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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 00:58

Enfants-A-058.jpg

Bonjour,

 

Merci de votre accueil. Si je m'intéresse à la paleo-ergonomie ? Oui, mais dans un sens très large, en ne scindant pas le faber du sapiens, en étendant la signification du mot ergonomie jusqu'à englober le symbolique, l'affect, le métaphysique (ce mot à la signification aujourd'hui oubliée, quand son déni est déjà est métaphysique, métaphysique dont Russel ou Heidegger montrent qu'elle est au coeur de la science, métaphysique ravalé au rang de gros mot comme si l'homme moderne ne craignait pas la mort, le vide, le gouffre, dont le protégerait la science. Alors, il bouffe, il consomme, il trime, déni de métaphysique pour occire, oublier - opium, télé - l'inquiétante étrangeté, l'angoisse indissociable de la conscience, dont l'apparition représente une étape anthropologique majeure dont l'écho s'entend dans toutes les traditions, et qui se cache pour nous sous le nom de Progrès, cette téléologie bâtarde renvoyant à un temps orienté)

Pas de rapport avec l'archéologie expérimentale ? Patience et méfiance envers les catégories "positivistes", "expérimentales".

Aristote - Aristote qui fonde notre perception objectale: il existe une physique extérieur à l'homme dont il importe de découvrir les lois, lois qui existent- Aristote, écrit René Girard (La Violence et le sacré) donc interdit pratiquement que le philosophe, le penseur, après lui s'intéressent au mythe. L'univers de l'homme sensé devra après Aristote se limiter au tragique (toujours Girard) et ne plus questionner le coeur, l'essence, le moteur, l'inquiétante étrangeté, le ça, l'inommable. Parceque justement impossible à nommer, le vide au centre est proprement irrationnel, sans ratio, sans mètre, sans raison, sans logique, sans étalon (tous ces termes sont étymologiquement interchangeables). La méthode logico-discursive fonde la raison occidentale depuis Aristote. Et c'est un paradoxe profond et une gageure presqu'insurmontable de tenter rendre compte de l'univers paléontologique à l'aide de catégories qui lui sont largement postérieures.

En effet Aristote (et les philosophes classiques, dont il faudrait cependant ommettre certains des sophistes) ouvrent l'ère écrite (l'histoire), et cloturent symétriquement l'ère orale (ou préhistoire). Or toutes les catégories qui nous paraissent fondamentales, évidentes, naturelles s'assoient sur la linéarité logico-scripturale. Dès que l'outil "écriture" est inventé, il n'est plus possible de penser hors de catégories qu'il impose. Pas de rélexion scientifique qui ne s'articule sur un déploiement logico-mécanique de symboles graphiques (voir TNT ou théorie du nombre typographique, chez Hofstadter, le GEB)

Or si le paléolithique possède des symboles graphiques, ils ne sont pas articulés selon un mode logico-mécanque. De là il est permet - et c'est vertigineux - de tenter d'imaginer, de manière certes parfaitement spéculative, les catégories d'espace, de temps, de quantité qui ont pu être celles de l'espèce humaine au long de son développement. Spéculations d'ordre philosophiques nécessairement mais appuyées sur de nombreux domaines comme l'éthologie, les théories de la connaissance, la psychologie, la logique, la grammaire, l'ethnologie, l'archéologie bien sûr. (En me relisant, je trouve comique ces précautions oratoires: aujourd'hui il faut s'excuser d'être philosophe - comme si la philosophie s'apparentait à l'irrationnel - quand tout l'âge classique faisait du philosophe le penseur par essence. Leibniz, Descartes sont avant tout des philosophes tandis qu'Einstein ou Hawking sont des crypto-philosophes déguisés en scientifiques. S'excuser de philosopher? Et oui, il faut bien payer tribut à l'obscurantisme scientiste moderne, en précisant que scientisme n'est pas science, tout comme métaphysique n'est pas religion. "Dieu ?" Une question mal posée répondait Wittgenstein. Fermons la parenthèse)

Trop souvent on voit l'homme préhistorique - mot bien vague car la période est excessivement longue - comme un homme qui n'aurait pas nos techniques, mais qui par ailleurs penserait comme nous, aurait par exemple de la durée et l'espace une expérience semblable à la nôtre. Or cela est positivement faux. Comment pensait-on, comment ressentait-on quand le langage n'existait pas encore ? Avant qu'on ait inventé le feu, quand il fallait dormir dans un qui vive constant, limitant jusqu'à la possibilité de rêver ? Quelle était la durée quand l'obscurité hivernale les jours sans lune ni étoiles condamnait à l'immobilité et à la peur ?

Quelle est la métaphysique du ventre qui doit à la chance quotidienne sa pitance ?

L'homme moderne - et surtout le post-moderne - vit selon des catégories étanches, stratifiées: la science, la religion, la nature, la physique, l'esprit, la matière (encore que potentiellement la mécanique quantique ait détruit toute barrière entre esprit et objet, mais cela est loin d'avoir encore diffusé dans le domaine public, les "scientifiques" n'étant pas les moins réticents devant cette révolution conceptuelle). Or cette sratification en domaines étanches, s'il est permis de penser avec prudence que l'ethnologie éclaire quelque peu ce qu'a pu être "l'esprit préhistorique", cette stratification donc était inconnue de l'homme archaïque: ainsi les Canaques conçoivent la psyché humaine comme une nasse trempée dans l'eau: autrement dit, il n'y a pas vraiment de différence entre le dedans et le dehors, le moi et l'univers, le sujet et l'objet.

Je pense d'abord et j'agis ensuite. Ma tête guide mon geste. Mon acte est sous la dépendance de mon projet. Voilà ce que le moderne croit, car cela vraiment est de l'ordre de la croyance "cartésienne" (cf L'erreur de Descartes, A. Damasio). Mais en fait c'est plutôt la perception et le geste qui nous ont appris à penser, voir le percept geste qui nous pensent. C'est sur eux que nous avons construit nos catégories les plus abstraites: "maintenant= main tenant" / pourquoi la plupart des gens, sommés de fournir très vite le nom d'un outil et d'une couleur, répondent-ils "marteau" et "rouge". Parceque rouge serait phylogénétiquement la première couleur que nous ayons perçu (et là on est très bas dans la durée, avant même que nous soyons primates) et parceque marteau "casser avec un objet dur" est engrammé phylogénétiquement dans nos esprits/corps/muscles/nerfs dès le stade du pongidé.

Il est à ce sujet une thèse très intéressante (je n'ai pas les références sous la main) sur le dégagement de l'idée de ligne, de plan au travers du geste infiniment répété du tailleur de biface. C'est la main qui nourrit l'esprit, le sensible qui construit la géométrie. On pourrait d'ailleurs étendre ce genre de considération à l'invention de la durée..

Au delà du geste technique c'est donc d'archéologie des catégories perceptuelles, cognitives et symboliques dont il s'agit pour moi à travers l'archéologie expérimentale. Comment la pensée qui est la nôtre nous est-elle venue ? Comment l'évidence est-elle une construction, une é-laboration ? Peut-on s'affranchir du mur des évidences ? Travail d'étymologie des idées et des catégories par le geste, avec au passage une critique radicale de certains mythes scientifiques modernes: s'il n'est pas possible de penser en dehors de l'expérience, alors que signifient le passé, le futur, le big-bang, l'hypothèse anthropique des multivers - il existe des mondes auxquels nous n'avons pas accès ? S'il n'est pas possible - ce que les études cognitives mettent en lumière- de distinguer l'affect du percept, de réduire infiniment le rationnel pour l'asseoir fermement sur un socle physique (la quantité restante est toujours irrationnelle - Russel. Ou encore l'entier "naturel" "un" résulte d'une distinction de quelque chose sur un fond amorphe, insensé, et c'est le contraste utile - l'util d'Heidegger dans la traduction de je ne sais plus qui - qui crée la forme et donne le sens, une pomme existe car elle est bonne à manger, un danger parcequ'il faut le fuir, le rouge parcequ'il permet de sélectionner le fruit mur ou de détecter la femelle en chaleur, "choses" non pas neutres donc, non pas objectives, mais reliés à une pulsion, à un désir, à un vivant particulier, dimensions non pas générales mais reliés à la singularité du sujet, contingentes donc et non pas essentielles ou expression d'un nomos transcendant.). La rose est sans raison.

Dès lors, comment jauger la rationalité de recherches sur l'atome, positive dans leurs méthodes, mais rien moins que prométhéennes dans leur moteur occulte. Que cherche-t-on réellement au sein des cyclotrons ?Pourquoi en effet s'intéresser particulièrement aux hautes énergies plutôt qu'aux énergies moyennes - douces - qui sont celles du vivant, par exemple (voir les actes de l'excellent colloque de Cerisy, 2008, sur les rapports entre sciences de la complexité, biologie et sciences sociales, excellent à l'exception de l'intervention de Michel Rocard "complexité et politique", dont la banale médiocrité reflète le quasi coma philosophique des élites politiques institutionnelles) ?

Pourquoi s'intéresser au simple - l'atome, la particule élémentaire, le principe essentiel en médecine et autres réductionnismes - plutôt qu'au complexe? Quels sont les ressorts intimes de ces directions fondamentales, certes fondamentales mais comme pourraient l'être d'autres voies, d'autres directions tout aussi fondamentales ? Passionnante les recherches de Varela et les théories de l'enactment qui certainement sont propres à éclairer l'univers physico-mental des hommes primaux, tandis qu'en retour c'est grâce probablement à l'ethnologie que de telles perspectives ont pu s'ouvrir. On pourrait en effet avancer que nombre de peuples chasseurs cueilleur ont eu du temps quantique ou de la relativité générale l'intuition sensible (en gros les théories de l'enactment nient que la flèche du temps soient une catégorie physique. Ainsi la durée de certains phénomène physiques étudiables est de l'ordre de la femtoseconde (10 puissance moins quinze), ce qui fait des quelques dixièmes de seconde qui typiquement séparent un évènement externe de son aperception interne un océan de durée: plusieurs dizaines de millions d'années si la femtoseconde était distendue à l'échelle de la seconde. Selon ce courant de pensée - qu'on accroche au sciences de la cognition - la durée résulterait plutôt une construction phylogénétique et plus loin, culturelle).

Geste et représentation se situent sur un seul continuum. Lorsque je taille du silex, c'est une expérience totale, de la dureté, du geste, de la tendinite, de la répétition, de la frustration, du jet du percuteur qui suit le projet de la main/oeil/cortex, du silex qui résiste ou cède, et de cette conjonction particulière où le geste "sait qu'il l'a" avant le résultat effectif, conjonction intuitive où le temps semble presque se retourner (Ginelli ou Malaury, bien d'autres ethnologues évoquent de telles conjonctions, intuitions, prémonitions surprenantes, tout comme Feynman - un physicien - recourt pour expliquer les sauts quantiques à des intégrales de chemin résultant d'un calcul matriciel où espace et temps se confondent, où le futur emprunte les chemins du passé.

Si l'on questionne à fond les théories de la relativité et de la mécanique quantique, il faut en conclure à l'effondrement total de nos catégories d'espace et de temps. Hawking et Einstein n'ont rien dit d'autre, mais ils se sont arrêtés en chemin, refusant d'en tirer les conséquences morales et politiques (ce que Russel lui n'a pas refusé de faire).

Mais où chercher des représentations alternatives à l'espace et à la durée objectales qui sont les nôtres, dont le pur aspect de mythes ne fait à mes yeux aucun doute ?

Dans la paléontologie, l'éthologie, les théories de la connaissance, et l'ethnologie notamment qui met en lumière nombre de culture où l'homme ne connait pas cette fragmentation catégorielle: ici la science, là la métaphysique, ici le rationnel, là l'irrationnel, ici l'économie, là le travail, ici la valeur, là l'esprit, ici la Nature (on dit aujourd'hui "environnement" ), là l'homme, ici la physique.

Et cette identité d'évidence de tous les plans humains que l'ethnologie a mise en lumière peut probablement à la fois éclairer, vers le passé, ce que furent nos premiers pas à la fois musculaires et symboliques, au présent nous préserver des pièges de la représentation, notamment scientifique (la conquête de la lune est positive dans ses méthodes, irrationnelle dans ses motifs), et au futur délinéer des pistes pour sortir de ce qui apparaît aujourd'hui comme une catastrophe climatique et qui est au propre une crise symbolique où l'homme physique risque de disparaître piégé par les apories de ses représentations.

Voilà. J'étais parti pour une courte réponse et j'en ai fait une tartine. En m'excusant auprès de ceux et celles que j'aurais lassés avec ce sujet qui me passionne et qui ne paraît complexe que parce qu'il s'agit d'évidences profondément ancrées.s plans humains que l'ethnologie a mise en lumière peut probablement à la fois éclairer, vers le passé, ce que furent nos premiers pas à la fois musculaires et symboliques, au présent nous préserver des pièges de la représentation, notamment scientifique (la conquête de la lune est positive dans ses méthodes, irrationnelle dans ses motifs), et au futur délinéer des pistes pour sortir de ce qui apparaît aujourd'hui comme une catastrophe climatique et qui est au propre une crise symbolique où l'homme physique risque de disparaître piégé par les apories de ses représentations.

Voilà. J'étais parti pour une courte réponse et j'en ai fait une tartine. En m'excusant auprès de ceux et celles que j'aurais lassés avec ce sujet qui me passionne et qui ne paraît complexe que parce qu'il s'agit d'évidences profondément ancrées.r du sapiens, en étendant la signification du mot ergonomie jusqu'à englober le symbolique, l'affect, le métaphysique (ce mot à la signification aujourd'hui oubliée, quand son déni est déjà est métaphysique, métaphysique dont Russel ou Heidegger montrent qu'elle est au coeur de la science, métaphysique ravalé au rang de gros mot comme si l'homme moderne ne craignait pas la mort, le vide, le gouffre, dont le protégerait la science. Alors, il bouffe, il consomme, il trime, déni de métaphysique pour occire, oublier - opium, télé - l'inquiétante étrangeté, l'angoisse indissociable de la conscience, dont l'apparition représente une étape anthropologique majeure dont l'écho s'entend dans toutes les traditions, et qui se cache pour nous sous le nom de Progrès, cette téléologie bâtarde renvoyant à un temps orienté)

Pas de rapport avec l'archéologie expérimentale ? Patience et méfiance envers les catégories "positivistes", "expérimentales".

Aristote - Aristote qui fonde notre perception objectale: il existe une physique extérieur à l'homme dont il importe de découvrir les lois, lois qui existent- Aristote, écrit René Girard (La Violence et le sacré) donc interdit pratiquement que le philosophe, le penseur, après lui s'intéressent au mythe. L'univers de l'homme sensé devra après Aristote se limiter au tragique (toujours Girard) et ne plus questionner le coeur, l'essence, le moteur, l'inquiétante étrangeté, le ça, l'inommable. Parceque justement impossible à nommer, le vide au centre est proprement irrationnel, sans ratio, sans mètre, sans raison, sans logique, sans étalon (tous ces termes sont étymologiquement interchangeables). La méthode logico-discursive fonde la raison occidentale depuis Aristote. Et c'est un paradoxe profond et une gageure presqu'insurmontable de tenter rendre compte de l'univers paléontologique à l'aide de catégories qui lui sont largement postérieures.

En effet Aristote (et les philosophes classiques, dont il faudrait cependant ommettre certains des sophistes) ouvrent l'ère écrite (l'histoire), et cloturent symétriquement l'ère orale (ou préhistoire). Or toutes les catégories qui nous paraissent fondamentales, évidentes, naturelles s'assoient sur la linéarité logico-scripturale. Dès que l'outil "écriture" est inventé, il n'est plus possible de penser hors de catégories qu'il impose. Pas de rélexion scientifique qui ne s'articule sur un déploiement logico-mécanique de symboles graphiques (voir TNT ou théorie du nombre typographique, chez Hofstadter, le GEB)

Or si le paléolithique possède des symboles graphiques, ils ne sont pas articulés selon un mode logico-mécanque. De là il est permet - et c'est vertigineux - de tenter d'imaginer, de manière certes parfaitement spéculative, les catégories d'espace, de temps, de quantité qui ont pu être celles de l'espèce humaine au long de son développement. Spéculations d'ordre philosophiques nécessairement mais appuyées sur de nombreux domaines comme l'éthologie, les théories de la connaissance, la psychologie, la logique, la grammaire, l'ethnologie, l'archéologie bien sûr. (En me relisant, je trouve comique ces précautions oratoires: aujourd'hui il faut s'excuser d'être philosophe - comme si la philosophie s'apparentait à l'irrationnel - quand tout l'âge classique faisait du philosophe le penseur par essence. Leibniz, Descartes sont avant tout des philosophes tandis qu'Einstein ou Hawking sont des crypto-philosophes déguisés en scientifiques. S'excuser de philosopher? Et oui, il faut bien payer tribut à l'obscurantisme scientiste moderne, en précisant que scientisme n'est pas science, tout comme métaphysique n'est pas religion. "Dieu ?" Une question mal posée répondait Wittgenstein. Fermons la parenthèse)

Trop souvent on voit l'homme préhistorique - mot bien vague car la période est excessivement longue - comme un homme qui n'aurait pas nos techniques, mais qui par ailleurs penserait comme nous, aurait par exemple de la durée et l'espace une expérience semblable à la nôtre. Or cela est positivement faux. Comment pensait-on, comment ressentait-on quand le langage n'existait pas encore ? Avant qu'on ait inventé le feu, quand il fallait dormir dans un qui vive constant, limitant jusqu'à la possibilité de rêver ? Quelle était la durée quand l'obscurité hivernale les jours sans lune ni étoiles condamnait à l'immobilité et à la peur ?

Quelle est la métaphysique du ventre qui doit à la chance quotidienne sa pitance ?

L'homme moderne - et surtout le post-moderne - vit selon des catégories étanches, stratifiées: la science, la religion, la nature, la physique, l'esprit, la matière (encore que potentiellement la mécanique quantique ait détruit toute barrière entre esprit et objet, mais cela est loin d'avoir encore diffusé dans le domaine public, les "scientifiques" n'étant pas les moins réticents devant cette révolution conceptuelle). Or cette sratification en domaines étanches, s'il est permis de penser avec prudence que l'ethnologie éclaire quelque peu ce qu'a pu être "l'esprit préhistorique", cette stratification donc était inconnue de l'homme archaïque: ainsi les Canaques conçoivent la psyché humaine comme une nasse trempée dans l'eau: autrement dit, il n'y a pas vraiment de différence entre le dedans et le dehors, le moi et l'univers, le sujet et l'objet.

Je pense d'abord et j'agis ensuite. Ma tête guide mon geste. Mon acte est sous la dépendance de mon projet. Voilà ce que le moderne croit, car cela vraiment est de l'ordre de la croyance "cartésienne" (cf L'erreur de Descartes, A. Damasio). Mais en fait c'est plutôt la perception et le geste qui nous ont appris à penser, voir le percept geste qui nous pensent. C'est sur eux que nous avons construit nos catégories les plus abstraites: "maintenant= main tenant" / pourquoi la plupart des gens, sommés de fournir très vite le nom d'un outil et d'une couleur, répondent-ils "marteau" et "rouge". Parceque rouge serait phylogénétiquement la première couleur que nous ayons perçu (et là on est très bas dans la durée, avant même que nous soyons primates) et parceque marteau "casser avec un objet dur" est engrammé phylogénétiquement dans nos esprits/corps/muscles/nerfs dès le stade du pongidé.

Il est à ce sujet une thèse très intéressante (je n'ai pas les références sous la main) sur le dégagement de l'idée de ligne, de plan au travers du geste infiniment répété du tailleur de biface. C'est la main qui nourrit l'esprit, le sensible qui construit la géométrie. On pourrait d'ailleurs étendre ce genre de considération à l'invention de la durée..

Au delà du geste technique c'est donc d'archéologie des catégories perceptuelles, cognitives et symboliques dont il s'agit pour moi à travers l'archéologie expérimentale. Comment la pensée qui est la nôtre nous est-elle venue ? Comment l'évidence est-elle une construction, une é-laboration ? Peut-on s'affranchir du mur des évidences ? Travail d'étymologie des idées et des catégories par le geste, avec au passage une critique radicale de certains mythes scientifiques modernes: s'il n'est pas possible de penser en dehors de l'expérience, alors que signifient le passé, le futur, le big-bang, l'hypothèse anthropique des multivers - il existe des mondes auxquels nous n'avons pas accès ? S'il n'est pas possible - ce que les études cognitives mettent en lumière- de distinguer l'affect du percept, de réduire infiniment le rationnel pour l'asseoir fermement sur un socle physique (la quantité restante est toujours irrationnelle - Russel. Ou encore l'entier "naturel" "un" résulte d'une distinction de quelque chose sur un fond amorphe, insensé, et c'est le contraste utile - l'util d'Heidegger dans la traduction de je ne sais plus qui - qui crée la forme et donne le sens, une pomme existe car elle est bonne à manger, un danger parcequ'il faut le fuir, le rouge parcequ'il permet de sélectionner le fruit mur ou de détecter la femelle en chaleur, "choses" non pas neutres donc, non pas objectives, mais reliés à une pulsion, à un désir, à un vivant particulier, dimensions non pas générales mais reliés à la singularité du sujet, contingentes donc et non pas essentielles ou expression d'un nomos transcendant.). La rose est sans raison.

Dès lors, comment jauger la rationalité de recherches sur l'atome, positive dans leurs méthodes, mais rien moins que prométhéennes dans leur moteur occulte. Que cherche-t-on réellement au sein des cyclotrons ?Pourquoi en effet s'intéresser particulièrement aux hautes énergies plutôt qu'aux énergies moyennes - douces - qui sont celles du vivant, par exemple (voir les actes de l'excellent colloque de Cerisy, 2008, sur les rapports entre sciences de la complexité, biologie et sciences sociales, excellent à l'exception de l'intervention de Michel Rocard "complexité et politique", dont la banale médiocrité reflète le quasi coma philosophique des élites politiques institutionnelles) ?

Pourquoi s'intéresser au simple - l'atome, la particule élémentaire, le principe essentiel en médecine et autres réductionnismes - plutôt qu'au complexe? Quels sont les ressorts intimes de ces directions fondamentales, certes fondamentales mais comme pourraient l'être d'autres voies, d'autres directions tout aussi fondamentales ? Passionnante les recherches de Varela et les théories de l'enactment qui certainement sont propres à éclairer l'univers physico-mental des hommes primaux, tandis qu'en retour c'est grâce probablement à l'ethnologie que de telles perspectives ont pu s'ouvrir. On pourrait en effet avancer que nombre de peuples chasseurs cueilleur ont eu du temps quantique ou de la relativité générale l'intuition sensible (en gros les théories de l'enactment nient que la flèche du temps soient une catégorie physique. Ainsi la durée de certains phénomène physiques étudiables est de l'ordre de la femtoseconde (10 puissance moins quinze), ce qui fait des quelques dixièmes de seconde qui typiquement séparent un évènement externe de son aperception interne un océan de durée: plusieurs dizaines de millions d'années si la femtoseconde était distendue à l'échelle de la seconde. Selon ce courant de pensée - qu'on accroche au sciences de la cognition - la durée résulterait plutôt une construction phylogénétique et plus loin, culturelle).

Geste et représentation se situent sur un seul continuum. Lorsque je taille du silex, c'est une expérience totale, de la dureté, du geste, de la tendinite, de la répétition, de la frustration, du jet du percuteur qui suit le projet de la main/oeil/cortex, du silex qui résiste ou cède, et de cette conjonction particulière où le geste "sait qu'il l'a" avant le résultat effectif, conjonction intuitive où le temps semble presque se retourner (Ginelli ou Malaury, bien d'autres ethnologues évoquent de telles conjonctions, intuitions, prémonitions surprenantes, tout comme Feynman - un physicien - recourt pour expliquer les sauts quantiques à des intégrales de chemin résultant d'un calcul matriciel où espace et temps se confondent, où le futur emprunte les chemins du passé.

Si l'on questionne à fond les théories de la relativité et de la mécanique quantique, il faut en conclure à l'effondrement total de nos catégories d'espace et de temps. Hawking et Einstein n'ont rien dit d'autre, mais ils se sont arrêtés en chemin, refusant d'en tirer les conséquences morales et politiques (ce que Russel lui n'a pas refusé de faire).

Mais où chercher des représentations alternatives à l'espace et à la durée objectales qui sont les nôtres, dont le pur aspect de mythes ne fait à mes yeux aucun doute ?

Dans la paléontologie, l'éthologie, les théories de la connaissance, et l'ethnologie notamment qui met en lumière nombre de culture où l'homme ne connait pas cette fragmentation catégorielle: ici la science, là la métaphysique, ici le rationnel, là l'irrationnel, ici l'économie, là le travail, ici la valeur, là l'esprit, ici la Nature (on dit aujourd'hui "environnement" ), là l'homme, ici la physique.

Et cette identité d'évidence de tous les plans humains que l'ethnologie a mise en lumière peut probablement à la fois éclairer, vers le passé, ce que furent nos premiers pas à la fois musculaires et symboliques, au présent nous préserver des pièges de la représentation, notamment scientifique (la conquête de la lune est positive dans ses méthodes, irrationnelle dans ses motifs), et au futur délinéer des pistes pour sortir de ce qui apparaît aujourd'hui comme une catastrophe climatique et qui est au propre une crise symbolique où l'homme physique risque de disparaître piégé par les apories de ses représentations.

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Published by Stephane Calence
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