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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:09

Que faire ?

 Pour remédier à toutes ces tares, les pistes ne manquent pas. Si nous nous sommes arrêtés à brosser le tableau des dérives oligarchiques des « « élites » politiques françaises et interlopes d’affaires , c’est bien à dessein. Car aucune solution durable à la question du financement de la protection sociale ne pourra être trouvée sans de profonds bouleversements dans la constitution politique de notre pays. Ni sans le renouvellement des oligarchies politiques, dont la légitimité et la représentativité, issues du mode électoral de désignation , est fondamentalement questionnable.

 Le bien-être et  la santé collectives sont indissociables  de l’ordre économique, productif, marchand et financier global. Si le but que doivent s’assigner les nations est le bien être, la santé collective et personnelle, une prospérité durable, c’est à dire frugale, alors doivent être indiqués les moyens d’une politique économique et sociale juste, claire et équitable.

Il est ainsi clair qu’une protection sociale  légitime n’a pas à réparer les dégâts d’une agriculture productiviste empoisonnant sournoisement à faibles doses biotopes, adultes, enfants et embryons, causant allergies et  maladies respiratoires sans nombre ou cancers de plus en plus précoces. Pas plus qu’elle n’est légitime à payer les dégâts liés au gavage humain (obésité) induit  par le marketing des industriels de l’agro-alimentaire, dont les intérêts recoupent ceux  de l’agriculture productiviste, et dont le marketing et la publicités sont assurés par des groupes de communication dont les intérêts là encore sont concourants.

La protection sociale n’est pas légitime à réparer des dégâts ostéo-musculaires dont la cause est une recherche effrénée de productivité, qui n’est encore une fois que le faux nez de la course au profit, profits dont bénéficie seule une minorité tandis que tous pâtissent.

Il est clair également qu’une  protection sociale réellement fondée sur le bien-être ne pourrait accepter des monstruosités tel le management par le stress. La protection collective est illégitime à réparer les dégâts nerveux, l’absentéisme et autre dépression que de  telles pratiques,  proprement monstrueuses et  asociales, suscitent.

Monstrueuse, car il faut en effet apercevoir la profondeur historique des traumatismes  engendrés.  Elles inscrivent l ’insécurité au cœur des familles, des couples ; elles marquent les enfants à vie. Si bien encore que par le mécanisme psycho-sociologique de répétition des trauma, c’est sur plusieurs générations que s’étendent la morbidité de ces pratiques tandis que cet ordre économique y trouve les ressorts de sa prorogation pathologique .

Le partisan de la Science et du Progrès rétorquera que si les industries minières devaient réparer les dégâts qu’elles causent à l’environnement, aux peuples autochtones, à  la santé humaines, elles ne seraient pas rentables, pas plus que les industries de l’agro-chimie ou du nucléaire. Si les transports devaient payer pour les infrastructures de communication et les troubles induits sur la santé humaine, l’activité générale en pâtirait de sorte que chacun en serait affecté. Faut-il s’interdire pour autant tout Progrès ?

Le capitalisme, la guerre et la compétition spatiale stimulent la créativité humaine.

Si l’on devait avant des les développer évaluer des technologies émergentes, manipulations génétiques, nano-technologies, d’autres se dispenseront d’études préliminaires.  Ils s’ouvriront ainsi de relais de croissance au sein même de nos économies.  D’où la question morale : pourquoi eux avant nous ?

Les assertions ci-dessus ont toutes la même portée. Elles ne sont pas fausses, mais elles ne sont pas nécessairement vraies.

Car il pourrait se concevoir des sociétés tournés vers la permanence, le bien être, l’abondance frugale, où au sein d’une activité économique, artistique, intellectuelle, scientifique vivante et active se développeraient des solutions novatrices et proprement géniales fondée, pour ce qui concerne la  santé, sur les bonnes pratiques, le bon environnement, des produits sains, la prévention plutôt que la cure,  ce qui impose de repenser production et distribution – et plus généralement  de limiter notre une empreinte environnementale, notamment énergétique, au  minimum.

 

Il reste évident que sans toucher au fond des représentations que sont Progrès, Croissance, Science, sans décrire leurs mécanismes et dévoiler les véritables rapports politiques  que ces termes sous-tendent, jamais la protection sociale n’échappera à la critique de ne pas servir au fond le bien commun, mais au contraire des intérêts dévoyés.

Sans toucher à la concentration excessive du capital, on ne changera pas la  structure de l’ordre productif actuel, de sorte que le filet social continuera de souffrir des mêmes tares et des mêmes suspicions. Sans toucher aux accumulations patrimoniales, sans reconsidérer les rendements relatifs du travail, du capital et du patrimoine, on ne revivifiera pas le tissu commercial, artisanal et industriel profonds du pays .

Pour  parvenir à cela,  le grand soir n’est pas impératif. Du courage politique, des mesures audacieuses , la ferme affirmation face aux institutions strasbourgeo-bruxelloise et internationales, que ces questions relèvent de notre souveraineté nationale qu’on ne saurait agresser sans retour sont tout ce qu’il faut pour enfin lever le voile d’ombre qui recouvre l’Europe et dégager un coin d’azur.

Pas de grand soir, non, mais  des successions alourdies pour les plus importantes, allégées pour les plus modeste ;  des mesures fiscales différentielles décourageant l’entreprise par action, encouragent  la propriété coopérative,  une taxation pénalisante sur les surface bâties non entretenues ou non utilisées, et plus généralement la taxation des mésusages, une simplification drastique de la fiscalité, intégralement directe et progressive et intégrant les prélèvement sociaux obligatoires,  de telles mesures produiraient en quelques années de fructueux changements, accroissant  le revenu disponible des ménages et la vitalité de l’activité économique.

santé collective

L’encouragement de la propriété collective des moyens de production comporte une double visée : d’une part accroître l’implication gestionnaire des travailleurs, les autonomiser économiquement et politiquement et, d’autre part, améliorer les conditions sanitaires au travail.  Car dès lors que la propriété de l’outil devient collective, la gestion en devient également collective. Nombre de conditions de travail, exténuante, répétitive, malsaine, dangereuse se verraient promptement écartées lorsque le décideur économique est aussi le travailleur appeler à trimer dans les dites conditions.

Il est probable qu’un tel dispositif enclencherait un cercle vertueux en matière de bien être social.

L’industrialisation du monde a bien pu comporter quelques avantages. Mais à titre corollaires, accessoires à l’intention centrale crue d’exploiter égoïstement le monde. Or on aurait probablement pu développer une métallurgie en nous passant des horreurs de Zola ou de Villermé dénonçant le port par des enfants de sept ans exténués de bottes de tôle les contraignant des à rester debout à leur poste de travail. On aurait peut-être pu développer autre chose que l’industrie nucléaire si nous n’avions été fasciné par le désir prométhéen d’égaler la puissance des forces naturelles, de rompre les frontières de nos territoires, de nous élancer en volant à travers l’atmosphère en vers d’exotiques contrées et  l’espace au-delà.

Mais si les populations avaient pu vraiment comprendre de quel prix se paierait le Progrès auquel on les contraignaient, elle l’aurait refusé. Ou du moins sérieusement amendé, drastiquement réorienté . Si le peuple avait été consulté et informé, nous n’aurions peut-être pas les châteaux de la Loire ou Versailles, pas de missiles ou porte-avion nucléaire, pas de centrales atomiques, pas d’engrais toxiques, pas de pratiques de surproduction et de gâchis alimentaires, pas de ces risques industriels, technologiques, biologiques, de santé auxquels nous nous exposons, et avec nous nos enfants et nos descendants. Mais en place de tout cela, nous aurions mieux réparti notre aisance, nous suffisant de peu sauf de plaisir, d’amour, d’affection, de loisirs, de l’expression de notre créativité, et nous procurant les moyens de notre existence dans des activités non nuisibles au substrat de nos vies , au sein d’entreprises où la démocratie économique s’exerce car la propriété des moyens de production y est effectivement collective. La Loi aurait desserré l’étau des oligopoles productiviste et  des transnationales mondialisées qui après avoir désindustrialisé le pays grâce à la collaboration coupable de l’Etat, avaient fini par  écrémer jusqu’au fond des campagnes  à coup de chaines, d’enseignes, de franchises, faisant disparaître de nos villes et villages plombiers, chauffagistes, plâtriers, bouchers, épiciers, cordonniers, restaurants et cafés.  Le travail n’est plus là, mal rémunéré, tandis que la valeur du plus clair de ce qu’il en subsiste profite à un lointain propriétaire qui la dépensera en d’autres lieux  dans des biens somptuaires à la valeur sociale douteuse. Non, désormais l’argent est gagné ici ;  dépensé ici,  prêté ici, ici où restent aussi  les intérêts, socialement recyclés et brassés .

otium et tripalium

Les concepts tendent à s’opposer par pôles autour desquels gravitent les jugements. C’est pourquoi nous avons beaucoup de mal à distinguer à travers le fouillis des jugements les propositions nécessairement vraies de celles à la véracité relative seulement.

Dans le monde réel, qui ne se plie que moyennement à la torsion des concepts et leur tendances binaires, la vérité présente des degrés.

Ainsi le travail. Il peut soit être otium, activité politique, patrimoniale, artistique, philosophique, activité créative en tout cas qui enrichit ou la renommée ou la bourse de cette première sorte de travailleur.

Mais il peut être,  tripalium, douleur et aliénation, forme la plus répandue du travail. Ce travail là est celui  de la femme qui met bas. Le mot désignait et un instrument de torture et cette structure qu’on voit encore dans quelques fermes et qui servait à ferrer bœufs et chevaux. Certains anthropologues font remonter le travail tripalium à l’invention de l’agriculture et à la sédentarisation. Le travail remplace la chasse et son caractère ludique, guerrier et sportif affirmé, alors que les ressources, rapportées au faible nombre de la population, sont abondantes. Et c’est bien au contraire dans un environnement marqué à la fois par la raréfaction des ressources, une pression démographique accrue ainsi, une stratification sociale de plus en plus marquée que le travail et subsistance se lient en un cercle de douleur. 

Le mot travail a une histoire toute trempée d’humour cinglant et cynique. Mot escroc, il est le masque de fumée par lequel le maître fait croire à l’aliéné qu’ils travaillent l’un et l’autre, escamotant sous l’unité linguistique le fait que le travail-otium est libre, ludique,  créateur, tandis le travail-tripalium est  aliéné et pénible. C’est sur cette ambigüité que repose l’obscène « Arbeit macht frei » national-socialiste.

Le travail n’est pas une fatalité. Pourquoi le travail devrait-il tant durer au point d’accaparer le plus clair de nos vies ? S’il était plus agréable, moins pénible, s’il était perçu non plus comme délétère et non plus socialement bénéfique,  s’il était organisé par les travailleurs eux-mêmes dans le cadre de la propriété coopérative, alors serait drastiquement modifiées les conditions d’acceptabilité du travail . Alors pourrait-on commencer à faire évoluer nos sociétés sur la voie du progrès social et politique. Alors pourrait-on quitter la voie régressive du progrès, quand il signifie progrès des profits, de l’accaparement, de l’aliénation, des volumes produits. 

Car  dès lors que le travail est subi ou pénible, il est légitime de vouloir s’en affranchir au plus tôt. Or le travail moderne est une monstruosité : jamais l’espèce humaine – les ethnologues en témoignent - n’a autant travaillé. Et ce travail étant surtout contraint (salarié), il faut en conclure que jamais l’humanité n’a vécu enserrée de tant de chaînes. On sait que les coloniaux, comme les maître de forge, s’arrachaient les cheveux : les sauvages, ou les paysans de notre première industrialisation quittaient leurs postes dès qu’ils se sentaient fatigués ou estimaient avoir gagné suffisamment.

Pourquoi donc travaillons-nous tant ? Par habitude, sur la lancée, ayant oublié l’intention qui nous animait quand nous avons construit ce monde, par peur de la liberté, pour être encadré, rassuré, entravé, même s’il faut pour cela engraisser le maître et subir sa férule ?

C’est également dans le contexte d’un travail libéré, libéré parce que l’appareil de production est collectivement détenu, qu’il faut poser la question de la retraite.

Comment opposer deux périodes de la vie, l’une où l’on contribuerait socialement, l’autre où l’on vivrait oisivement en déléguant à la jeunesse le soin de nous entretenir ?

Si la propriété des moyens de production devenait d’abord collective ou coopérative, et conséquemment le travail était alloué collectivement par des décisions démocratiques , l’idée de fixer telle ou telle date couperet après quoi  on ne serait plus  bon à rien du tout paraîtrait incongrue : l’aïeul à la ferme cessait-il jamais, dans la mesure de ses forces,  d’apporter son aide aux tâches familiales?

La question de la retraite ne pourra être solutionnée durablement que dans un cadre économique profondément réformé. Réformes si drastiques qu’elles ne s’envisagent guère que dans un cadre politique neuf assurant une réelle représentation de la substance politique nationale, et en son sein,  un brassage social suffisant  écartant le risque de dérive oligarchique.

Car cette date butoir, couperet, ces soixante ans contre laquelle s’arque-boute les syndicats, cette crispation ne résulte elle-même que de la propriété capitalistique des outils de travail, c’est à dire particulière et concentrée. Dès lors qu’on ne remet pas en question la structure de la propriété, le travailleur est légitime à camper sur cette date. Car il sait qu’autant d’années de plus seront autant d’années d’exploitation et de spoliation de plus. Quoi de plus rationnel que d’écourter au maximum son propre supplice ? Or les syndicats, ni même aucun des Partis ne proposent que soient modifiées, sinon marginalement,  les règles de la propriété, de l’accumulation et de la circulation du capital. Aucun ne s’attaque à la double racine, politique et économique, de maux qui perdurent depuis si longtemps et ne font que s’aggraver depuis un demi-siècle. Tous sont conservateurs. Tous défendent la « protection sociale », car tous y ont un intérêt : les partenaires sociaux la gèrent et en retirent légitimité et pouvoir politique. Le grand capital y voit l’huile nécessaire à la lubrification de ses machines à broyer l’humain.

Aucun au fond ne souhaite remettre en question l’ordre des choses. Tous se nourrissent  à la mamelle du travail dépendant, du salariat ou du fonctionnariat de masse.

La redistribution de la propriété des moyens de production et la réallocation de la valeur, depuis la rente ou le capital, vers le travail auront au contraire pour effet d’autonomiser le citoyen et d’accroître sa stature économique.  L’agent n’est plus un salarié soumis, mais un acteur économique et politique plénier. Ce qui signifie que sa subsistance ne provient plus d’une large mamelle aux contours infinis – l’entreprise, le prélèvement obligatoire , la solidarité nationale, le RSA, un revenu d’existence– mais bien plus directement de son travail et des ses décisions.

Autonomie politique et économique du citoyen qu’il faut encourager et étendre, notamment en matière de protection sociale , plutôt que de plaquer sur la société quelque filet conçu par des administrations tentaculaires et ubuesques, ayant fini par considérer que l’homme devait rentrer dans la grille plutôt que la grille s’assouplir pour épouser les contours des besoins et du désir.  On partirait, en matière de protection sociale, des demandes et initiatives des familles, des gens, des habitants. L’hébergement aidé dans la famille, au sein des coopératives d’habitants retraités ou non, soutenu par des collectivités locales profondément réorganisées et démocratisées,  plutôt que dans des chaînes de maison de retraite comme il existe des chaînes de fast-food.

Enfin, et pour compléter cette esquisse, une protection sociale qui serait l’expression réellement démocratique de la Nation s’emploierait d’abord à prévenir plutôt qu’à guérir. Il ne serait plus tolérable que l’activité d’un particulier, d’un groupe d’actionnaires mette en péril à court, moyen ou long terme les chances de subsistance d’une collectivité.

Tout ce qui précède paraîtra je l’espère sensé. Toutefois rien n’est indiqué des moyens politiques par lequel le but désirable d’une protection sociale respectueuse du corps politique et des personnes pourrait être atteint ?

 Quelle entité  présentant des garanties d’indépendance et de représentativité suffisantes,  suffisamment démocratique et conforme dans sa constitution au corps politique, quelle entité pourrait-elle présider et organiser démocratiquement les activités sociales ?

 Il n’y a à cette question qu’une seule réponse : le seul moyen d’assurer la représentativité démocratique d’un corps de représentants est le tirage au sort.

 Il n’est pas question ici de débattre de la clérocratie. Un tel débat, aux visées nécessairement constituante, est nécessairement  collectif, viserait à l’élucidation de principes structurants qu’il faudrait ensuite décliner au sein des institutions. Il ne s’agit donc pas, ou pas nécessairement, de proposer quelque Haut Conseil de la protection sociale composé de représentants tirés au sort, mais d’indiquer que le seul moyen de construire une société réellement démocratique, peu ou prou égalitaire en termes de capacité économique et politique de chacun de ses membres, passe par l’injection du tirage au sort au cœur des institutions.

Car si l’Etat me tue, il faut changer l’Etat !

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Published by Stephane Calence
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