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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 23:07

L’idée de revenu minimum est généreuse mais la main qui donne commande. D’où deux questions.

 On peut prétendre qu’on ne donne rien en échange. On ne nous donnerait simplement ce que l’on nous doit, pour le fait d’être héritier des hommes.

 Le seigneur rassemblait dans l’enceinte de sa forteresse ses troupeaux pour les protéger, et parmi eux les hommes. Le patricien romain distribuait l’obole quotidienne à ses clients, paysans appauvris qu’il avait ruinés en les remplaçant par les esclaves fournis par les conquêtes.

 La charité sert d’exutoire. Mais il y a mieux que la charité. Les pauvres sont des marchés. On peut encore leur soutirer de la valeur, de la peine, de l’autonomie par la promesse du minimum.

 Si je suis faible, malade, vieux, dépourvu, que j’ai épuisé les forces de me soutenir seul, certainement, j’ai droit au soutien. La solidarité est cette force que montre nombre de mammifères supérieurs à se soutenir ou se défendre les uns les autres. Elle peut être administrée, monétarisée, ou au contraire directe, communautaire, gratuite.

 Dans la monnaie se jouent l’ensemble des forces qui affectent le système économique et financier global. De sorte que la monétarisation fait peser sur la solidarité des forces économiques très lointaines, géographiquement ou par nature.

 D’où viennent-ils ?

 D’autres classes d’âge ?

 L’âge plutôt que l’incapacité à se soutenir fait le partage des eaux de la solidarité.

D’autres continents ? Les surplus de la solidarité proviennent aussi de l’exploitation colonialiste du monde, jadis négrière ou bananière, désormais pétrolière et industrielle. En en acceptant l’héritage, je m’en ferais le complice ?

Dans un tel système, le revenu de vie ne peut exister que par ce qu’en peut mesurer la monnaie. Or les pauvres ne décident pas de la monnaie.

 On ne peut se faire débaptiser. Aura-t-on le droit de refuser des dividendes de vie aux sources douteuses et aux intentions trompeuses ?

 Pour nombre de peuples primaux, la terre et ses fruits ne pouvaient être vendus. L’on était l’un de ses fruits.

 Mon droit ne doit aliéner celui d’autrui. Si j’ai plus qu’il faut à mon confort, j’ai des devoirs envers ceux que mon excès de jouissance privent de leur part d’air, d’eau, de terre, de confort, de subsistance. Si je possède un droit et n’en jouit pas, mon droit devient caduque. Lois foncières, aliénation de la propriété à sa jouissance, lois sur les transmissions, fiscalité promouvant la gratuité des usages et la taxation des mésusages, incitations à la coopération et à la codécison dans le travail, l’habitat, la justice et même la défense, bien des pistes existent pour bâtir une solidarité inscrite dans la chair même du lien social, autonome et non pas servant une norme extérieure.

 C’est une envie libre, mélange social d’amour, d’empathie et de besoin.

Plus le lien social est fort, plus forte est la solidarité. Plus fort le lien entre les gens. Le contrôle politique vise à utiliser à son profit la force de ce lien. La Providence est l’opium du peuple.

 On peut peiner à conceptualiser l’articulation entre démocratie représentative et démocratie directe, mais c’est un faux débat. Les clés sont plus à rechercher vers le tirage au sort, ou la mixité du tirage au sort et de la représentativité élective. Le tirage au sort est volontaire et peut être probatif. Le tiré est approuvé par le Conseil après X mois comme auditeur et devient électeur. Le système vise la continuité politique et représentative. Il faut que le statut électif soit attirant pour les classes les plus nombreuses, c’est à dire les plus faibles économiquement. Les mandats électifs étant limités en durée, il faut qu’une secrétaire, ou un ouvrier spécialisé, tiré au sort et volontaire, puisse s’engager avec une certaine sécurité dans un tel mandat. L’élu ou le tiré au sort doivent voir leurs intérêts protégés, pendant de longues années si leurs moyens sont faibles, afin que nul ne soit détourné de la possibilité de s’exprimer sur la base de la fortune.

 A t-on peur du lien direct ?

 On fournit aux gens la jouissance d’un revenu de vie. On leur donne la sécurité et l’irresponsabilité : dormez tranquilles, vous êtes dirigés. Voilà l’échange : l’irresponsabilité contre l’autonomie politique.

 L’idée de revenu de vie devrait être examinée plus à fond, rendue moins brute, mieux polie. Elle est un peu populiste, cherchant à plaire en dépit des implications. Les idées doivent être soigneusement débattues, analysées et envisagées, même dans certains de leurs développements dérangeants. Sinon cela pourrait gâcher toute la générosité.

 

21 juillet 2007.

 

Pour une discussion des conjectures du présent article, on peut se reporter à http://www.decroissance.info/article.php3?id_article=792

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Published by Stephane Calence - dans olitique
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