tant que singularité. Entre ces antagonismes physiques, véritables apories métaphysiques, la vie établit divers compromis dont il est illusoire de supposer qu’ils sont toujours optimaux. Y a-t-il une différence minimale en deçà de quoi le vivant ne peut apparaître ou se soutenir ? Nous nous tournons là encore une fois encore vers le seuil de Planck, qui traduit à la fois une notion temporelle – seuil sur lequel bute la théorie récessive du big-bang  -  et également une quantité d’espace et d’information. Ainsi  le quantum, vu sous l’angle de l’énergie, est la quantité d’énergie minimale nécessaire pour que quelque chose se produise, pour qu’un un événement en soit un, pour qu’une information émerge, pour qu’il existe quelque chose plutôt que rien.

 

L’organite, conséquence de sa singularité physique et énergétique, ne perçoit pas directement l’univers, mais seulement sa transposition égotique. Soumis à un rayonnement, un champ, une vibration,  il résonne en réponse, mais sur un mode ou selon des fréquences décalées par rapport à l’excitation incidente. Jamais la chose en soi n’est directement saisie, mais toujours interprétée. L’idée d’une « chose en soi » n’a ainsi de valeur que purement négative: quelque chose résiste, s’impose, sans que jamais cette « chose », cet objet puisse être caractérisée autrement que négativement. Il n’y a pas de physique, comme objet distinct, séparé, connaissable, ce que manifeste avec éclat, en français, le double genre du mot physique, renvoyant tantôt à la chose en soi (LA physique), tantôt à l’existence sensible vécue de l’intérieur (LE physique). Or, par quelque contorsion intellectuelle qu’on aborde la question, on ne peut qu’admettre que jamais ne nous sera accessible que le pan physique sui generis, centrifuge  de l’univers.

 

Notre appareil sensoriel manifeste avec éclat cette hétérogénéité. Ainsi, bien que les fréquences lumineuses soient distribuées au long d’un continuum de fréquences, l’impression colorée nous apparaît pour sa part composée de trois couleurs dites primaires, qui n’ont en réalité pas de contrepartie dans LA physique, même si dans LE physique, elles s’incorporent dans trois types de cellules, chacune sensible a l’une des section du continuum  (rouge, vert, bleu). La perception s’organise autour de trois pôles en discrétisant arbitrairement le phénomène externe  intrinsèquement continu.

 

Cette discrétisation du continu amorphe, cette partition arbitraire du continu, autrement dit la création de formes, renvoie probablement à l’avantage adaptatif qu’il y eut à distinguer un fruit rouge, mûr, digeste et nourrissant au sein de la mer verte du feuillage, à cet avantage qu’il y eut à distinguer dans le continuum certaines oppositions pertinentes.

Les fruits mûrs ne furent pas d’abord rouges. Ils le devinrent par un processus de sélection évolutif par lequel l’entendement leur conféra cette propriété – être rouge - car elle était pour lui avantageuse. Au surplus, cette couleur de fruits mûrs et rouges, dans l’œil de qui  les consomme, a assuré une dispersion relativement plus efficace des graines de fruits murs rouges, de telle sorte que dès qu’ils furent identifiés et reconnus comme profitables au consommateur – celui qui ingère et brûle à son profit l’énergie potentielle y contenue  - ce dernier assura leur dispersion différentielle au détriment d’autres formes dont il ne tirait pas tant d’avantages.

 

Pour la vessie gélatineuse qu’est notre ciron, les sons et vibrations qui le baignent déterminent des  régimes vibratoires, dont certains lui sont favorables, d’autres défavorables. Ainsi émerge la possibilité d’une discrimination endogène des divers états, selon qu’ils soutiennent plus ou moins bien l’activité biologique. Cette faculté, répétons-le, n’est en fait que la surdétermination de la discrimination de l’impératif néguentropique essentiel, en deçà de quoi la singularité se confondrait avec l’univers englobant.

 

Se distinguer comme quelque chose sur le fond de l’univers, traverser des états plus ou moins favorables sont des conséquences de la première rupture de symétrie, de la première bifurcation, du premier événement, par quoi quelque chose est plutôt que rien. Cette première conséquence s’identifie à la  durée intrinsèque : elle est la différence minimale au-delà de quoi quelque chose survient, en deçà de quoi toute discrimination perd sens. Elle détermine la possibilité d’autres conséquences, d’autres événements.

 

Cette première conséquence ne peut avoir de flèche, de même qu’un espace ne comportant qu’un point singulier ne fournit aucune structure susceptible de soutenir un vecteur orienté. La durée n’acquiert une flèche que composée avec les évènements ultérieurs, condition de possibilité d’apparitions de formes, structures, sens. Il s’agit d’une construction auto-générative se déployant dans un espace auto-construit qui se déploie en acquérant des propriétés que nous appelons espace-temps. Cet espace n’a pas de point d’insertion, pas d’origine : il surgit d’un lieu aveugle qui à jamais restera hors de portée de la connaissance, car il est la condition de possibilité de toute connaissance.

Dès posées donc, ces premières et secondes conséquences déchaînent en une explosion auto-générative analogue à  l’explosion mathématique. Cette mécanique combinatoire est d’emblée entièrement contenue dans un nombre très réduit de conditions structurantes, à la manière dont les suites mathématiques en générales, telle la totalité des nombres entiers et leurs stupéfiantes propriétés, se construisent grâce à deux instructions seulement :  point de départ et empan, ou raison.  On peut conjecturer que nombres premiers, les nombres irrationnels et quelques autres classes de nombre (les Zétas notamment) sont les traces des ces racines génératives.

 

Soulignons à nouveau que le passage du rien au quelque chose ne peut qu’être absolument anhistorique, instantané, main-tenant. Il ne peut s’agir d’un récit plongeant de longs bras vers le passé, une sorte de mythe des origines, telle la fable du big-bang. Car le récit du big-bang ne peut se soutenir qu’en présupposant le temps, quand le big-bang  est sensé être l’origine de la durée. Sur cette circularité vicieuse, par quoi la conséquence explique la cause, achoppe le dogme scientifique, sans plus ni moins de génie que ces traditions nombreuses où il faut l’intervention de quelque divinité créant le monde depuis l’abri d’une extra-temporalité surnaturelle.

 

Pour ce qui concerne les échelles fines et primordiales où nous plaçons notre protozoaire expérimental, la durée est pour lui la comparaison entre deux états  intérieurs, certains favorables, et fastes, d’autres inconfortables et néfastes. Une telle comparaison n’implique aucune volition, aucun choix. Il s’agit proprement d’une bifurcation passive par laquelle l’animalcule que le hasard a placé dans un  lieu défavorable périt, tandis que survit son pareil, environnementalement mieux doté. Survivant,  il prorogera la chaîne des conséquences dont il est l’actualisation. Ce hasard favorable inscrit alors l’événement qui le fonde dans la suite des conséquences, dans la suite des possibles futurs. De sorte que lorsqu’il se reproduit, il est déjà comme « anticipé »  . Dès lors, on peut parler d’histoire : elle est cette réduction en forme d’entonnoir par quoi le virtuel devient progressivement contingent. Le passé informe le futur à la manière dont l’ADN subsume l’historicité contingente des espèces et la reproduit.

Ainsi s’inscrivent dans le métabolisme de l’animalcule comme au sein des espèces des chaînes de causes et de conséquences immenses et complexes.

Quelques ères de complexité plus « tard », des bibliothèques de cas/solutions sont en place :  arcs-réflexe, affects,  concepts, langues, cultures, qui toutes in fine représentent des solutions  énergétiques avantageuses. Pour le sujet, il s’agit là de TOUTE la réalité, puisque cette réalité fournit en même temps les cadres de sa propre représentation. Ce n’est pourtant que le feuillage  couronnant l’arborescence des bifurcations historiques, dont – à certaines régularités près qu’on nomme lois – la plupart est contingente et résulte à chaque fois d’un jet de dé.

 

*****

Quelques ères de complexification « plus tard » nous retrouvons notre animalcule. Les vicissitudes historiques, sa propre dynamique intrinsèque l’ont fait s’agréger à quelques dizaines de milliards d’autres de ses pareils, agrégation où chacun et tous ont trouvé quelque avantage adaptatif : il est peut-être aujourd’hui un ribosome, un globule rouge, un neurone ou quelque autre cellule confortablement lovée dans les profondeurs de la chair d’un chasseur-cueilleur paléolithique.

En l’occurrence, il est une cellule basilaire de l’oreille interne de ce chasseur. La cellule basilaire est dotée d’un fouet sensible à l’agitation affectant le liquide emplissant la cochlée, cochlée qui est cette cavité en forme de colimaçon niché au sein de l’os temporal (le rocher). L’humeur qui l’emplit vibre sous l’effet d’un système d’osselet relié au tympan, tympan lui-même mu par les vibrations atmosphériques.

Ce chasseur, nous le surprenons en maraude parcourant à longues enjambées le jardin d’Eden. Dans sa marche, il croise des proies et des  prédateurs ; il esquive de multiples risques et dangers :  branches qui fouettent, pierres qui chutent, tigres a dent de sabre dont un feulement trahit la présence… Autant de sons, qui selon les mouvements et célérités respectifs du chasseur et de l’objet sonore subissent des glissements par effet Doppler, plus hauts ou plus graves selon que la source et le récepteur se rapprochent ou s’éloignent.

 

Rahan – c’est le nom de notre chasseur sinon son état-civil – est en quête d’une proie ailée des rémiges de laquelle il compte se composer une parure pour séduire demain, jour du solstice d’été , au rassemblement annuel de sa nation une belle Cassandre qu’il convoite. Justement un oiseau venant de droite griffe un pan d’azur encadré de verdure lançant en plein vol une trille. Présage favorable !

 

Chasseur habile, Rahan décoche sa flèche . Or ce faisant, il met en œuvre, quasi instantanément de formidables capacités de calcul ! Ce qu’effectue dans ce geste le système cognitif de Rahan, sans qu’il en ait conscience,  est une comparaison entre un actuel sonore et une bibliothèque de situations analogues, comparaison dont Rahan déduit la vitesse et la direction de sa proie pour ajuster l’angle, la direction et l’impulsion de son tir.

 

Ce que perçoit d’abord Rahan c’est bien un train d’ondes sonores dont la forme le renseigne sur la célérité et la direction de l’oiseau.

Comment entend notre chasseur ? Ce que son oreille perçoit n’est pas le monde, mais bien via l’oreille interne une maquette du monde, une construction ad novo utilisant le levier du train d’onde incident pour construire dans le milieu liquide de l’oreille un champ d’interférence mimant le monde.

Ouïr c’est apercevoir une figure d’interférence, un hologramme d’instant, qui mime le monde tout en étant le monde, car  il ne peut se distinguer entre l’observateur et la mer des phénomènes aucune solution radicale de continuité. Notre chasseur, lui, compare cet hologramme d’instant, c’est à dire la forme du champ sonore perçu, aux chaînes et structures engrammées dans son esprit, collection d’impressions sensorielles, de réponses motrices, d’empreintes visuelles associées. Ces structures engrammées sont elles-mêmes des hologrammes, c’est à dire des nœuds et des ventres, des moirures, des damas, des figures dynamiques évoquées au niveau le plus fin, c’est à dire quantique. Elles ne sont pas passées, mais maintenues, dynamiques, vivantes. Un cerveau mort ne se souvient de rien. Cette bibliothèque de cas est une praxis déposée couche après couche, incrément par incrément, génération après génération par les diverses formes biotiques de complexité croissante qui ont précédé le chasseur et dont il hérite. Formes empilées, depuis les plus simples – notre animalcule – jusqu’aux plus sophistiquées – les ancêtres directs de Rahan. Ces solutions préparées d’avance, anticipées, sont la trace d’accidents historiques passés et représentent un formidable avantage adaptatif. Elles s’étendent des formes les plus rustiques – régularités circadiennes résultant du battement dialectique de molécules au sein de la cellule, arcs réflexes – jusqu’aux plus abstraites : art, musique, représentations, structures politiques, cultures.

 

Tourner la tête dans la bonne direction sous le bon azimut vers un oiseau filant en chantant paraît un geste simple qui pourtant résulte, nous l’avons dit, d’un calcul d’une extrême complexité. Il compare à l’échelle quantique des figures d’interférences d’origine interne ou externe où s’isolent et se comparent séries et séries de séries par quoi notre chasseur  construit une géométrie spatiale topolagisable permettant l’action. Le niveau fondamental est presque instantané (durée intrinsèque), mais le processus entier de perception/réaction s’inscrit lui dans une certaine durée, de l’ordre de quelques dixièmes de seconde .

 

Parler de durée, dès lors qu’elle n’est pas essentielle (spécieuse), renvoie implicitement à quelque forme de mémoire et aux lieux où se conserve cette mémoire. Nous avons vu que le simple balancement vibratoire entre harmonie et turbulence pouvait en soi construire une mémoire élémentaire, en ce sens que les champs incidents déterminent l’état interne de l’animal, dont tous ne sont pas favorables. La survie au long de chaînes de générations de notre animalcule manifeste en substance, dans le métabolisme même du protozoaire, cette sorte de mémoire vitale qui  favorise les interactions viables et détruit les autres.

 

L’ADN peut-elle même être conçue comme l’engrammation, sous forme d’un code simple et économe, de chaînes énormes de causes et de conséquences reliant divers états énergétiques, chaînes qui sont constamment actualisées et réinterprétées. Toutefois, nous le notions à l’instant, l’ADN  engramme des dimensions beaucoup plus abstraites que la simple activité métabolique de construction/réparation/gestion corporelle.

En effet l’ADN, le patrimoine génétique, reflète l’union d’individus de sexe différent au long de générations multiples. En ce sens, elle reflète également les règles de mariage, ou d’exclusion à l’union dont se sont dotées les cultures. Ces règles, et donc l’ADN qui en est partiellement le produit, renvoient à la totalité des comportements, attitudes et représentations humaines,  patrimoniales et économiques, sociales, politiques, culturelles. 

 

Toute la physique classique, depuis Aristote et sous la puissante impulsion de Descartes, repose sur l’hypothèse qu’il existe, en dehors de toute perception, un monde indépendant et immuable, simple support neutre et anhistorique des phénomènes, des évènements, de la durée, de l’espace.

 

La relativité et la mécanique quantique ont remis en question la « neutralité » de l’espace et du temps, et posé la question du rapport entre la singularité percevant et l’hors-soi, du phénomène et de l’observateur. Toutefois l’obscurantisme scientiste moderne, butant sur les forces les plus obscurs de la nature humaine, refuse de tirer les pleines conséquences, notamment morales et politiques, de l’indissociabilité de « la physique » et « du physique ». De la même manière la médecine a longtemps disséqué des cadavres sur la prémisse que les structures histologiques expliqueraient à elles seules l’homme et sa santé. L’apparition de l’observation « in vivo» érode chaque jour un peu plus la puissance heuristique de tels présupposés.

 

A l’inverse de ces conceptions occidentales fixistes, l’Orient voit en tout phénomène l’expression d’un flux sous-jacent. L’être n’est que l’apparence de l’action:  les états ne sont que des transitions, des passages, les mesures arrêtées d’un flux. Il est possible ainsi que les méridiens de l’acupuncture chinoise ou encore les chakras hindo-bouddhistes ressortissent de systèmes dynamiques, à la fois physiologiquement essentiels, mais sans inscription biologiques tels que le scalpel en pourrait identifier.

 

Même les entiers naturels n’échappent pas à la temporalité. Le temps est le nombré, explique Aristote. Car en effet, le nombre est un objet psychique puissamment synthétique et non pas a priori. Les Chinois ont coutume de dire : « Un cheval n’est pas un cheval.» Ils signifient par là que jamais deux haquenées ne sont parfaitement identiques. Pourtant, aucune pensée articulée, aucune reconnaissance du monde ne serait possible s’il ne devait être constitué que de myriades foisonnantes et chaotiques d’objets singuliers.. Ainsi le mot « cheval » est-il une classe d’équivalence où sont reconnues les caractéristiques constantes de l’objet « cheval » et gommées les variations individuelles. Les analogies sont étroites entre la théorie des groupes d’Evariste Gallois et le langage naturel. Peut-être certaines formes d’autismes sont-elles liées à l’impossibilité d’ordonner le monde phénoménal en séries

 

Le classement analogique par quoi l’esprit identifie des invariants au sein des phénomènes est une condition du dénombrement. Ainsi les nombres figent-ils la réalité changeante, protéiforme et instable au sein d’une perception synthétique reconnaissant la régularité au-delà de la variabilité. Le nombre fixe le flux : il contient déjà la durée, puisque cette durée représente les cohortes de discrimination et la synthèse nécessaires au dégagement d’une notion tel que le « un ».  Au surplus et à l’instar du langage naturel, la combinatoire mathématique comme la combinatoire grammaticale ont pour support implicite la durée : il faut un certain temps pour écrire une équation, un certain temps pour la lire. Pareillement, le discours, la lecture ou l’écriture sont des flux de signes qui imposent un substrat implicite que l’on nomme durée, condition de possibilité d’existence même de ce discours, sans qu’en rien il ne soit possible de conclure à la réalité ontologique, essentielle, de cette durée. Pur « util » dirait Heidegger.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 10:24

,  relativement à l’esprit humain elles apparaissent passées, comme on l’entend généralement dire, suivant l’opinion scientifique quasi générale et néanmoins erronée

 

Conséquemment le big bang n’est pas un passé mais bien un actuel. Ou dit autrement, il n’y a pas de durée derrière le mur de Planck. Ce mur réfère à cet endroit de l’infini que nous connaissons tous, puisqu’il forme la racine de notre réel, contient à jamais régénéré le passé et le futur, le flux des causes et des conséquences fractalement intriquées.

 

On ajoute une couche encore d’absurdité interprétative quand prenant le train du temps à l’envers on prétend « voir » l’univers quelques « instants » après le big bang. Or quelques « instants » après le big bang, aucun humain n’existait. Il n’y eut donc jamais de situation dans laquelle un œil vît l’univers en ses balbutiements . Si bien qu’affirmer que l’on aurait saisi quasi photographiquement l’univers en sa gésine – 380 000 ans « après » le big-bang - relève d’une interprétation de mystagogues pataphysiciens.

La théorie stricto-sensu fait du big-bang l’initiateur de la durée et la condition de possibilité de l’étalon qui la mesure. L’année est - rappelons-le aux générations atomiquement synchronisées - une circumambulation terrestre autour du soleil bornée par deux solstices ou une paire d’équinoxes. Il n’y a pas de temps sans référence humaine, c’est-à-dire réelle. Même les battements du césium, qui servent de référence internationale, sont profondément insérés dans l’espace politique et productif humains.

 

Il est aberrant de décrire la naissance du temps avec des concepts ou des mathématiques dérivées de cette naissance. De construire des objets, des mythes théoriques, qui se donnent pour réels, externes, alors qu’ils sont en relation frontale et intriquée avec l’humain, et le vivant auquel il est relié.

 

Il est souvent affirmé que les lois physiques sont symétriques par retournement du temps :

t(L) = -t(L)

t est le temps, L une loi physique quelconque.

 

Une telle équation est une fiction logique : elle oublie que le temps de la lire et de la comprendre rapproche le lecteur de sa mort : l’idée que le temps soit réversible est absurde. Toutes les propositions logiques sont vivantes et mortelles .

 

, celles que brassent par trillards de trillards dans l’instant notre entendement pour dans l’éclair du présent m’offrir cette phrase

 

Prétendre à la réversibilité du temps, c’est tomber dans la fiction d’une proposition logique suspendue hors du temps, hors de toute conscience vivante, à la manière de l’Idée platonicienne.

 

La durée et ne saurait être la cause de ce dont elle est conséquence.

Nous tenterons dans cet essai de ne pas succomber à l’erreur consistant à penser le passé depuis les cadres mentaux du présent. Tâche ardue et presque impossible tant le langage et l’entendement sont eux-mêmes inextricablement engagés dans la temporalité

 

 

***

 

Ces prolégomènes posés, c’est au moyen d’une expérience de pensée que nous allons tenter d’analyser  ce qu’est un son et ce mystère par quoi la musique nous enchante.

Imaginons le plus infime des animaux de la plus extrême simplicité : cellule unique, pas même nécessairement eucaryote, peut-être même dépourvue d’enveloppe. De tels organites  peuvent aujourd’hui s’observer dans d’infimes diverticules argileux ou des minuscules vacuoles liquides telles qu’en recèlent les glaces polaires ou d’autres micro-milieux. Les connaissances actuelles tendent à y reconnaître de possibles sources de la  biosphère.

 

Simplissime, notre organite peut-être archaïque tout aussi bien que parfaitement contemporain.  Nous allons suivre en pensée ses avatars ontologiques. Cet organite n’a au départ pas de compétences. Il est au surplus dénué de tout organe des sens, de tout sens de l’espace et de la durée. Rien ne lui indique qu’il est. Pour cet animalcule, dont la masse est si faible, le milieu cyclique qui le baigne est relativement extrêmement énergétique et puissant. Une simple onde acoustique en modifie la pression interne.  Outre cela, il subit un intense pilonnage photonique ;  les rayons cosmiques le bombardent ; le flux et le reflux des marées gravitationnelles en barattent les entrailles, tandis qu’alternent obscurité et lumière, canicules et frimas, que changent incessamment  salinité, hygrométrie…

Ces influences externes constituent, eu égard à la ténuité de notre ciron, de formidables facteurs perturbateurs. Elles sont, toutes proportions gardées, comparables à l’action de ces grosses planètes capables de malaxer les entrailles de leurs satellites au point d’en fondre les minéraux en magmas éruptifs.  Tel est le rapport gigantesque entre l’organite et l’univers. Telles furent les prémisses de la vie.

 

Donné le gigantisme des rapports entre sujet - notre organite -  et objet extérieur (tout le reste), les rapports entre fréquence propres du ciron et fréquences externes incidentes sont des « percepts » presque immédiats. L’extérieur malaxe directement le corps de l’animal. La sensation de « l’extérieur » est ainsi presque directement intuitionnée.

Or le jeu de ces influences - cosmique, stellaire, gravitationnelle, climatique, thermique…-  triturant intimement la substance de l’organite, ne peut manquer de déterminer cycliquement des états remarquables selon que les influences incidentes sont en opposition ou bien en conjonction de phase, amplifiant ou au contraire amortissant tel ou tel phénomène ou réaction métabolique, déterminant  polarisations, conjonctions de phases, unissons, points d’orgue, bonaces.

 

D’emblée se singularisent certains régimes vibratoires : ainsi l’unisson quand intérieur et extérieur résonnent selon une proportion entière, 1,2,3… L’animalcule ainsi probablement déjà « connaît » comme sensation l’octave, le double, dont le type est un rapport de sympathie entre fréquence propre et fréquence du tout environnant quand le corps de l’animalcule vibre en harmonie avec le milieu qui le baigne.

 

Ainsi quelque sens  du rythme et du nombre – la même chose au fond – apparaît ainsi dès la bactérie. Deux sons résonnant à l’unisson, ou bien selon des périodes doubles (à l’octave), manifestent à l’oreille humaine le nombre entier ou réel. La notion intuitive du double – 2 - de la moitié – ½ -  est là tout entière en gésine. Voici naissant les nombres entiers, écho des rapports triples, quintuples, septuples… entre fréquence propre de l’organite et fréquence incidente.

Nul besoin donc de  présupposer le nombre comme être ou existant, comme idée platonicienne : il est d’abord rapport sensible, intuitionné de deux grandeurs, chacune en elle-même incommensurable.

 

L’ouïe, fondamentalement, est une « capacité de calcul ». Elle compare un champ vibratoire interne, présent déjà aux niveaux les plus fins et le champ externe, qui s’étend du très proche jusqu’aux confins de l’univers. Toutefois, il ne peut se concevoir qu’aucun hiatus ne sépare l’organite de l’univers. Les rapports entre l’organite et son environnement sont « presque » immédiats, « presque » directs, et d’autant plus que les fréquences propres relatives de l’animalcule et du milieu englobant approchent de l’unisson. Presque : car sans ce « presque », fût-il epsilonesque, l’englobé se confondrait avec l’englobant et ne pourrait constituer un objet. Ce n’est que parce qu’entre l’univers et le percevant se maintient une tension, une différence, un soupçon d’altérité au moins, que le percevant justement se distingue du reste de l’univers. A défaut d’une singularité, il n’y ni percept, ni percevant.

 

Réduite à l’os, cette différence entre fréquence propre de l’organite et fréquence propre de l’englobant se confond probablement – j’en fais la conjecture - avec la constante de Planck , à la fois quantum d’énergie, quantum d’information et durée source. 

Ainsi pour l’animalcule déjà une distance se sent, reflet de ses cyclicités propres face aux cyclicités globales ou au contraire fines des « objets »  qui l’environnent. Chacune de ces cyclicités est intrinsèquement incommensurable, propre à chaque objet et en marquant l’existence singulière, cet objet fût-il l’univers lui-même. Mais bien qu’intrinsèquement incommensurable chacune en elle-même, leur croisement détermine une durée et un lieu réels, manifestes, et donc la possibilité d’une métrique locale.  Cette distance/durée est assimilable à  un gradient d’énergie, toujours orienté dans le même sens, de l’extérieur, d’où provient l’énergie, vers l’intérieur, qui la consomme. On nomme généralement ce gradient  flèche du temps. A tort, pour la raison que le mot « temps » ne recouvre aucune réalité de l’univers. Seuls s’y distinguent l’instant et la différence élémentaire entre le soi et l’hors-soi.

 

*****

 

Notre cellule flotte dans l’océan. Au-dessus d’elle tournoie la voûte céleste, s’entrechoquent les galaxies, explosent les supernovae. Des branes cinglent l’univers de part en part en quelques battements, tandis qu’à des niveaux plus fins l’agitation brownienne triture infatigable la soupe de particules qui bouillonne et grumèle depuis le « vide » quantique, instable et gorgé d’énergie. Voilà ce qu’est, pour notre morula, l’univers. Voilà ce qu’il est pour nous aussi, même si de sa réalité profonde nous n’entrevoyons que ce qui est d’emblée utile à notre pérennité phénoménale.

 

Notre morula ne peut être transparente. Elle est au moins diaphane. Car nécessairement, à quelque niveau, elle transforme la portion d’univers qui l’accueille. Un corps imaginaire, totalement transparent à tous les rayonnements, se laisserait traverser sans altérer le champ incident.  Un corps battant à l’unisson de tous les champs vibratoires, n’interagissant aucunement avec son environnement, ne pourrait du fait même de sa parfaite consonance avec ce qui n’est pas lui, développer une quelconque instance de relation avec un extérieur envers lequel il n’entretient aucune différence de  potentiel, aucune arythmie, aucune syncope, aucun glissement, aucune solution de continuité. De fait aucune existence, aucune perception ne sont envisageables sans une différence d’avec le milieu, même la plus infime.

La discontinuité du milieu – la singularité - est la condition de possibilité de l’émergence d’un organe de relation au monde, d’un organe des sens.

Plongé dans un champ vibratoire, un corps réagit en adoptant un mode vibratoire particulier, synthèse dynamique du champ incident et des caractéristiques singulières de l’objet. En retour il modifie le champ incident à la manière dont, dans les jardins Zen les ondes de gravier heurtent et contournent les rochers, ou bien encore à la façon dont la pluie solaire aux abords de la terre toronne au sein de la ceinture de Van Allen.

Le décalage entre mode vibratoire propre de l’organite - sa fréquence propre de résonnance -  et la mer vibratoire qui l’englobe, fournit la condition de possibilité du développement d’un organe du sens. Cet écart, aussi ténu soit-il, constitue la racine du sens, la condition de possibilité de la construction d’un soi et d’un hors-soi primitifs.

 

Parler de vibration, c’est interdire l’arrêt. Il n’y a pas de vibration statique, même si les phases vibratoires stables abondent.  Entre l’organite et son environnement circule sans cesse une théorie d’états miroir, par lesquels l’organite ajuste son mode vibratoire aux influences incidentes dans des figures dont le camaïeu complexe reflète la structure et les relations entre en-soi et hors-soi. De sorte qu’organite et environnement, en soi et hors soi, intègrent tous deux à chaque instant tous les états de l’univers . Ainsi peut-on dire de la même manière, avec certes quelque approximation, que le mouvement d’une molécule de l’océan reflète et intègre l’ensemble des mouvements de la masse océanique.

 

Outre un corps, notre organite comporte une limite, une frontière, en deçà de quoi finit l’en-soi, au-delà de quoi commence l’hors-soi. Il n’est pas même nécessaire que cette limite soit matérialisée par une membrane, une enveloppe. Elle peut n’être qu’une solution de continuité en deçà et au-delà de quoi diffèrent nature physique (densité, d’élasticité, comportement dynamique, etc.) ou chimique (salinité, acidité..)

Cette enveloppe, remarquons-le est bidimensionnelle, quand le vitellus est tridimensionnel. Ainsi le régime vibratoire de la limite diffère-t-il nécessairement de celui de la masse de l’organite. Aux modes vibratoires tridimensionnels rétroagis de l’en-soi et de l’hors-soi se superpose le mode vibratoire bidimensionnel de l’enveloppe. De sorte que le sens du « dedans » et du « dehors »  émerge du comportement original de la limite. L’embryologie le confirme, qui  observe une origine commune au système nerveux (encéphale, moelle épinière, plexus, nerfs) et à la peau, conçue comme un prolongement périphérique du cerveau. Cette peau-limite recèle en puissance les éléments d’une théorie  de l’espace, sens dont, par hypothèse, notre organite n’était pas au départ doué.

 

Vibrer emporte encore une conséquence importante. Vibrer interdit le repos. Le corps de notre organite, incessamment soumis à une myriade d’influences périodiques, n’est jamais quiet.

Ainsi dans le cas d’une onde acoustique, alternance de pression et de relâchement, le corps de notre animalcule se voit alternativement comprimé puis étiré. En sorte que  l’état énergétique de notre organite n’est jamais « consécutivement » semblable. Pour le ciron, cela n’est pas sans conséquence : il lui faut réguler continuellement à la fois l’accroissement d’énergie potentielle et sa dissipation. Or il n’est pas interdit de supposer que certains états sont pour notre animalcule  plus « confortables » tandis que d’autres le sont moins : plus « confortables » quand le métabolisme de notre organite se trouve amélioré, « inconfortable » quand il se trouve  à l’inverse dégradé.

 

Ainsi, la vibration, en ce qu’elle est pour notre protozoaire alternance d’états internes distincts, ouvre la possibilité d’une distinction dynamique dans la succession des états, et introduit la possibilité de la construction de ce qui, à des degrés de complexité supérieurs, deviendra la durée.  La discrimination minimale entre deux niveaux énergétiques « perçus » affectant notre organite doit être considérée comme durée-racine (ou durée spécieuse selon certains philosophes, en ce sens qu’elle n’est qu’apparente et non pas intrinsèque). Là encore cette durée racine renvoie probablement au nombre de Planck.

 

Supposer la variabilité dynamique à l’origine de la durée ne revient-il pas, toutefois, à reconnaître tout simplement qu’elle est déjà présente dans l’onde incidente affectant notre protozoaire ?

Mais que pourrait bien être la durée d’un son que personne n’entend, pas même un organite ? La rose est, pour elle-même, sans raison. Pour Ronsard, elle est le moyen de tenter d’obtenir les faveurs de Cassandre et transmettre ses gènes. Le tsunami comme la vague ne déferlent qu’en tant qu’ils rencontrent un obstacle. Parler de direction de propagation d’une onde, c’est implicitement faire référence à un observateur regardant passer le train d’onde. Ce n’est qu’en référence à cet observateur qu’une direction au train d’onde peut se reconnaître, tout comme d’ailleurs son origine

Ainsi en va-t-il de tout système vibratoire, big-bang compris.  On peut comparer la situation à un train filant sur ses rails. Soit on en est le passager et il n’y alors pas de mouvement, hors  accélérations et décélérations, pas de durée. Soit nous sommes les vaches au bord de la voie, et c’est à grande vitesse que nous voyons  filer le bolide.

Ce n’est que par rapport à un récepteur extérieur doué d’un en-soi, alternativement comprimé puis déprimé, que l’onde incidente acquiert pour lui un sens, une flèche et à vrai dire une durée.

Un tel système train/vache nous est familier si l’on considère qu’on peut en remplacer les termes, l’un par le photon, l’autre par nous même, c’est à dire ce système percevant constitué de l’ensemble (rétine-encéphale)/personne. Tout comme le tsunami ne devient vague scélérate qu’en percutant la rive tandis qu’au vaisseau de haute mer elle n’est qu’un souple bombement, il importe de remarquer que le photon ne se transforme en information et ne délivre son message venu prétendument d’époques lointaines que lorsqu’il percute un obstacle, tel une rétine par exemple.

 

Car lorsqu’il glisse dans le vide à une vitesse proche de la vitesse limite C, il le fait, nous dit la théorie de la relativité, dans un espace temps qui lui est propre et d’où la durée est quasi abolie. Il ne transporte lors rien qui ressemble à une information « historique » qui compterait le temps à la façon d’une horloge. Ce photon, qui n’emporte avec lui aucune durée intrinsèque, sinon la durée totale indéterminée, est pourtant le vecteur qui en touchant notre rétine apporte à notre encéphale, notre entendement, notre conscience l’information « du temps qui passe ». C’est cette percussion, ce contact, cette interaction, qui construisent les catégories réactives de l’espace et de la durée. C’est ce photon et  la cohorte de ses pareils qui dans l’interception, et dans l’interception seulement, dessinent l’image fantasmagorique d’une explosion initiale. Mais s’il arrive que ce photon ne rencontre aucun obstacle, alors il erre infiniment dans l’instant . Combien sont-ils de cette espèce ?

 

L’interaction fondamentale entre photon et récepteur est instantanée – à la durée spécieuse près – car elle est générative de la durée. La théorie de l’information indique qu’il ne saurait exister transfert d’information sans quelque échange d’énergie, de moment, de matière… Cet échange génésique, par la nécessité fondamentale que nous venons d’indiquer, est achronique. Il ne devient durée que dans les conséquences de l’interaction. Or si l’on veut s’arrêter à l’évidence - cette dimension à la fois symplectique et terriblement ardue à décrire tant elle est limpide, lisse et dépourvue de prises où accrocher l’entendement. C’est bien en totalité dans l’instant présent que s’expriment devant le miroir de mon être l’ensemble des phénomènes, même si leur description, dont le prototype est la représentation intérieure s’inscrit nécessairement dans la durée qu’elle génère. Le présent instantané est  bien l’instance ressentie la plus directement par chaque être conscient. La durée n’est  que seconde à cette évidence.

 

En sorte qu’il faut reconnaître que le passé n’est pas antérieur au présent. Non : le passé repose sur l’instant comme une pyramide retournée sur son pyramidion. De manière significative, certaines populations   méso-américaines considèrent que le passé est devant – puisqu’on le voit et en connaît les vicissitudes - tandis que le futur, opaque, aveugle et inconnu, se situe lui derrière.

 

La durée est une représentation fortement ultérieure, fortement construite, fortement synthétique, fortement charpentée de chaînes de conséquences et consécutions d’images. Ainsi au témoignage des techniques d’exploration in vivo de la dynamique cognitive, la durée des évènements psychologiques  élémentaires est de l’ordre de l’atto-seconde (10-18 seconde). Le  temps de prise de conscience bat lui sur le tempo du dixième de seconde. Pour rendre ceci plus parlant, disons que si l’on dilatait l’atto-seconde pour la rendre aussi « longue » qu’une seconde, la durée séparant l’interaction initiale photon/rétine de la vision consciente, cette durée s’étalerait sur quelque 300 milliards d’années.  Ainsi quand nous prenons conscience d’avoir perçu, cette perception est déjà fort ancienne, vieille d’une scansion ayant battu, agrégé, composé, déployé des trillards de milliards d’évènements élémentaires.

La sensation, le percept, la représentation, le concept contiennent dès lors une information temporelle que l’événement élémentaire - le photon au point d’impact -  immobile en soi dans sa glissade infiniment célère, ne contient pas. Le photon parcourt immobile l’univers tandis que la durée se génère dans l’interaction avec un corps tiers, comme la vague déferlant sur l’obstacle.

 

On effleure ici cette  notion fort subtile, que le langage propositionnel (articulé, théorématique), à la différence de l’évocation poétique et singulièrement musicale, capte si mal:  flux et mouvement ne se recoupent pas. L’onde se propage sans déplacement de matière. Le flux se soutient  sans mouvement, hors de toute durée. Voilà pourquoi Alice doit courir pour rester sur place. Voilà pourquoi à l’issue d’une chute vertigineuse elle poursuit sans impact sa course horizontale.

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