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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 19:43

Les élus sont-ils ou non tous pourris ?

La question est mal posée.

La gangrène de notre système politique n’est pas liée aux personnes : elle est inhérente à la mécanique même du système. Pour donner un exemple, ce qui fait du président de la république un quasi monarque, ce n’est pas la personne elle-même, mais son, élection selon le mode du suffrage universel. Quelle que soit la personne, elle succombera à l’idée qu’en elle même, « désignée » par le Peuple entier, elle est une sorte de souverain.

Les élus – quelle que soit leur honnêteté personnelle – sont tous pourris dans le sens où le système, plus grand qu’eux, les implique dans une mécanique sociale et politique qui les dépasse.

L’idée selon laquelle on a les élus qu’on mérite est absolument fausse. C’est oublier que la politique est d’abord affaire de sens : créer le sens, manipuler le sens, désigner le souhaitable, le possible, l’impossible : voilà pourquoi le grand capital s’est saisi des media afin de conformer les esprits qui ensuite demandent ce qu’on leur présente comme désirable, indésirable, possible ou non.

L’idée selon laquelle on a les élus qu’on mérite passe sous silence cette prise de contrôle de la création du sens : or créer le sens est véritablement stratégique. L’idée selon laquelle on a les élus qu’on mérite ressemble fort à la proposition libérale selon laquelle on est pauvre par choix, parce qu’on aurait bien pu faire le choix de devenir riche. Ou bien qu’on est libre ou non de regarder la publicité. Au coeur de cette idée, il y a la conception que chacun exerce son jugement librement et n’est aucunement influençable. La société est un ensemble de personnes libres, toutes parfaitement conscientes et informées. Il n’y a donc aucune raison de penser qu’un capitaine d’industrie contrôlant plusieurs media ait une influence largement supérieure à celle du pékin moyen. Dans cette conception, le vote d’un grand patron et celui d’un smicard sont identiques, puisqu’ils sont en théorie égaux. Ai-je besoin de pousser plus loin l’analogie de la théorie du libre marché ? Le scrutin universel repose sur cet axiome libéral de l’équivalence de tous et de chacun.

La désignation des représentants par le mode de désignation électoral, dès lors que cette élection vise des représentants généraux et lointains (le cas est différent lorsque la délégation est directe et locale, cas où la délégation par le vote est admissible) ne peut et ne pourra jamais que créer des oligarchies. Telle est la mécanique irréfragable du système.

L’une des réponses de la nomenklatura au déficit démocratique est la démocratie participative. Précisons le terme car il comporte pas mal d’ambiguïté.

Démocratie participative veut dire que les avis des « participants » n’a que valeur consultative. Les « élus » sont seuls à décider de la légitimité de ces avis. En d’autres termes la démocratie participative n’a aucune valeur de démo-cratie puisqu’elle n’est pas d’abord « kratein », verbe grec signifiant « administrer, gérer, décider ». Dès lors que les « participants » ne décident pas, la démocratie participative n’est pas un « kratein » et du coup encore moins une démo-cratie. Abandonnons ces vieilles lunes qui ne sont que les artifices du conservatisme pour nous maintenir dans l’obscurantisme. Voyons ce que donnera Saillans : toujours est-il qu’il ne s’agit que de démocratie directe par « tolérance ». La démocratie ne sera directe que lorsqu’elle sera impérative et non, pas seulement consultative et accessoire.

Les débats autour de la démocratie participative ont une longue histoire, celle des tentatives toujours renouvelées de dénier la démocratie au Peuple : hier c’était Charles X qui prétendait « dévoluer » (donner) une constitution au Peuple. Alors que le Peuple, comme seule source de la souveraineté et de la Loi, est le seul à pouvoir se donner une constitution. Il y eut ensuite le suffrage censitaire : seulsceux payant un impôt suffisant étaient sensés pouvoir diriger la Nation. Dans les démocraties populaires, des élites éclairées auraient seules été capables d’emmener la Prolétariat vers sa libération : les humains ont besoin d’un guide, comme on dit à l’UMP. Le culte du chef, par quoi on choisit la sécurité au prix de l’autonomie, est une idée tout aussi bleue que rouge ou rose.

Pour les femmes n’en parlons pas : en tant que mineures, elles n’ont pas la capacité à se diriger elles-mêmes. Un mâle élu est de loin plus à même de choisir ce qui est bon pour elles. Même chose pour un pauvre : s’il est pauvre il y a de bonnes raisons pour qu’on décide pour lui. Pour cela pas mieux que la désignation selon le mode électoral.

Si l’on souhaite changer la société, alors conserver l’élection comme mode central et unique de la désignation de la représentation nationale enferme nécessairement dans la mécanique perverse du système. Plus je veux le changer et plus je lui ressemble. Plus je le conteste, et plus il m’absorbe pour en avoir d’abord accepté les règles du jeu.

Il n’y a aucun avenir dans cette perversion : elle a transformé les forces de progrès en réaction : les roses sont devenus bleus et beaucoup de rouges roses, le pas juste avant le bleu.

Revenons à l’essentiel. La délégation par le « choix éclairé » est une idée qui renvoie à la conception bourgeoise du monde. Il est difficile d’accepter que ses propres idées et conceptions aient peu à voir avec le libre arbitre et beaucoup avec le mimétisme moutonnier. Il est difficile d’accepter de rogner son propre égo pour reconnaître que l’on est nain, tant dans nos capacités cognitives notre habileté à l’autonomie. Or c’est bien l’idée contraire- toute puissance de l’intelligence humaine face à la nature ignare et hostile- qui a mené notre espèce au bord du gouffre et la maintient dans l’obscurité de l’exploitation de tous par tous.

Il faut admettre que la mécanique des systèmes – fussent-ils d’invention humaine – dépassent l’homme. Que celui-ci est d’abord l’expression du système, et non pas d’abord son agent.

Voilà pourquoi, pour ces raisons fondamentales, je plaide pour l’introduction du tirage au sort comme élément essentiel au cœur de la démocratie (tous les mots comptent). Il n’y aura jamais d’autres moyens – telle est la fatalité humaine- de faire en sorte que le corps politique décisionnel reflète la composition réelle de la société. Le vote ne le permettra, mécaniquement, jamais.

Il y a ensuite une idée selon laquelle la démocratie directe serait la meilleure chose du monde. C’est oublier que si la Gaule avait combattu de manière organisée et coordonnée face à César (le Hitler de l’époque) notre destin en aurait été profondément changé. L’utopie « démocratie directe » ne prend pas en compte le fait que certaines questions doivent être traitées à un échelon plus global : c’est le cas par exemple d’une agression étrangère, agressin certaine dès lors que le Peuple déciderait d’un destin qui contreviendrait aux intérêts des oligarchies maîtresses des pays qui nous entourent. Comment un peuple réellement démocratique répond-démocratiquement à l’agression des bourgeoisies étrangère ?

Pour donner un autre exemple, comment gérer la ressource en eau, quand celle-ci affecte de nombreuses communautés dont chacune pourrait démocratiquement et directement souveraine. Comment organise-t-on la démocratie dès lors que plusieurs assemblées directes s’opposeraient. S’agira-t-il de construire des féodalités, baronnies, duchés, chacun luttant férocement pour ses propres intérêts ? Quitte à mener la guerre au village d’à côté, configuration dont l’histoire présente de nombreux exemples ?

Dans son ouvrage « Effondrement » Jared Diamon analyse de nombreux exemples d’effondrements sociétaux, comme celui qui nous pend au nez, avec toutefois une magnitude inédite dans l’histoire humaine. Il en conclut que la catastrophe arrive parfois par les élites, parfois par les comportements individuels égoïstes. Car il arrive à l’inverse que la catastrophe provienne des comportements individuels tandis que les élites parviennent à proposer des solutions bénéfiques.

Comment articule-t-on démocratiquement le local et le global ? Quelles institutions démocratiques nous préserveraient-elles tout à la fois du péril rétrograde ( le monde s’arrête aux portes de mon village démocratique) comme du péril totalitaire (pour assurer le bien-être de tous, il faut un pouvoir central fort, fût-il éventuellement « démocratiquement » élu ?

Sur les questions de démocratie, démocratie directe, populisme, il faut lire la « Politique » d’Aristote. Aristote a eu la chance (outre de ne pas avoir à se faire de soucis pour manger : c’était un aristocrate) de vivre à un moment historique où les formes politiques que nous connaissons sortaient tout juste de l’œuf. Il les regarde en tant que nouveautés, avec l’œil frais de celui qui voit pour la première fois. Il recense les potentats et dictatures de son époque, balance les avantages des unes et des autres, notamment en référence à la "démocratie athénienne".

Celle-ci, on le sait, se tenait à l’agora, où n’intervenait guère au mieux qu’un dixième de la population (ni femmes, ni esclaves, ni ouvriers, ni artisans, ni payans, trop pauvres pour distraire leur temps productif pour faire "de la démocratie" . Aristote dépeint avec effroi ce que nous pourrions appeler « démocratie directe ». Cette démocratie directe n’est pas celle que certains appellent de leurs vœux. Elle ressemble plus à une fin de match entre le PSG et l’OM quand « l’assemblée » des supporters se déverse après match pour casser, incendie, cogner.

Or de tels débordements se sont produits dans les cités antiques quand l’agora enflammée par un orateur habile (du genre Sarkozy) se déversait dans les rues pour aller piller et incendier le bouc émissaire – juif, arabe, pédé…les termes varient selon l’époque - désigné à la vindicte populaire par l’orateur habile. Ces choses se sont produites et se reproduiront. Elles se sont produites en 1933 et permis à Hitler d'accéder au pouvoir (Napoléon a également été "élu" selon des modalités comparables)

Comment, et avec quelles institutions, les plus démocratiques possibles, combat-on à la fois l’ accaparement oligarchique spoliant le plus grand nombre et la dérive populiste par quoi un escroc politique convainc le plus grand nombre de le suivre sur des intentions trompeuses ?

Quelles institutions pour se prémunir des ces dangers opposés ?

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Published by Stephane Calence
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