Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:09

Que faire ?

 Pour remédier à toutes ces tares, les pistes ne manquent pas. Si nous nous sommes arrêtés à brosser le tableau des dérives oligarchiques des « « élites » politiques françaises et interlopes d’affaires , c’est bien à dessein. Car aucune solution durable à la question du financement de la protection sociale ne pourra être trouvée sans de profonds bouleversements dans la constitution politique de notre pays. Ni sans le renouvellement des oligarchies politiques, dont la légitimité et la représentativité, issues du mode électoral de désignation , est fondamentalement questionnable.

 Le bien-être et  la santé collectives sont indissociables  de l’ordre économique, productif, marchand et financier global. Si le but que doivent s’assigner les nations est le bien être, la santé collective et personnelle, une prospérité durable, c’est à dire frugale, alors doivent être indiqués les moyens d’une politique économique et sociale juste, claire et équitable.

Il est ainsi clair qu’une protection sociale  légitime n’a pas à réparer les dégâts d’une agriculture productiviste empoisonnant sournoisement à faibles doses biotopes, adultes, enfants et embryons, causant allergies et  maladies respiratoires sans nombre ou cancers de plus en plus précoces. Pas plus qu’elle n’est légitime à payer les dégâts liés au gavage humain (obésité) induit  par le marketing des industriels de l’agro-alimentaire, dont les intérêts recoupent ceux  de l’agriculture productiviste, et dont le marketing et la publicités sont assurés par des groupes de communication dont les intérêts là encore sont concourants.

La protection sociale n’est pas légitime à réparer des dégâts ostéo-musculaires dont la cause est une recherche effrénée de productivité, qui n’est encore une fois que le faux nez de la course au profit, profits dont bénéficie seule une minorité tandis que tous pâtissent.

Il est clair également qu’une  protection sociale réellement fondée sur le bien-être ne pourrait accepter des monstruosités tel le management par le stress. La protection collective est illégitime à réparer les dégâts nerveux, l’absentéisme et autre dépression que de  telles pratiques,  proprement monstrueuses et  asociales, suscitent.

Monstrueuse, car il faut en effet apercevoir la profondeur historique des traumatismes  engendrés.  Elles inscrivent l ’insécurité au cœur des familles, des couples ; elles marquent les enfants à vie. Si bien encore que par le mécanisme psycho-sociologique de répétition des trauma, c’est sur plusieurs générations que s’étendent la morbidité de ces pratiques tandis que cet ordre économique y trouve les ressorts de sa prorogation pathologique .

Le partisan de la Science et du Progrès rétorquera que si les industries minières devaient réparer les dégâts qu’elles causent à l’environnement, aux peuples autochtones, à  la santé humaines, elles ne seraient pas rentables, pas plus que les industries de l’agro-chimie ou du nucléaire. Si les transports devaient payer pour les infrastructures de communication et les troubles induits sur la santé humaine, l’activité générale en pâtirait de sorte que chacun en serait affecté. Faut-il s’interdire pour autant tout Progrès ?

Le capitalisme, la guerre et la compétition spatiale stimulent la créativité humaine.

Si l’on devait avant des les développer évaluer des technologies émergentes, manipulations génétiques, nano-technologies, d’autres se dispenseront d’études préliminaires.  Ils s’ouvriront ainsi de relais de croissance au sein même de nos économies.  D’où la question morale : pourquoi eux avant nous ?

Les assertions ci-dessus ont toutes la même portée. Elles ne sont pas fausses, mais elles ne sont pas nécessairement vraies.

Car il pourrait se concevoir des sociétés tournés vers la permanence, le bien être, l’abondance frugale, où au sein d’une activité économique, artistique, intellectuelle, scientifique vivante et active se développeraient des solutions novatrices et proprement géniales fondée, pour ce qui concerne la  santé, sur les bonnes pratiques, le bon environnement, des produits sains, la prévention plutôt que la cure,  ce qui impose de repenser production et distribution – et plus généralement  de limiter notre une empreinte environnementale, notamment énergétique, au  minimum.

 

Il reste évident que sans toucher au fond des représentations que sont Progrès, Croissance, Science, sans décrire leurs mécanismes et dévoiler les véritables rapports politiques  que ces termes sous-tendent, jamais la protection sociale n’échappera à la critique de ne pas servir au fond le bien commun, mais au contraire des intérêts dévoyés.

Sans toucher à la concentration excessive du capital, on ne changera pas la  structure de l’ordre productif actuel, de sorte que le filet social continuera de souffrir des mêmes tares et des mêmes suspicions. Sans toucher aux accumulations patrimoniales, sans reconsidérer les rendements relatifs du travail, du capital et du patrimoine, on ne revivifiera pas le tissu commercial, artisanal et industriel profonds du pays .

Pour  parvenir à cela,  le grand soir n’est pas impératif. Du courage politique, des mesures audacieuses , la ferme affirmation face aux institutions strasbourgeo-bruxelloise et internationales, que ces questions relèvent de notre souveraineté nationale qu’on ne saurait agresser sans retour sont tout ce qu’il faut pour enfin lever le voile d’ombre qui recouvre l’Europe et dégager un coin d’azur.

Pas de grand soir, non, mais  des successions alourdies pour les plus importantes, allégées pour les plus modeste ;  des mesures fiscales différentielles décourageant l’entreprise par action, encouragent  la propriété coopérative,  une taxation pénalisante sur les surface bâties non entretenues ou non utilisées, et plus généralement la taxation des mésusages, une simplification drastique de la fiscalité, intégralement directe et progressive et intégrant les prélèvement sociaux obligatoires,  de telles mesures produiraient en quelques années de fructueux changements, accroissant  le revenu disponible des ménages et la vitalité de l’activité économique.

santé collective

L’encouragement de la propriété collective des moyens de production comporte une double visée : d’une part accroître l’implication gestionnaire des travailleurs, les autonomiser économiquement et politiquement et, d’autre part, améliorer les conditions sanitaires au travail.  Car dès lors que la propriété de l’outil devient collective, la gestion en devient également collective. Nombre de conditions de travail, exténuante, répétitive, malsaine, dangereuse se verraient promptement écartées lorsque le décideur économique est aussi le travailleur appeler à trimer dans les dites conditions.

Il est probable qu’un tel dispositif enclencherait un cercle vertueux en matière de bien être social.

L’industrialisation du monde a bien pu comporter quelques avantages. Mais à titre corollaires, accessoires à l’intention centrale crue d’exploiter égoïstement le monde. Or on aurait probablement pu développer une métallurgie en nous passant des horreurs de Zola ou de Villermé dénonçant le port par des enfants de sept ans exténués de bottes de tôle les contraignant des à rester debout à leur poste de travail. On aurait peut-être pu développer autre chose que l’industrie nucléaire si nous n’avions été fasciné par le désir prométhéen d’égaler la puissance des forces naturelles, de rompre les frontières de nos territoires, de nous élancer en volant à travers l’atmosphère en vers d’exotiques contrées et  l’espace au-delà.

Mais si les populations avaient pu vraiment comprendre de quel prix se paierait le Progrès auquel on les contraignaient, elle l’aurait refusé. Ou du moins sérieusement amendé, drastiquement réorienté . Si le peuple avait été consulté et informé, nous n’aurions peut-être pas les châteaux de la Loire ou Versailles, pas de missiles ou porte-avion nucléaire, pas de centrales atomiques, pas d’engrais toxiques, pas de pratiques de surproduction et de gâchis alimentaires, pas de ces risques industriels, technologiques, biologiques, de santé auxquels nous nous exposons, et avec nous nos enfants et nos descendants. Mais en place de tout cela, nous aurions mieux réparti notre aisance, nous suffisant de peu sauf de plaisir, d’amour, d’affection, de loisirs, de l’expression de notre créativité, et nous procurant les moyens de notre existence dans des activités non nuisibles au substrat de nos vies , au sein d’entreprises où la démocratie économique s’exerce car la propriété des moyens de production y est effectivement collective. La Loi aurait desserré l’étau des oligopoles productiviste et  des transnationales mondialisées qui après avoir désindustrialisé le pays grâce à la collaboration coupable de l’Etat, avaient fini par  écrémer jusqu’au fond des campagnes  à coup de chaines, d’enseignes, de franchises, faisant disparaître de nos villes et villages plombiers, chauffagistes, plâtriers, bouchers, épiciers, cordonniers, restaurants et cafés.  Le travail n’est plus là, mal rémunéré, tandis que la valeur du plus clair de ce qu’il en subsiste profite à un lointain propriétaire qui la dépensera en d’autres lieux  dans des biens somptuaires à la valeur sociale douteuse. Non, désormais l’argent est gagné ici ;  dépensé ici,  prêté ici, ici où restent aussi  les intérêts, socialement recyclés et brassés .

otium et tripalium

Les concepts tendent à s’opposer par pôles autour desquels gravitent les jugements. C’est pourquoi nous avons beaucoup de mal à distinguer à travers le fouillis des jugements les propositions nécessairement vraies de celles à la véracité relative seulement.

Dans le monde réel, qui ne se plie que moyennement à la torsion des concepts et leur tendances binaires, la vérité présente des degrés.

Ainsi le travail. Il peut soit être otium, activité politique, patrimoniale, artistique, philosophique, activité créative en tout cas qui enrichit ou la renommée ou la bourse de cette première sorte de travailleur.

Mais il peut être,  tripalium, douleur et aliénation, forme la plus répandue du travail. Ce travail là est celui  de la femme qui met bas. Le mot désignait et un instrument de torture et cette structure qu’on voit encore dans quelques fermes et qui servait à ferrer bœufs et chevaux. Certains anthropologues font remonter le travail tripalium à l’invention de l’agriculture et à la sédentarisation. Le travail remplace la chasse et son caractère ludique, guerrier et sportif affirmé, alors que les ressources, rapportées au faible nombre de la population, sont abondantes. Et c’est bien au contraire dans un environnement marqué à la fois par la raréfaction des ressources, une pression démographique accrue ainsi, une stratification sociale de plus en plus marquée que le travail et subsistance se lient en un cercle de douleur. 

Le mot travail a une histoire toute trempée d’humour cinglant et cynique. Mot escroc, il est le masque de fumée par lequel le maître fait croire à l’aliéné qu’ils travaillent l’un et l’autre, escamotant sous l’unité linguistique le fait que le travail-otium est libre, ludique,  créateur, tandis le travail-tripalium est  aliéné et pénible. C’est sur cette ambigüité que repose l’obscène « Arbeit macht frei » national-socialiste.

Le travail n’est pas une fatalité. Pourquoi le travail devrait-il tant durer au point d’accaparer le plus clair de nos vies ? S’il était plus agréable, moins pénible, s’il était perçu non plus comme délétère et non plus socialement bénéfique,  s’il était organisé par les travailleurs eux-mêmes dans le cadre de la propriété coopérative, alors serait drastiquement modifiées les conditions d’acceptabilité du travail . Alors pourrait-on commencer à faire évoluer nos sociétés sur la voie du progrès social et politique. Alors pourrait-on quitter la voie régressive du progrès, quand il signifie progrès des profits, de l’accaparement, de l’aliénation, des volumes produits. 

Car  dès lors que le travail est subi ou pénible, il est légitime de vouloir s’en affranchir au plus tôt. Or le travail moderne est une monstruosité : jamais l’espèce humaine – les ethnologues en témoignent - n’a autant travaillé. Et ce travail étant surtout contraint (salarié), il faut en conclure que jamais l’humanité n’a vécu enserrée de tant de chaînes. On sait que les coloniaux, comme les maître de forge, s’arrachaient les cheveux : les sauvages, ou les paysans de notre première industrialisation quittaient leurs postes dès qu’ils se sentaient fatigués ou estimaient avoir gagné suffisamment.

Pourquoi donc travaillons-nous tant ? Par habitude, sur la lancée, ayant oublié l’intention qui nous animait quand nous avons construit ce monde, par peur de la liberté, pour être encadré, rassuré, entravé, même s’il faut pour cela engraisser le maître et subir sa férule ?

C’est également dans le contexte d’un travail libéré, libéré parce que l’appareil de production est collectivement détenu, qu’il faut poser la question de la retraite.

Comment opposer deux périodes de la vie, l’une où l’on contribuerait socialement, l’autre où l’on vivrait oisivement en déléguant à la jeunesse le soin de nous entretenir ?

Si la propriété des moyens de production devenait d’abord collective ou coopérative, et conséquemment le travail était alloué collectivement par des décisions démocratiques , l’idée de fixer telle ou telle date couperet après quoi  on ne serait plus  bon à rien du tout paraîtrait incongrue : l’aïeul à la ferme cessait-il jamais, dans la mesure de ses forces,  d’apporter son aide aux tâches familiales?

La question de la retraite ne pourra être solutionnée durablement que dans un cadre économique profondément réformé. Réformes si drastiques qu’elles ne s’envisagent guère que dans un cadre politique neuf assurant une réelle représentation de la substance politique nationale, et en son sein,  un brassage social suffisant  écartant le risque de dérive oligarchique.

Car cette date butoir, couperet, ces soixante ans contre laquelle s’arque-boute les syndicats, cette crispation ne résulte elle-même que de la propriété capitalistique des outils de travail, c’est à dire particulière et concentrée. Dès lors qu’on ne remet pas en question la structure de la propriété, le travailleur est légitime à camper sur cette date. Car il sait qu’autant d’années de plus seront autant d’années d’exploitation et de spoliation de plus. Quoi de plus rationnel que d’écourter au maximum son propre supplice ? Or les syndicats, ni même aucun des Partis ne proposent que soient modifiées, sinon marginalement,  les règles de la propriété, de l’accumulation et de la circulation du capital. Aucun ne s’attaque à la double racine, politique et économique, de maux qui perdurent depuis si longtemps et ne font que s’aggraver depuis un demi-siècle. Tous sont conservateurs. Tous défendent la « protection sociale », car tous y ont un intérêt : les partenaires sociaux la gèrent et en retirent légitimité et pouvoir politique. Le grand capital y voit l’huile nécessaire à la lubrification de ses machines à broyer l’humain.

Aucun au fond ne souhaite remettre en question l’ordre des choses. Tous se nourrissent  à la mamelle du travail dépendant, du salariat ou du fonctionnariat de masse.

La redistribution de la propriété des moyens de production et la réallocation de la valeur, depuis la rente ou le capital, vers le travail auront au contraire pour effet d’autonomiser le citoyen et d’accroître sa stature économique.  L’agent n’est plus un salarié soumis, mais un acteur économique et politique plénier. Ce qui signifie que sa subsistance ne provient plus d’une large mamelle aux contours infinis – l’entreprise, le prélèvement obligatoire , la solidarité nationale, le RSA, un revenu d’existence– mais bien plus directement de son travail et des ses décisions.

Autonomie politique et économique du citoyen qu’il faut encourager et étendre, notamment en matière de protection sociale , plutôt que de plaquer sur la société quelque filet conçu par des administrations tentaculaires et ubuesques, ayant fini par considérer que l’homme devait rentrer dans la grille plutôt que la grille s’assouplir pour épouser les contours des besoins et du désir.  On partirait, en matière de protection sociale, des demandes et initiatives des familles, des gens, des habitants. L’hébergement aidé dans la famille, au sein des coopératives d’habitants retraités ou non, soutenu par des collectivités locales profondément réorganisées et démocratisées,  plutôt que dans des chaînes de maison de retraite comme il existe des chaînes de fast-food.

Enfin, et pour compléter cette esquisse, une protection sociale qui serait l’expression réellement démocratique de la Nation s’emploierait d’abord à prévenir plutôt qu’à guérir. Il ne serait plus tolérable que l’activité d’un particulier, d’un groupe d’actionnaires mette en péril à court, moyen ou long terme les chances de subsistance d’une collectivité.

Tout ce qui précède paraîtra je l’espère sensé. Toutefois rien n’est indiqué des moyens politiques par lequel le but désirable d’une protection sociale respectueuse du corps politique et des personnes pourrait être atteint ?

 Quelle entité  présentant des garanties d’indépendance et de représentativité suffisantes,  suffisamment démocratique et conforme dans sa constitution au corps politique, quelle entité pourrait-elle présider et organiser démocratiquement les activités sociales ?

 Il n’y a à cette question qu’une seule réponse : le seul moyen d’assurer la représentativité démocratique d’un corps de représentants est le tirage au sort.

 Il n’est pas question ici de débattre de la clérocratie. Un tel débat, aux visées nécessairement constituante, est nécessairement  collectif, viserait à l’élucidation de principes structurants qu’il faudrait ensuite décliner au sein des institutions. Il ne s’agit donc pas, ou pas nécessairement, de proposer quelque Haut Conseil de la protection sociale composé de représentants tirés au sort, mais d’indiquer que le seul moyen de construire une société réellement démocratique, peu ou prou égalitaire en termes de capacité économique et politique de chacun de ses membres, passe par l’injection du tirage au sort au cœur des institutions.

Car si l’Etat me tue, il faut changer l’Etat !

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:06

absurdité délétère. Perclus de TVA,  impôts, CSG, prélèvements obligatoires, harcelés incessamment d’exigences de justification, de taxes particulières, etc, enserrés de partout dans le lacis des règles, normes, qualifications, degrés, échelles, quotas, formulaires, conventions, taux, niches, dans un fouillis qui n’est pas sans évoquer la fin de l’Ancien régime. 

 

Qu’importe quelle époque, qu’importe de quel gabelou, de quel percepteur, de quel assureur, de quelle banque , de quelle URSSAF, de quel RSI, de quel fisc, de quel Etat on ait préservé le reliquat de son travail :  quand le reliquat que ces puissants nous laissent ne suffit plus à vivre, alors ne s’agit-il pas de spoliation ? 

 

Ce que le riche ne doit pas subir, le pauvre encore moins.  La spoliation n’est pas légitime. Le pauvre n’est pas en dette quand ses charges contraintes empiètent sur son revenu au point de fragiliser son existence. C’est à l’Etat de ne pas permettre de telles situations, bien que soit lui qui l’organise.

 

L’endogamie oligarchique de nos élites, leur proximité avec la grande bourgeoisie, leur faible renouvellement, le cumul général des mandats, tout cela ajouté au mille feuille politique et au kaléidoscope administratif propice à l’embrouillaminis des prérogatives, à la dissolution des responsabilités, à la constitution de baronnies.

Nos élites politiques sont de plus en plus médiocres, isolées. Voilà pourquoi elles brament à la spoliation des riches quand nulle voix ne s’élève alors que le Peuple est près de chuter sous le poids des fardeaux.

Et parmi ces fardeaux, le plus lourd, celui de la protection sociale.

 

La protection sociale nourrit une vaste classe d’administrateurs et de fonctionnaires

 

Mais si elle me tue, à qui donc profite la sécurité sociale ?

La protection sociale nourrit une vaste classe d’administrateurs et de fonctionnaires

 

Si le travailleur pauvre, l’artisan perclus de charges  comparent ce qu’ils contribuent aux aides qu’il perçoivent, tout en constatant que leurs dents sont en mauvais état et leurs bésicles plus à leur vue, ils se rendront compte que l’un dans l’autre ne rien leur prélever, ne rien leur redistribuer,  reviendrait au même.

 

Il contribue et il est « redistribué ». Mais non sans la contrepartie d’un contrôle tatillon et suspicieux, de demandes d’informations, de pièces , d’éclaircissement qui frise le harcèlement et ajoute encore à la tâche déjà écrasante du travail.

 

De travailleur libre qu’ils pourraient être, le modeste indépendant, l’artisan, l’éleveur, le petit agriculteur ,le petit commerçant sont devenus des travailleurs pauvres assistés. Un appauvrissement artificiel qui les rend dépendants. Il sont désormais tenus d’être actifs pour justifier leur revenu de solidarité active.

Or  c’est bien la « contribution » de ces travailleurs pauvres qui nourrit le fonctionnaire qui alloue les aides dont il dépend. Ainsi se produit ce tour de magie ou le financeur, le travailleur, de nourricier devient redevable !

 

Toute la puissance totalitaire du technicisme administratif s’exprime là ! Par un tour de passe-passe, au prétexte de sécurité et de solidarité, la liberté devient aliénation.

La protection sociale fut un puissant agent de salarisation et de fonctionnarisation de la société française .

Salarisation, dans le sens où le filet sociale est relativement plus lourd à gérer par des indépendants que par des entreprises employant du personnel salarié.  D’où un avantage relatif aux plus grosses structures.

Le salariat existait à peine sous l’Ancien Régime. A l’orée de la première guerre mondiale, 90 % de la population, largement paysanne, s’employait en dehors du salariat. Au Congrès d’Amiens en 1906, la CGT se prononce pour la disparition du salariat.

 

Fonctionnarisation, au sens le plus général, désignant l’explosion des organes d’administration et de contrôle  en tous genres – Etat, collectivités locale, assurances, etc -  conçus comme devant « sécuriser », « policer » les activités sociales et économiques. 

 

Toutefois, la question doit se poser de savoir où situer le curseur entre  contrôle et liberté de l’activité.

Dès lors que plus d’un tiers de la population est sensée servir, administrer et contrôler les deux tiers restants, qu’une fraction importante, fonctionnaires d’Etat, territoriaux, de Santé jouissent de statuts juridiques différents de leurs administrés, salariés ou indépendants, la question de la capacité des  administrateurs de comprendre les besoins de leurs administrés doit être questionnée.

Leurs statuts juridiques mêmes diffèrent.

Le fonctionnaire à l’instar du salarié - mais bien mieux protégé que lui - est  sûr de son revenu mensuel. Tous deux sont irresponsable ou presque sous le parapluie de leur administration ou de leur entreprise. L’ indépendant lui est  une pleine personne juridique et c’est à ses risques et périls qu’il travaille pour se nourrir.

Lorsqu’au sein d’une population les statuts juridiques et pratiques (sécurité de l’emploi pour l’administrateur fonctionnaire  versus précarité pour l’administré  salarié ou indépendant), s’écartent d’un tel degré, le risque existe qu’en raison de ces distorsions des biais politiques fracturent implicitement le corps social et  rendent compte de la myopie des administrateurs.

 

Il faut comprendre le développement de la protection sociale depuis 1936 dans ses rapports avec le développement du capitalisme d’Etat français. La fonctionnarisation et la salarisation quasi générales de la société française sont parallèle à son industrialisation. Les statuts juridiques personnels en cause ont alors représenté des solutions juridiques jugées souhaitables au développement d’une  économie de capitaines d’industrie nationaux agissant sous le pilotage de l’Etat. 

 

On peut comprendre sous ces angles – capitalisme d’Etat technocratique structurant la nation française jusqu’à la fin des trente glorieuses pour la vendre ensuite à un grand capital avide de salariés, et indifférente au mieux, voire hostile, à l’artisanat, au petit commerce, à la petite paysannerie considérés comme des archaïsmes. La plupart des syndicats ont emboité ces pas techno-progressistes et défendu et conquis les droits du salariat.  Mais ni le syndicaliste, ni le technocrate pas plus que  le capitaliste n’aiment  les autonomes !

 

La sécurité sociale discrimine l’entrepreneur individuel en le considérant à la fois comme personne et comme entreprise. Appuyés sur des taux de prélèvement plats, elle avantage les grosses structures et pénalisent les petites. On peut ainsi estimer que paradoxalement, en longue période, le filet social a constitué et constitue toujours un outils de concentration du capital et d’éradication du travail libre et représente un vecteur puissant de la salarisation de la société, et parallèlement de sa fonctionnarisation. Or le salariat est un contrat de dépendance. Il suspend certaines libertés politiques. Il constitue, pour certains penseurs sociaux, l’avatar moderne de l’esclavage dont Hobbes considérait qu’il était un contrat, car le vainqueur avait passé avec le captif le contrat de le laisser en vie en échange de sa servilité perpétuelle. Le capitalisme n’aime pas les autonomes.

 

 

Au delà

 

 

Dévoyée, la sécurité sociale inverse les flux de la solidarité : ils coulent désormais de la pauvreté à l’aisance, de la jeunesse fragile à la maturité assise,  jouées sur la scène d’une démocratie nominale et hypocrite,.

 

La sécurité sociale est le versant charitable de l’exploitation salariée moderne, dont elle aide à supporter et proroger les méfaits. Le déficit chronique de la sécurité sociale n’est que le reflet de ses tares : elle est assise sur le travail seulement. Or l’argent, le gros argent n’aime ni le travail ni le travailleur. Il aime gagner gros en peu d’efforts.  Peu d’efforts, peu de travail, peu de contributions et beaucoup de profits.

 

Le filet social connaît le sort des mastodontes administratifs qui finissent par oublier leur objet et leur vocation initiale pour ne plus exister que pour eux-mêmes et par eux-mêmes dans une sorte d’auto-

-justification circulaire légitimant des contrôles, des règles, des normes toujours plus tatillons.

 

N’ayant plus en vue que sa seule existence, la filet social est devenu un tonneau des Danaïdes : il ressemble à ces réseaux d’irrigation fuyards de partout dont les pertes en ligne finissent par excéder l’apport hydrique en bout de ligne.

 

Faut-il supprimer la protection sociale ? Certes non. Les animaux mêmes entre eux voir même entre espèces nourrissent solidarité, compassion, entraide.  La compétition féroce de tous contre tous, dont  la sécurité sociale se rend complice, est une fiction. Nous ne sommes rien sans les autres. L’enfer, c’est sans les autres.

 

Mais la forme même qu’adopte la solidarité collective renvoie profondément à l’ordre productif, marchand, financier et politique actuels. Or cet ordre est pervers, dans le sens où il considère que la croissance de la production et des échanges sont  la condition du bien être collectif planétaire.  Alors que dans le même temps cette croissance échevelées suscite de gravissimes périls au premier rang desquels le  dérèglement climatique, les cohortes de réfugiés par centaines de millions qu’il annonce et l’effondrement brutal et systémiques des chaînes biologiques dont notre subsistance dépend. Croissance effrénée en quête de profits toujours plus élevés grâce  à toujours plus de travail, de pression de harcèlement, de coups de fouet moraux. La croissance mais pour quoi ? Dans quels buts ? Vendre à mon voisin dans le besoin ce dont il n’a pas besoin pour ne pas moi-même me retrouver au chômage.

 

L’incivisme populaire répond à l’amoralité, au cynisme des élites, à leur cupidité, aux violences collectives légales qu’elles infligent,  à une solidarité dévoyée. Le fardeau des blessures  morales, à la fois  intimes  et collectives, est d’autant plus lourd que ces non-dits taraudent en silence la société française.

 

Qui a permis qu’on en arrive là ? Reprenons-nous collectivement, même s’il faut pour cela défier le monde. Les peuples, soyons-en sûrs, nous suivrons.

La croissance ne créera plus d’emploi. Emploi et croissance sont de beau temps décorrélés, comme l’annonçait précocement (1972) le rapport Meadows.  La concentration accrue du capital  lui permet de prolonger la croissance sans apport supplémentaire de main d’œuvre. Il importe juste de préserver a minima un certain filet social pour éviter les jacqueries.

 

L’accumulation, l’empilement, la thésaurisation et le profit constituent la seule ambition du mur de l’Argent . Rien de social dans ce projet. Il faut au contraire y voir l’expression des tendances les plus asociales et les plus régressives de l’espèce, voir un secret désir de mort.

 

Pervers encore ce système dans le sens où la poursuite du bien être collectif s’accompagne de la salarisation ou de la fonctionnarisation d’une part croissante de la population, c’est à dire de son asservissement légal temporaire. Pareillement, un contrat liait le gladiateur et son « impresario » (le laniste)  par lequel le premier autorisait le second à le punir par le fer ou le feu. Le contrat de salariat implique un travail assujetti, dépendant, mettant en parenthèse la démocratie. Tout au long du dernier siècle une part croissante de la vie s’est déroulé hors-démocratie, loin des forums traditionnels qu’étaient la place du village, l’estaminet du quartier populaire où se nouaient les proximités amicales et politiques.  Avec la salarisation de la société, la durée et les conditions de production, les objectifs, stratégies  des entreprises, la nature des marchandises produites et échangées, toutes choses dont la vie et le bien être des citoyens dépendent échappent de plus en plus  au contrôle démocratique. 

 

Système pervers encore quand les institutions sont elles mêmes minées de tares irréversibles. Au premier rang desquels le  mode électif de désignation de la représentation nationale. Ce système a peu à peu peuplé nos hémicycles, intercommunaux, départementaux, nationaux, d’oligarchies incompétentes, socialement peu représentatives, toutes minées de conflits d’intérêts. 

 

Pour être coupées du quotidien et réalités populaires,  elles sont la proie rêvée des groupes de pression, pour lesquels ces cénacles peuplés de naïves oies blanche, d’autant plus vulnérables que leur recrutement social – la fonction publique est majoritaire -  les prépare peu à la compréhension des enjeux techniques, entrepreneuriaux ou économiques.  Dès lors, en tout népotisme, copinage, calcul politique, affairisme, opportunisme, on se persuade entre soi, entre « élites »  politiques et oligarchies d’affaires, que croissance des profits, emploi et bien être public s’enchainent comme cause et conséquence.

 

Dès lors, en matière de santé,  il en va presque d’une équation : santé = groupes pharmaceutiques puissants. Pour assurer leur puissance, sensée alimenter la recherche, il importe que leur soit garanti un marché intérieur étendu. Dans le même temps on bannit sans la moindre évaluation les herboristes  et d’autres médecines douces. La même logique perverse prévaut quant interdiction est faite aux paysans, sauf déclaration expresse, d’utiliser une partie de leur récolte comme semence. Le bannissement du purin d’ortie en ressorti également. Tout cela prolonge et amplifie ce vaste mouvement, initié avec les «enclosures » de dépréciation et de négation des savoirs populaires au profit des savoirs savants d’une « élite » technique, minoration qui n’est au fond que la rationalisation secondaire masquant la néo-féodalisation générale en cours. Le prétexte à chaque fois scientifique, bien qu’au fond il  ne s’agisse que de cupidité et d’avidité.

 

Financer de grands groupes pharmaceutiques et  réparer les dégâts sur la santé provoqués par  l’industrie chimique  afin qu’in fine se maintienne un ordre fondé sur la recherche du profit, voilà où s’est fourvoyée la solidarité nationale ?

 

Dévoyée plus encore quand cette solidarité coule désormais du plus faible au plus aisé ! Et que dire de ce scandaleux mur du silence autour de la promesse impossible à tenir de servir demain aux générations contributives les avantages que leurs efforts procurent aux seniors.

Ce mensonge, cette escroquerie morale camouflés instillent un sourd poison au sein de la société française : il la divise la société et la clive selon un pendage  générationnel.

 

Dévoyée encore la protection sociale quand elle sert de légitimation à des administrations pléthoriques, qui se nourrissent sur la bête en en étouffant la vitalité. Dangereuses les administrations populeuses dont la masse et le nombre même impriment leur couleur frileuse, pessimiste et morose à l’ensemble de la société. Dangereuses encore quand ces mastodontes  se constituent en force politique,  luttant pour maintenir leurs statuts, avantages, emplois, et ce d’autant plus efficacement que ces administrations constituent les bras des oligarchies politiques endogamiques qui les administrent.

Ainsi s’inscrit de plus en plus profondément une fracture malsaine d’avec le reste de la Nation.

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 20:51

Il faut se rendre à l’évidence. La morale est mauvaise pour les affaires. Elle est archaïque. Elle interdit le progrès, limite les échanges : on ne peut pas vendre l’air ou bien encore les êtres humains. Pour assurer la croissance, il importe donc de supprimer toute idée de morale. 

Repost 0
Published by Stephane Calence - dans Iilosophie
commenter cet article
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 10:02

Melpomène

Pomona

pomme d’api

pomme d’amour

azerolles

en deux moitiés

aspic et lune

sel de sélène

suc de seiche

 

et pulpe de poulpe

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 16:20

La sécurité sociale facteur de pauvreté et de précarité

Sécurité sociale : hypocrisie et dévoiement de la solidarité

Sécurité sociale et productivisme

Contribution ou spoliation ?

La protection sociale nourrit une vaste classe d’administrateurs et de fonctionnaires

La sécurité sociale contre l’autonomie du travail

La sécurité sociale vecteur de salarisation et de fonctionnarisation de la société

Au delà : pistes et solutions

Que faire ?

Otium et tripalium

 

 

A quoi sert la protection sociale ?

 

A quoi sert la protection sociale ?

 

Je suis artisan électricien. Aujourd’hui SANS solidarité sociale, je m’en tirerais. Mais AVEC la solidarité sociale, je  survis à peine. Je subsiste au RSA.  Je travaille et je m’enfonce  dans la pauvreté. Un tiers des SDF ont un travail : sous un pont un jour j’ai rencontré  une coiffeuse à domicile qui entre son instrument de travail, sa voiture, et son appartement, elle avait dû faire un choix. Elle dormait donc dans sa voiture. Sans charges sociales, elle aurait probablement pu se payer un appartement.  

La solidarité nous tue.

 

La protection sociale : combien d’artisans, de petits commerçants  jetées au chômage, combien de villages privés d’épiciers ?  La protection sociale :

combien de faillites ?  La protection sociale : combien de SDF ?

 

 41 années de travail continu pour espérer une retraite à temps plein ! Quel message d’espoir ! 41 années : comme si les Trente Glorieuses n’avaient pas cessé depuis plus d’un demi-siècle. Comme si le plein emploi et le CDI étaient toujours la règle et que cela continuera encore 41 années au moins. On promet aux générations actuelles de contributeurs et parmi eux les plus jeunes que les Trente Glorieuses n’ont jamais cessé, que le plein emploi et le CDI ont toujours été la règle et que cela continuera encore 41 ans .

Qui, parmi les jeunes désœuvrés des quartiers, qui parmi ceux toujours stagiaires à trente ans, qui  dans les cohortes vieillissantes ayant enchaîné les CDD précaires, qui  peut croire que l’âge venu il aura les avantages qu’il assure aujourd’hui aux retraités d’aujourd’hui ? Même si beaucoup sont modestes , le Vieux vote et il possède.  

 

C’est l’abjecte hypocrisie française. Elle  mine sourdement notre démocratie.  Croyez-vous  que cette escroquerie morale ne soit pas comprise, au  moins implicitement,  intuitivement, par les plus jeunes, par les plus démunis, ceux qui dans les cités  brûlent  écoles, des équipements sportifs et culturels. Absurde ? Non. Ils savent que tout comme la retraite , ces équipements  incarnent les fausse promesses de la République. Ils savent d’expérience objective que rien de tout cela ne les concerne, que rien n’est pour eux, que la solidarité c’est le chômage, le RSA, le harcèlement administratif et policier ? Quand  s’étalent sur les écrans et dans la rue tous les jours le mensonge officiel (« Nutella ce sont d’abord des noisettes… » alors que plus de moitié est constitué de sucre), que sur les plateaux téléphoniques les télévendeurs savent qu’ils doivent pour réaliser leurs objectifs s’attaquer d’abord aux plus vulnérables, aux plus pauvres, aux plus crédules.  Quand l’on manage par le stress, qu’on dégraisse « par la porte ou par la fenêtre », quand pas un des grands scandales d’Etat n’a été de ma vie de quinquagénaire résolu et puni, quand plane encore l’inextinguible  bourdon du «  Non » du Peuple français au traité « constitutionnel européen » bafoué ensuite, par un coup d’Etat  délégués du Peuple eux-mêmes, quand pas un politicien n’a jamais connu le RSA ou le chômage sur quoi qu’ils prétendent légiférer, alors comment ne pas comprendre que la base même de notre organisation politique est cariée ?  Pourquoi croyez- vous que les jeunes de Tremblay ou de Trappes ne votent pas, qu’ils brûlent des écoles, des équipements sportifs, des bibliothèques ?

 

Solidarité entre les générations ?  Grâce à elle s’étalent sous nos yeux le beau spectacle de frais quinquagénaires,  jeunes retraités en pleine force de l’âge, qui l’un se lance avec frénésie, gourmandise et enthousiasme  dans le travail associatif, l’autre enchaine voyages et excursions, tandis que le troisième achète un camping car ! L’autre jour voyant passer sur les petites routes du beau pays que j’habite un troupeau de motos rutilantes , leurs pilotes les cheveux grisonnants au vent, je me dis : tiens, voici mes cotisations sociales qui passent. Quels beaux exemples de douces retraites. Mais il y a mieux, tel ce monsieur , jadis professeur dans un institut technique prestigieux, retraité à 55 ans, aujourd’hui âgé de 95 ans, généreusement stipendié par la princesse depuis  40 ans  ! Plus que d’années travaillées !  Cet homme – qui n’y peut mais – aura eu, en termes économiques, une contribution économique négative. Aux dépens de qui ? Mais des plus jeunes bien sûr. Mais chut : taisons ce lourd secret, afin que le senior continue à piller, en susurrant solidarité et la démocratie, la sève de notre pays.

 

Le combat contre la mort et la vieillesse sera toujours perdu d’avance :il n’y a pas d’élixir d’immortalité et nulle firme ne le produira jamais ! Le système devient pervers quand le sénile spolie le juvénile. Quand des rapaces industriels attirés par la manne détournent à leur profit des masses d’argent qui ailleurs auraient une bien meilleure utilité sociale ! Quand le mort dévore le vif, il faut changer le système !

 

 La solidarité sociale absorbe plus de la moitié des recettes du travailleur indépendant, de l’agriculteur, du commerçant, du salarié. L’entrepreneur individuel, au surplus est taxé en tant qu’entreprise. Cette taxe, dite taxe foncière des entreprises (TFE) a doublé, triplé, quadruplé dans certains cas. Les édiles n’ont apparemment pas compris quelles conséquences auraient la permission donnée par l’Etat de fixer, à l’intérieur d’une certaine fourchette le taux de la TFE. Du coup ils l’ont fixé au plus haut, sans mesurer les conséquences de leur vote. J’ai personnellement recueillis sur cette question le témoignage de plusieurs édiles : certains découvraient les excès dont ils étaient responsables, d’autres ignoraient même avoir voté de des charges écrasantes, insupportables. Tout cela n’est pas sans évoquer  ce chromo bien connu où le Tiers Etat décharné ploie à supporter sur son dos le Clergé et la grasse Noblesse.

Filet social dispendieux que je m’épuise à payer.

J’en perds la santé.

La santé me tue.

 

Sécurité sociale et productivisme

 

A quoi sert la sécurité sociale ?

La sécurité sociale panse le travailleur pour le renvoyer au boulot.

Sans les pansements de la sécurité sociale, les conditions absurdes du travail modernes seraient-elles acceptables ? Sans les psychotropes déversés par millions de pilules dans les encéphales, les dégâts moraux du management par le stress seraient-ils supportables ?  Management par le stress,  c’est à dire management par la souffrance au travail … Souffrance justifiée par la nécessaire compétitivité. Or qu’est-elle,  cette compétitivité, sinon la lutte sans fin entre des oligarchies d’affaires cupides, un peu comme à Gomorra les parrains se livrent des guerres acharnées pour l’hégémonie selon un simplissime principe « moral » : « pourquoi lui plutôt que moi ? ». On justifie la lutte en prétendant que la perte de compétitivité éroderaient le bien être et le rang de la Nation : le bien être justifie la souffrance !

 

Souffrir plus pour travailler plus pour produire plus pour échanger plus pour jouir plus tout en dégradant plus encore la planète, la biodiversité, les abeilles, les stocks de poisson, en dévastant les forêts, en perturbant à l’échelle de continents entiers  les chaînes alimentaires ; et toujours souffrir plus pour acquérir plus de biens, plus de bien être sur cet  absurde chemin de croissance compétitive que je ne parcours que grâce à la cane du filet social.

 

Le stress, la compétition exacerbée de tous contre tous, l’absence d’autonomie quant à sa propre vie, l’absence de sens aux  tâches dont on sait au plus profond qu’ elles sont nocives ou amorales, comment tout cela pourrait-il se supporter  sans la Sécu  ?

 

Si l’industrie du nucléaire, de la chimie, du tabac ou de l’amiante, si les industries minières, des transports, les industries du service,  devaient supporter l’ensemble des coût sociaux et environnementaux (autrement dit des coûts sociaux à moyen long et très long terme ), elles ne seraient pas rentables . Des représentants de la Sécurité Sociale siégeaient aux côtés des industriels de l’amiante dans des organismes communs.

 

L’emploi est le crédo commun à l’administrateur politique ou social d’une part, à l’industriel de l’autre. C’est le point de corruption, par où se socialisent les coûts tandis que le profits vont à la minorité. Crédo signifie croire au sens irrationnel.

 

La sécurité sociale est la soupape de sécurité d’un ordre productif  vicieux où la recherche du bien-être et de la santé justifient d’aliéner son bien être au travail. Mais elle est un outil  de moins en moins pertinent :  car elle est dépendante d’un appareil productif, commercial et financier que l’homme gène, et que les capitaux qu’il contrôle depuis des cercles de plus en plus restreints l’autorisent à remplacer par des machines. 

 

Sans le filet social, sans les TUC, RMI, RSA, ces masses privées d’œuvre, de salaire, de ressources se rebelleraient. Bâillonner la zone, épuiser, assommer ce flux de  10 % de pauvres , de plus en plus souvent pauvres par « héritage »,  de telle sorte qu’abrutis de misère rien d’autre n’ accapare leurs efforts que le souci de la subsistance quotidienne, surtout pas d’idées politiques. Oui ces 10 % de pauvres sont nécessaires au bon fonctionnement de l’écrémeuse à profits : voilà à quoi sert cette sécurité sociale là. 

 

Sans la sécurité sociale, l’industrie pharmaceutiques , les professions médicales, ne jouiraient pas de la demande solvable qui leur permettent de si considérables profits . Malignes, elles en usent à faire croire à coup de marketing, de congrès, d’experts, de taupes, de réseaux, de lobbying, qu’elles pratiquent la seule médecine possible.

 

Maintenir à tout prix, férocement, un système productiviste qui ruine l’homme et la planète, un système délétère, pervers, mortifère, voilà ce qu’est devenu le rêve d’Ambroise Croizat.

Sans la sécurité sociale, le capitalisme pourrait-il survivre ?

 

Depardieu est spolié

 

 « Depardieu est spolié » s’est insurgée une meute de politiciens des deux bords à propos des  fameux taux d’imposition à 75 % (taux marginal, rappelons le, ne concernant que la tranche de revenus en excès du million d’Euros, des sorte que l’imposition d’un tel contribuable ne s’élève pas à 75 %).

 

75 % , c’est une spoliation  ont gravement approuvés  les « Sages » non-élus du Conseil constitutionnel,

estimant que le niveau d’imposition envisagé brise l’égalité des citoyens devant l’impôt. En réalité, les conseillers constitutionnels ne  considèrent l’égalité des citoyens que sous l’angle de l’impôt direct.

 

Le conseil constitutionnel ayant considéré que le taux marginal de 75 % est fiscalement spoliatoire, M. Depardieu ayant indiqué qu’il ne demandait pas le remboursent de ces feuilles de soin, il est bon de rapprocher l’ensemble des taux, taxes, taxes locales, contrôles technique, assurances obligatoires, charges, prélèvements, contributions volontaires obligatoires – le financement de la protection sociale - , charges incompressibles (loyers, abonnements eau, électricité, internet, téléphone), et de comparer l’impact de tous ces coûts et charges en fonction des tranches  de revenus.

 

Pourquoi tout amalgamer ? Parce que si dans certains milieux, on peut faire la fine bouche, considérer qu’un Euro d’impôt direct, un Euro de TVA, un Euro de revenu  ou un Euro de contributions sociale ne sont pas du tout la même chose, dans le bas de l’échelle, il n’y a plus  qu’une règle, celle de la trésorerie, celle des bouts de ficelle à tirer pour arriver à la fin du mois. Un Euro « contribué » ou un Euro taxé, c’est un Euro qui manque dès que la pression globale des charges agglomérées excède la limite au delà de laquelle la personne elle-même, sa famille, sont menacées.

Il est probable que même après « spoliation » à 75 % sur la tranche excédent le million, M. Depardieu eût encore conservé de confortables disponibilités.

 

Mais pour notre part, nous ne parlons pas de cette privation de caviar qui a ému les « Sages » du conseil constitutionnelle, pas plus que de brioche : non, nous parlons de pain, nous parlons de l’incompressible vital.

 

Du point de vue fiscal, la tranche marginale à 75 % n’a aucun impact sur ceux qui ne paient pas d’impôt direct. De toute la masse contrainte des dépenses courantes, l’impôt direct ne représente presque rien pour le pauvre qui en est exonéré. Son taux d’imposition n’est toutefois pas nul mais égal à la TVA qu’il paie sur ses achats ( entre 5.5 % et 19,6 %). Etant pauvre, il est probable qu’il économise fort peu d’argent, si bien que ce taux  oscillant entre 5.5 et 19.6 % est assis sur  la quasi totalité de son revenu. Ce revenu est lui-même amputé d’autres taxes (sur les carburants par exemple), mais surtout par les contributions sociales, de telle sorte que le revenu disponible finit par ne plus suffire aux dépenses de base. Un point d’équilibre est franchi quand le travail profite plus à des créanciers obligatoires (Etat, organismes sociaux, assurances obligatoires, abonnements indispensables, taxes locales, etc.) qu’au travailleur lui-même et que la part qui lui est laissée ne soutient plus sa vie ni ne justifie plus ses efforts.

 

On annonce que les prélèvements obligatoires s’établiront aux alentours de 56 % en 2014. Un travailleur indépendant gagnant le Smic et consommant l’intégralité de son revenu en nourriture  abandonnera donc quelque 66 % de son revenu sans compter d’autres dépenses contraintes, tels que loyer, assurances, abonnements. M. Depardieu, même après « spoliation à 75 % » s’en serait tiré de façon brillante.

 

Ainsi même non-imposable, le travailleur pauvre n’en est pas moins contribuable pour quelque 70 % de son revenu, non comptées d’autres charges impératives comme le loyer, électricité,  eau, assainissement, etc.

 

MM les Sages du Conseil constitutionnel ont tortillé des lèvres et estimé que la tranche marginale à 75 % était spoliatrice. Pas un ne s’est rendu compte  que la spoliation EST devenue le régime des indépendants, artisans, commerçants, salariés !  On a ainsi vu un commerçant contraint d’emprunter  à la banque pour payer sa taxe foncière des entreprises. Agrandi à l’échelle macroéconomique, un tel schéma par quoi l’impôt est payé par l’emprunt est une

Repost 0
Published by Stephane Calence - dans olitique
commenter cet article
24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:49

Si ce vide était vide, tu ne le lirais pas

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 11:52

La villa est cossue, claire, vaste, secondaire.  On habite usuellement à Paris. La piscine biologique est à « filtration végétale ». Je dois d’être invité à ce dîner bourgeois, moi qui ne suis qu’artisan, pour avoir refusé un paiement pour un léger dépannage : entre voisins, ne doit-on pas s’entraider ?  Autour de la table, il se parle voyages, Maroc, Cuba, des bonnes affaires qu’on y a faites grâce à de brillants marchandages.

A ma gauche, la dame s’occupait de la cellule sociale d’une Caisse d’Allocations familiales. Elle a acheté une maison en Tunisie, où on ne demande pas de facture, mais où « rendez-vous compte » on travaille sans chaussures sans parler des échafaudages qui ne sont que des planches posées sur des parpaings !

Face à moi, la cinquantaine mûre, la dame, commerçante à la retraite, est adjointe aux affaires sociales d’une petite commune du Sud de la France :  elle instruit les demandes de RSA.

Très dévouée, elle se rend elle-même, à ses frais, à la ville voisine quérir l’aide de la banque alimentaire depuis qu’a été supprimé le demi-poste qui s’en occupait. « Certaines familles sont depuis trois générations à la tétine de l’aide sociale. Il faut qu’ils comprennent qu’on ne leur donne pas cet argent sans contrepartie : il faut qu’ils travaillent ! ».

Par pudeur, je ne mentionne pas que pour 70 heures par semaine, je suis moi-même au RSA. Mais pas « RSA socle ». Non, moi c’est « RSA activité ». J’appartiens à l’aristocratie du RSA quand même ! Comme un nombre croissant des artisans du coin d’ailleurs.

A la gauche de cette dame – autour de cette table tous les convives sont à gauche -  son mari s’extasie, comme tout cheminot, sur les performances et les infinies subtilités techniques du TGV qu’il conduisait. Pour des raisons de pénibilité, il a pris sa retraite à cinquante ans : voilà six ans pour moi… le temps passe vite…

Cinquante ans, c’est deux ans avant Anne Hidalgo. Mais ça, je préfère ne pas le mentionner : on pourrait croire que je ne suis pas moi aussi de gauche.

En revenant chez moi, dans la belle région où j’habite, je croise un troupeau de motards pétaradant et grisonnant, façon Easy Rider : « Tiens me dis-je, avisant leurs engins rutilants, voici mes cotisations sociales qui passent ! »

 « Il faut bien que certains travaillent », me dit, un autre jour ailleurs, une dame retraitée alors que j’ai les doigts dans le cambouis. « Demain on part pêcher la carpe, un étang bien tranquille en Haute Loire. On prépare la camping-car ».  Il faut bien que certains travaillent, car sinon comment ferait-elle pour jouir de sa retraite et entretenir le camping car ? C’est un argent bien gagné après tout  !

Comme celui de Liliane. 

Heureusement je ne suis pas jeune : avec un peu d’effort, je passerai entre les gouttes. Du moment que la racaille et les casseurs payent nos retraites. Ils n’ont qu’à voter après tout ! 

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 11:28

Formidable : sous nos yeux ébahis, la mission Planck a diffusé mondialement un instantané pris à peine 380 000 années après le big-bang !

Retenons nous d’éclater de rire : que de vices logiques enfilées sur cette déclaration ! « L’ éternité ; c’est long, surtout vers la fin ! », se gaussait le regretté Pierre Dac. L’histoire du big-bang ne tient pas debout. Que peut donc signifier 380 000 ans après le big-bang ? L’année est un référentiel purement humain : l’année est étymologiquement l’anneau, celui qui va du solstice au solstice. Comme le rappelle le logicien Souriau,  c’est en comparant son propre pouls au balancement d’un lustre que Foucault découvrit la régularité du battement du pendule.  Aucun étalon ne peut-être trouvé en dehors de la sensation. Tout mètre est nécessairement anthropomorphe. Aucun étalon au surplus, n’échappe aux lois intrinsèques de l’univers. Il en est le sujet, non pas le maître.

La modernité mesure officiellement l’espace et le temps par le battement du césium. On pourrait croire cette unité plus rationnelle que le battement du cœur de Foucault : en réalité, il n’en est rien. Le choix de cette unité de mesure reflète profondément  une doxa matérialiste, affirmant qu’il existe, en dehors de toute perception, une matière, une réalité per se, posture que Schopenhauer qualifie d’idéalisme matérialiste. Le choix du césium comme unité pose ainsi comme possible une technique neutre intervenant objectivement sur la matière. En réalité la technique, qui est d’abord mesure, quantification, repose sur un ordre social, économique, politique, culturel qui reflète les rapports de forces sociaux, à l’échelle globale comme de proximité. 

Avec cette image, la mission Planck propose le big-bang comme si on y était ! 

Les techniques de manipulation des signes sont de simples outils. Elles permettent des prédictions que l’observation ensuite confirme ou non. De simples outils ne désignent pas de signification particulière. Si l’on oublie que tout étalon est nécessairement anthropomorphe, l’outil-signe pris au pied de la lettre induit des interprétations fautives.

Une photo prise 380 000 ans après le big bang !Frissons. Belles images, belles recherches.Mais ce sont des images, seulement des images.

Comprendre les images, non plus de l’extérieur, en terme de quantités physiques réelles, objectives, mais dans la manière dont elles se forment comme phénomène, perception, sensations, concepts et enfin représentations et discours  conscients.

La physique classique a jusqu’ici étudié en profondeur la face objectale du phénomène. l’étude de sa face interne est à peine entamée. 380 000 ans après big-bang, il n’y avait personne. Il ne peut donc y avoir une photo, une image sensée représenter une réalité rencontrée et enregistrée, car il n’y eut aucune rencontre, aucun enregistrement coprésents à l’événement. L’image est ex-post. Quelque chose cloche dans notre façon de nous représenter l’univers, l’espace, le temps.

Ce qu'il advient sur le filtre de la rétine, ce qui court au long du chiasme optique, ce qui se projette ensuite sur le récepteur de mon cortex, dont la complexité égale celle de l’univers, toutes les représentations, les logiques, formalismes et discours, ceci n’existe que parce qu’il y a face à l’univers un récepteur vivant. Il n’est pas un observateur externe, dégagé, inaffecté,  mais interne, inclus, soumis à l’univers comme la goutte à l’océan, dont il reçoit toutes les influences sans jamais pouvoir s’en dégager.

Les neurosciences ont dégagé l’abyssale profondeur de complexité qui tout au long de la chaîne visuelle construit la perception visuelle. Deux surfaces, les deux rétines, abreuvent le chiasme optique au câblage infiniment complexe projeté ensuite via d’autres nœuds, fourches et instances encore sur le cortex. La lumière est un continuum de longueur d’onde que la perception visuelle construit en image en utilisant trois (voire moins) types de récepteurs. La vision transforme un continuum en trois vecteurs. Une dimension fourche en  trois. Elles sont arbitraires – d’autres animaux voient différemment. La perception est sous-tendue par un flux sanguin assurant le flux de comburant, de carburant et celui des déchets. 

Et tout cela bien sûr baigne à la fois dans la majestueuse lenteur et les lointains infinis du cosmos relatif et la soupe virtuelle quantique toute bouillante de possibles dont certains coalescent, figent, décohèrent, font événement, inscrivent une trajectoire.

Nous croyons voir le monde tel qu’il est. En réalité la moitié se construit de l’intérieur depuis les lieux très primitifs les plus fins, l’interaction quantique et s’éploie en spirales de synthèses finalement joué dans le cortex sous forme de concept et de représentation consciente. Ce déploiement construit la durée et l’espace, l’arrière, l’avant, l’après, la consécution, la causalité. Aucun discours, naturel, logique, mathématique n’échappe à la fatalité d’être déjà pris dans l’espace et le temps. Il se déroule toujours « ensuite », « après » sur le terreau de primitifs germes, qui en eux-mêmes, nécessairement, sont atopiques et achroniques. Leur empilement forme par complexification les catégories de l’espace et du temps.

Accepter qu’un cliché représente « l’univers 380 000 ans après le big-bang » relève d’une interprétation fausse. Il est regrettable dès lors qu’elle soit communément reprise par les scientifiques et les philosophes eux-mêmes. Remonter « en arrière » dans la construction du temps  sans « faire semblant » est donc une tâche ardue.

La théorie relativiste indique qu’aux premiers instants tout n’est que radiation, explosion d’énergie où se confondent encore indifférenciées gravité, forces atomiques, espace, temps. La théorie implique qu’à la condition limite, au sein d’un trou noir par exemple, temps et espace échangent leur orthogonalité : le temps devient parcourable, tandis que l’espace reste fixe (1)

La mécanique quantique accepte la non localité dans l’espace et le temps. Une particule se désintégrant parcourt l’ensemble des chemins de l’univers (intégrale de chemin de Feynman).  Les particules intriquées (paradoxe ERP : Einstein-Podolsky-Rosen) sont des dyades résonnant à l’unisson instantanément quelle que soit leur distance dans l’univers. 

La photo proposée par la mission Planck représenterait donc l’univers      380 000 ans « après » le big-bang ?  Bla, bla.

Elle représente une portion du temps nécessaire à l’acquisition des données dans un univers qui hérite des conséquences de l’événement étudié. Autrement dit ce cliché est un objet extérieur – une photo papier, un fichier de données électronique – mais aussi un objet intérieur et une représentation qui incorpore les caractéristiques d’espace et de temps postérieurs à l’événement génératif de la possibilité d’en prendre connaissance.

La perception et la représentation sont toujours actuelles. Le flux biologique et quantique sont leur support actuels. On ne peut voir qu’un instantané actuel du big-bang, là présent. La lumière qui provient de l’étoile n’est pas d’abord ancienne ou éloignée, mais d’abord présente. Leur distance et leur passé sont construits ex-post.

Scandaleux ? Mais fructueux, car il nous faut construire de nouvelles représentations pour accommoder la seule racine sensible du réel, la sensation actuelle. A notre disposition des ressources telle la topologie, la géométrie simplectique, la logique, la théorie des nombres typographiques, la théorie ensembliste et les structures de groupe ou d’anneau, l’étude des oscillateurs stochastiques, la typification des arborescences, les mathématiques du vivant, les neurosciences, l’éthologie, l’ethnologie… Pour notre aide des figures telles celle de l’hologramme, du vortex, qui toutes deux n’ont pas d’existence propre – le courant renouvelle sans cesse les molécules d’eau du tourbillon, les figures d’interférence ne se maintiennent que dans le flux du virtuel : seule la figure est stable.

Pour la maya hindouiste, le phénomène – mon esprit, ma perception sensible -  est un mirage d’interaction à l’intersection de l’univers et d’une singularité, moi. Cette  perspective, est en accord avec les fluctuations du vide quantique – notre moderne premier moteur – dont par décohérence surgissent les phénomènes au sein d’une théorie ondulatoire de champs fluctuants.

Le réel est-il autre chose que directement instantané d’abord ? C’est parce qu’il est instantané d’abord que nous pouvons construire des séries consécutives que nous nommons durée. Elles dessinent des trajectoires au sein d’un univers où tout n’est que scintillement croisés, de telle sorte que l’univers en toute ses parties se reflète en lui même en séries infinies, tel un hologramme.  L’événement est la trace dynamique, orientée d’une singularité croisant le flux virtuel. La trajectoire de cet événement, vu de l’événement, est son histoire. Mais rien n’impose que le flux sur le fond duquel l’événement se déroule, se manifeste, contienne des dimensions comme l’espace et le temps. Une quinconce sous quelque angle qu’aperçue dessine des perspectives ordonnées.

Les consécutivités sont  toujours contingentes au lieu d’où je parle.  Et avec elles tout discours, toute rationalité, qui sont des chaînes de symboles, d’opérations, et de concepts. La rationalité n’a pas de lieu absolu dans l’univers. L’univers est fondamentalement a-rationnel, a-métrique. « La rose est sans raison ».

Temps et durée sont des constructions secondaires à l’instant. Le sens de la trajectoire sur le fond neutre du flux peut être assimilé au second principe de la thermodynamique, déterminant un « avant » et un « après ».

On sait désormais observer des évènements psychiques élémentaires dont la durée extrêmement brève varie de la femto à l’atto-seconde (10-15 à 10-10 seconde). Ces brefs instants, si on les dilatait pour en faire des secondes et la seconde initiale dans les mêmes proportions,  cette dernière durerait des milliards d’années. Et c’est sur le fond de cet instant immobile et atopique que se construisent tous les phénomènes dont nos représentations.

Il ne faut que d’infimes durées pour que le virtuel quantique se transforme en réel palpable, que de suspendu dans la non localité et l’éternité indifférente il se matérialise dans l’espace et le temps.

La photo représenterait l’univers 380 000 ans « après » le big-bang.

Bla, bla. Ni la mécanique quantique, ni la relativité générale , ni le bon sens ne disent que l’espace, le temps, sont quantités qui n’auraient l’une avec l’autre rien à voir, dans une neutralité indifférente,  surveillées de l’extérieur par un spectateur posant sur leur jeu le regard fixe et froid de l’être transcendant.

Bougez le coude : vous avez déplacé votre membre dans l’espace. Mais tout a bougé avec lui : le temps a coulé, les choses se sont transformé, vous avez respiré, le sans a tourné, des milliards de réactions biologiques ont pris place, des trillards de trillards d’interactions ont eu lieu.

Ont lieu.

Rien ne saurait être fixe. Le flux crée le sablier et la figure. Nous ne pouvons faire autrement que juger depuis le vivant. Toute connaissance est nécessairement ex-post tandis que la sensation est actuelle. Alors restons en aux plus indéracinables des évidences.

Quelles sont-elles ?

La première est celle de l’instant :

la sensation de l’existence est directe, toujours au présent. Le passé est une abstraction. Je touche maintenant l’os de dinosaure. Mais le dinosaure vivant est une abstraction. Le passé n’est pas réel. Il est reconstruit sur le terreau renaissant actuel de l’efflorescence phénoménale, que l’on peut comparer à  la décohérence quantique.

La seconde est celle-ci : bougez votre coude. Il a changé de place. Mais pas seulement lui. La scène entière et vous avec avez bougé dans le temps.

A cette double mobilité, dans l’espace et dans le temps, l’homme technique ne porte guère d’attention qu’à l’espace. Le temps est la toile neutre sur laquelle se déroulent des évènements essentiellement spatiaux. Par exemple un accident de voiture, dont on retiendra surtout la tôle froissé, un muret déchaussé. Mais on pourrait s’intéresser au moment où survient cet accident, et tenter de tracer toutes les lignes qui concourent à cet instant du temps.  

Avec le déplacement de votre coude, l’univers entier a changé, pas seulement la place de votre ulna. Double mobilité de l’espace et du temps centrée sur la perception qui évoque le temps des mythes et des rites, où la durée s’inscrit dans la chair des phénomènes, non pas à côté.  Le territoire et les jours ne connaissent pas les catégories fixistes abstraites de l’espace et du temps.

La durée n’est pas variable neutre. Elle détermine la topologie, le lieu, la forme de tous les instants « futurs » qui dérivent du présent. Ainsi le futur d’une espèce est en partie contenue dans le stock actuelle de ses gènes.  Pour certaines cultures, le futur est derrière, car il est inconnu, quand le passé est devant, connu.

Je suis persuadé que de nombreuses cultures souches, sans avoir aucun des outils conceptuels dont nous disposons, ont eu de la nature de l’espace, du temps, de la causalité des intuitions sensibles cohérentes avec les théories de la relativité et de la mécanique quantique.

A l’inverse, je crois que la représentation contemporaine de l’espace et du temps est factuellement fausse (et au surplus dangereuse). Les mythes inconscients que nous projetons sur le temps et l’espace nous privent d’une sensation plus juste des phénomènes du quotidien. Dans l’instant n’intervient aucune trivialité : le nanoscopique quantique rencontre la pluie cosmique dans l’œil du promeneur nocturne. Toutes les échelles interagissent. 

Les Sauvages levaient le bras et touchaient le ciel. Le mythe est vivant. Le monde, sa magie, ses couleurs sont la source  où l’univers miroite en lui-même sans autre raison que de miroiter. Il y a un premier moteur, un outre monde, mais tabou, interdit, ineffable, indicible.

A l’inverse l’homme occidental croit qu’il existe des lois - credo, credo ! - au sein du maelstrom phénoménal dont la connaissance lui permettrait de percer le mystère de l’univers, se rendît-il possesseur de la mère des équations, d’une théorie des théorie, d’une théorie du tout. Mais ces lois, nous ne pouvons les formuler qu’en usant de symboles et d’opérations qui s’articulent en chaînes,  elles-mêmes produits ex-post, inscrites déjà comme toute description et tout dénombrement, dans la durée.

 

- 380 000 ans après le big-bang ?

- l’univers ayant 13.7 milliards d’année nous avons donc réussi à remonter de 13 699 620 000 ans !!!

 

380 000 ans ? Est-ce beaucoup ou peu ? Le sens commun se méprend sur la brièveté de la seconde. A cela il y a une raison. La seconde est peu ou prou l’empan de notre perception triviale : on ne se souvient plus au bout de quelques secondes d’un numéro de téléphone composé ; le temps de réaction typique entre perception d’un feu passant au rouge et l’appui sur la pédale est de quelques dixièmes de seconde. C’est en comparant le balancement d’un lustre à son propre pouls que Foucault aurait découvert la période du pendule : le mètre, congru au bras, bat la seconde, congrue à l’entendement.  Mesure anthropomorphes toutes deux : c’est à ce seuil qu’intuitivement se fixent et la préhension brachiale et l’appréhension réflexive triviale.

Toutefois les durées inférieures à la seconde n’échappent pas à la scrutation des savants, neurologues, cogniticiens, et physiciens.

Ces spécialistes s’intéressent à des « évènements » primitifs qui par une cascade en boule de neige de cohortes de trillards d’interactions, d’arborescences fractales, d’empilements, de strates, de spiralement constructif,  de complexification où fulgurent à chaque échelle de nouvelles émergences et synthèses mènent quelques « instants » plus tard à une idée sous notre crâne.

L’échelle de des évènements « cognitifs » simplex est celle de l’atto-seconde (10-19 s.) On le rappelle : si l’on dilatait chacune de ces atto-secondes pour les grossir à la taille d’une seconde, alors la seconde dilatée dans la même proportion durerait plusieurs milliards d’années.

La durée triviale, la limite en deçà de laquelle les phénomènes perdent leur clarté peut nous paraitre courte. Mais le physicien, le biologiste, le neuro-spécialiste savent qu’elle est touffue et grosse du présent. Le battement de l’atto-seconde contient en germe la longue et lente surgence du présent trivial, la complexification explosive de l’étincelle, l’auto-synthèse de vibrions génératifs en masse biologiques auto-répliquées. 

L’évidence sensible de la durée triviale est la pointe émergée de cette superposition dynamique, de ce grouillement, de ce foisonnement de battements, du plus ample au plus ténu. Chacun oscille en sa durée et lieu propre tandis que la superposition instantanée de chacun des espaces et durées singulières construit le phénomène,  figure macro-phénoménale dont la stabilité reste assise sur le flux. Vivre, c’est manger, respirer, excréter.

L’évidence sensible, triviale, est la trajectoire de la singularité  inscrit dans me flux qu’elle croise. Elle est la queue de la comète singulière lancée sur son erre au sein du gigantesque hologramme que pourrait être l’univers dans une théorie ondulatoire des champs où rien ne s’exprimerait qu’en terme de variations, de figures d’interférences, de stabilités dynamiques : vortex, hologrammes, fractales, oscillateurs. Chaque partie de l’hologramme renvoie au tout, que cela soit dans l’espace, mais aussi dans la durée.

Le phénomène est cette superposition d’instants alignés, dont chacun frappe sa propre monnaie de lieu et durée. Lors,  rien d’étonnant que l’univers entier se construise en une poignée d’instants. Rien d’étonnant qu’en une poignée d’instants explosent, s’éploient, s’intriquent, s’organisent au long d’inimaginables synthèses les chaînes biologiques qui finalement me permettent de penser, écrire, transmettre. 

Il suffit de cette poignée d’instants pour construire le monde sensible, pour distinguer un avant et un après au sein des représentations ; une cause et une conséquence. Elles ne sont au fond que l’illusion intrinsèque de ma trajectoire déroulée sur le fond holographique infiniment fractal de l’univers, et constituent un film d’images où des évènements se suivent dans un ordre récurrent.

Il n’est pas nécessaire que ce fond contienne en propre aucune cause ou aucune conséquence pour ne pas néanmoins admettre sans les contredire toutes les consécutivités, durées, espaces relatifs aux singularités qui le parcourent.

Toute trajectoire, toute singularité emporte son espace propre, reflet singulier dans le miroir holographique dont elle est pourtant une image totale. Toute image de l’univers que collecte la singularité ne peut pas ne pas refléter sa position unique dans l’univers. De sorte que tous les objets de son environnement, fussent-ils psychiques, sont également le reflet de cette position singulière dont ils ne peuvent s’extraire.

Le photographe a exposé au dixième. Mais nous savons qu’en un dixième de seconde, d’indicibles processions de milliards et milliards d’évènements se sont intriqués, pour nous amener le monde et moi, visibles  et vivants, ici et maintenant, tandis que simultanément dans mon dos l’univers bruit, résonne, vibre, craque d’une quantité colossale d’évènements, d’interactions, de chocs, d’influences, de conjonctions, de discrétions, d’abimes.

La superposition instantanée de tous les états, de toutes les dimensions, de toutes les échelles : voilà l’image, la chair de la sensation, de la réalité, de l’espace, de la durée. 

Le photon, voyageant dans le vide a une vitesse proche de la lumière, m’apporte soudain l’information d’une étoile qui brille au ciel. En échange de quoi il disparaît, ou au moins cède une partie de son énergie.  Ce miroitement peut s’interpréter comme l’image présente du lointain passé de l’étoile. Mais il est d’abord présent. Je n’ai pas la possibilité de m’extraire de ma durée et de mon lieu. Ce que je vois, c’est maintenant un ciel étoilé. L’histoire que je plaque sur ce ciel, apparaît-elle scientifique, ressemble à ces totems animaux, à ces héros, dont les mythes peuplent la voûte du ciel : des « histoires » à rebours, des rationalisations secondaires.

Sur ma rétine singulière lancée dans l’univers se brise la course d’un photon. L’élan brisé devient information : il y a une étoile là-bas au fond du ciel.

Voilà l’événement vu côté rétine, côté cerveau, côté conscience, le plus en arrière plan des écrans.

Mais que s’est-il passé coté photon, ce paquet d’onde centré ? S’il voyage à la vitesse maximale, explique la théorie, il est sans lieu et sans durée. Aucune durée ne teinte son éternel présent comme il glisse ineffable dans le vide et s’éploie dans toutes les directions sans perte ni effort. Soudain il percute quelque chose. Son paquet d’onde oscille comme gélatine, se dissout, transmet son énergie : une information se crée, une perspective nouvelle se dessine. Absorption du photon : voilà la racine de la perception, voilà où se dissout l’éternel glissement immobile dans le vide du photon.

Au lieu du choc, un nouveau système oscillant,  une figure d’interférence nouvelle, un vortex original, un attracteur original, réduits, décohérés, inscrivent le halo de leur espace temps 

Mais le photon,  qui rend possible la succession des scènes – aucune  interaction n’est possible dans l’univers sans échange d’un moment, d’une particule - ne contient pas le temps qu’il propage. Sa glissade à la vitesse-limite s’effectue hors du temps.

Le photon qui initie l’information d’où émerge une représentation inscrite dans une durée et un espace singuliers plane aux conditions limites «  à l’horizon » dans un référentiel éternel qui ne contient ni avant, ni après, ni cause, ni conséquence. Et pourtant, le photon éternel crée l’espace et le temps au lieu où il est absorbé, détruit.

L’espace-temps n’acquiert une forme que lorsque le fond perd un degré de symétrie, décohère. La lumière sur la mare primitive aura eu un effet chiral, puisque l’intégralité des molécules du vivant dévie la lumière sur le droite.

Le photon glissant dans le vide à l’abri de toute interaction est le cas idéal, limite, à l’horizon. Tous les photons ne voyagent pas à la vitesse de la lumière, C. Souvent leur « vitesse » n’est qu’une fraction de C : C/n (Russel). Or C réfère à l’espace-temps, cette quantité mêlant espace et durée comme trame et chaîne, desserrant plus ou moins les relations entre elles comme C s’éloigne de sa valeur limite et rejoint les limites sensibles du trivial.

Certains bolides photoniques idéaux glissent « infiniment actuels » sans affecter l’espace-temps ni être affectés en retour. D’autres, moins célères par rapport à la vitesse limite sont « moins infiniment actuels ». On le vérifie à l’aide  l’instar d’horloges atomiques dont les présents synchrones à terre divergent quand leur vitesse relative sur le fond de l’univers change, l’une étant mise en orbite.

Notre présent est bien la somme instantanée de tous les présents relatifs à notre singularité , la superposition synthétique pérenne d’une figure sur un fond labile d’ondulations, de vibrations, de résonnances, exprimée depuis les échelles cosmologiques quasi unitaires (C proche de 1) jusqu’aux limites nanoscopiques, quantiques. Dans les deux hypothèse, de manière remarquable, les limites nano et macroscopiques intègrent le nombre de Planck.

Un téléfilm des années 70 montrait un cobaye dont le temps propre par quelque miracle scientifico-cinématographique avait été poussé aux abords de la vitesse limite. Il se trouve plongé dans une métropole trépidante, où tout, a part lui, est presque immobile. Son univers et l’autre courent en parallèle, bien que centré sur le même présent. La forêt des gestes de la foule se meut à la vitesse de pousse des séquoia. Les véhicules sur les boulevards s’écoulent à la vitesse des glaciers. Le héros tente en vain de rester suffisamment longtemps immobile pour se rendre perceptible. Mais quelle réaction « rapide » espérer ?

« Rapide, lente, brève, fugace » : qualificatifs utiles mais trompeurs. De son propre point de vue, la singularité n’est ni lente ni rapide. Elle existe depuis et au sein de son propre espace-temps, qui règle pour elle le pas des évènements.  Elle ne peut avoir d’autres références que sa propre durée intrinsèque, triviale, évidente, centrée sur l’instant.

Toutes les échelles de durée coexistent toutes centrées sur l’instant et synthétisant différentiellement diverses échelles centrées sur le phénomène : moi, ma vie, mon horizon, mes projections. La chauve-souris, dont le monde est fait d’échos kilohertziens, l’éphémère dont toute la vie est contenue en une journée,  la mouche qui dans une salle de cinéma ne voit qu’une succession d’image arrêtées, le colibri dont les ailes battent si vite qu’elles échappent à la scrutation humaine quand pour l’oiseau le battement est adéquatement lent pour le contrôle du vol, ont de l’espace et de la durée une sensation, une connaissance tout aussi triviales et évidentes que la mienne, mais qui ne coïncident pas nécessairement, sauf en un point de capiton, l’instant. Et la particule qui interagit à haute énergie et haute célérité pour s’anéantir presque immédiatement, aura duré de son propre « point de vue » spatio-temporel presque infiniment.

La superposition vibratoire, la figure d’interférence à l’intersection d’une trajectoire et d’un flux : voilà le phénomène. Encore faut-il disperser une possible interprétation erronée. Il n’y a pas « d’abord » les infra-évènements cognitifs battant l’atto ou la femto seconde, que la seconde contiendrait comme des sous-multiples. La seconde n’est pas le simple cumul d’évènements simplex, de sorte que la seconde contiendrait 1019 atto-secondes. Car à ces dernière échelles interviennent des phénomènes quantiques sans durée ou lieu intrinsèques. L’atto-seconde et la seconde coexistent : leur centre mutuel est l’instant : leur rapport est celui du simple au complexe plutôt que du simple au multiple.   Toutes les durées sont singulières et toutes centrées sur l’instant. Le temps trivial est la superposition singulière – durée et lieu - de tous les évènements partie prenante du phénomène, chacun battant  son rythme propre dans un espace propre. 

Dès lors, une portion d’univers translatant dans le flux s’apparente à une succession d’états, une succession de diapositives. Mais selon qu’on en considère la succession, ou par transparence l’empilement, les idées qu’on se forme de l’espace et du temps divergent radicalement.

Pas la moindre pensée, pas la moindre émotion, pas la moindre sensation, pas le moindre percept n’échappent au flux de sang nécessaire à l’oxygénation du cerveau qui renvoie à la nécessité de manger qui elle-même traduit la nécessité du vivant de se maintenir loin de l’équilibre pour constamment recréer son ordre propre (néguentropie).

L’hologramme, le vortex sont des figures qui rendent accessibles à l’intuition la relation entre consommation et pérennité, entre stable et stochastique, entre figure et flux. 

Comme l’hologramme, le vortex est une figure dynamique pérenne dans le flux. Flux, d’eau, de rayonnements, d’énergie,  constituent la condition de stabilité du vortex : le mouvant conditionne le pérenne. Les mathématiques du vivant, en tant qu’il ne se maintient que par le flux de nourriture qu’il entretient, considèrent l’organisme comme un vortex, un attracteur étrange créateur d’ordre sur un fond entropique. 

Les conceptions de la mécanique classique, celle qu’ont retenu la plupart des gens et dont les élites  parviennent peu à se dégager, restent fixistes. Il existe des objets externes permanents.  Le flux, l’impermanence phénoménale, la non pertinence essentielle de la consécutivité s’intègrent mal au sein de l’interprétation judéo-chrétienne de l’univers, marquée par une durée tendue entre un début et une fin suivie de la résurrection des corps.  Le judéo-christianisme affirme à la fois la matérialité du monde et son inscription dans l’histoire. Les philosophies asiatiques doutent à l’inverse de l’histoire et des apparences phénoménales.

Ici on insiste sur l’externalité - je peux manipuler des objets, les changer de place sans qu’ils se transforment ; là, on tend la focale sur l’internalité de la sensation, le dialogue actuel et singulier d’un centre avec un tout qui l’englobe. 

Toutefois, relativité, mécanique quantique, oscillateurs logiques, structures ensemblistes, neurosciences in vivo, etc, ont des dernières décennies brouillé la nette distinction cartésienne entre esprit et matière, entre phénomène et raison.

« Bye, bye, les points. Vous avez fait du bon travail mais vous êtes désormais inutiles » s’exclame Souriau, qui propose de les remplacer par des matrices, où temps et espace constituent des variables subjectives tandis qu’intervient la constante de Planck, comme reflet de la nécessité. Il ne s’agit plus de faire comme s’il existait une réalité extérieure tangible et un observateur, neutre, transparent, mais d’étudier comment fonctionne cette dyade dont les pôles n’existent pas l’un sans l’autre. 

Fondamentalement relativité et mécanique quantique – et fort notablement l’intrication quantique - disent que le passé est une fable. Cause et conséquences entretiennent des relations non pas linéaires mais complexe,  car la durée elle-même est une explosion complexe instantanée.

Le passé est une fable. Imaginez le scandale !

Sans temps, que faire de notre histoire, que faire de Mahommet, de Jésus, du Progrès, de la Croissance, de Dieu, de la Raison  ? Sans futur comment croire aux promesses d’un chef ? Sans désir repoussé, comment accepter le travail et sa douleur présents sans l'espérance qu'ils combleront demain nos désirs ? Comment justifier l’agio ?

On vit très bien sans histoire. On vivait très bien. 

Les aborigènes d’Australie ont traversé plus de quarante millénaires sans annales autres qu’orales, autres que peintes sur les parois ou inscrites dans la roche, et même dans leur gène puisque la culture, en autorisant ou non telle ou telle union favorise certains gènes plutôt que d’autres. La culture des Aborigènes d’Australie constitue la culture la plus durable historiquement connue. Peut-être y en eut-il de plus durables encore, leur trace à jamais enfouies dans les profondeurs paléolithiques ? Avant de sombrer devant Chronos et son big-bang, les aborigènes d’Australie traversèrent des milliers d’aubes sans se préoccuper d’histoire. Ce dédain fit leur pérennité. Leur représentation de la durée, où l’hier et le demain étaient sans pertinence, leur permis de durer.Temps cyclique, sans nette séparation entre le rêve et le réel, le présent et l’outre-monde, la durée et le rite.  Séries alternées d’aubes, de crépuscules, de chasses, d’affûts, de fulgurance de la lance qui tue, comme perdure co-présents le monde palpé et le monde rêvé, où communiquent le chasseur éternel et sa proie éternelle. 

En dessous et au dessus de l’alternance des jours, le lieu où le serpent mythique a de toujours rampé, le kangourou boxé, les anciens gravé le rite que l’on revivra au long des siècles, renouvelant toujours ce lien entre les hommes et leur univers. Le rite transforme le corps physique en corps magique, en corps transcendant : battements, clapements, cliquètements,  rythmes, pas, danses, muscles, sueurs,  halètements viscéraux du didjeridoo, transe ! A la lueur mobile du fanal, renouveler le monde tel qu’en lui-même le songe l’a laissé. Chaque génération retrace l’ancien trait, l’antique piquetage, prolonge une échine, emprunte une ligne pour esquisser la croupe d’un autre animal, suggérant une perspective.

Le rite est bien cette perspective de recréations magiques périodiques,  cette superposition à travers la durée d’intentions toutes polarisées autour d’un même centre. Qu’importe que les plans s’imbriquent, que les figures se superposent ou empiètent les unes sur les autres. A travers nous, les ancêtres continuent de rêver le monde, toujours mobile sans cesser d’être le même. 

Ces conceptions, à l’instar des théories d’avatars, de démons et de déités de l’hindouisme, relèvent d’intuitions essentielles que la mécanique quantique ou la relativité dévoilent par d’autres voies.

Si la théorie est juste, le big-bang continue à se produire à l’horizon et au delà. Einstein limite l’extension de l’univers à l’horizon d’au delà duquel aucune information ne peut plus parvenir.  Des marges visibles de cet horizon nous parvient un instantané anthropomorphe « 380 000 ans après le big-bang ». Faut-il  en conclure que le big-bang dure, qu’il ne cesse de se produire ? Ou bien que la question du temps est une question mal posée, comme le dit Wittgenstein à propos de Dieu ?

Les résistances à une nouvelle interprétation de l’espace, du temps, de la causalité, seront nombreuses, mais pas insurmontables. Les outils physiques, astronomiques, mathématiques, logiques existent pour soutenir des conceptions nouvelles. Il faut rester l’esprit « open », comme nous y invite  le moraliste Jean-Claude Van Damme. 

 

(1) Ceci suggère, à titre très conjecturel,  une  relation de l’espace à la durée de la forme E m D, m étant un opérateur matriciel autorisant l’orthogonalité, où pourraient intervenir des nombres zétas, qui rendraient compte des intégrales de chemin. Dans la soupe on pourrait jeter des irrationnels, les nombres premiers, et nécessairement,  comme le propose Souriau, le résidu de Planck.

 

Repost 0
Published by Stephane Calence - dans Iilosophie
commenter cet article
14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 21:37

Cahuzac : probablement l’arbre qui cache la forêt. Comme hier, comme lorsqu’il s’est agi lors de la révolution française d’exclure le tirage au sort des représentants du Peuple, comme plus tard il s’est agi d’exclure les pauvres du suffrage, lorsqu’il s’est agi d’exclure les femmes du suffrage, les mêmes arguments peu ou prou reviennent : il s’agit d’une question de morale. Si les hommes politiques étaient bons, tout irait bien. Il suffit donc qu’ils soient bons. Bravo bisounours. Les hommes politiques ne sont intrinséquement – avant qu’ils aient des responsabilités –ni meilleurs ni pire que les autres.

Par contre notre système politique – et singulièrement le système partidaire – attire les plus ambitieux : au sein de ce système ils réussissent grâce à leurs qualités (relatives à ce même système) : aptitude au mensonge, attrait sans frein du pouvoir, absence de srcupules, avidité, cupidité, égocentrisme enfin qui permet d’avoir raison de tout système moral sur la base du « si ce n’est moi ce serait pire ».

Méfions-nous : ils ne sont pas tous pourris. Aux niveaux les plus bas, ils ne sont pas nécessairement amoraux (pas nécessairement : mais même au niveau d’une commune, les tentations sont tellement grandes de privilégier des amis – de telle sorte qu’un terrain qui ne vaut rien devienne demain la poule aux œufs d’or – que seuls les ignorants considèrent que la base reste saine. C’est une erreur. La pourriture de la tête justifie les impérities de la base.

Il arrive que les élus soient honnêtes : mais alors c’est structurellement le système en son entier (multiplication des niveaux : communes, communauté de commune, département, régions) qui les rend ineptes et inefficaces. A cela il faut ajouter le recrutement des impétrants politiques dont la logique sélectionne un certain type de candidats, principalement fonctionnaires  (garantis de retrouver un emploi à l’issue de leur mandat) : leur formation ne leur permet pas de comprendre la logique intrinsèque de création de valeur. Ils sont dès lors une proie facile des grands prédateurs capitalistes qui les dévorent alors à belles dents, au détriment de leurs administrés.

S’ils ne sont amoraux, ils sont structurellement incompétents.

L’idée bisounours qu’il suffirait que les responsables politiques soient meilleurs pour que tout aille mieux ressemble donc trait pour trait à l’idée que si le prolétariat guidait le monde, parce qu’intrinsèquement le prolétariat serait meilleur, tout irait mieux. Or la question n’est pas celle de la personne : elle n’est que le lieu où s’incarnent des forces politiques antagonistes , dont la personne est l’instrument seulement, nullement l’acteur. Voire Staline ou Mao. La problématique de Mao ou Staline ressemble trait pour trait à celle d’un président de la République élu au suffrage universel. Une fois choisi, il a licence de construire démocratiquement la dictature. Il suffit de nommer « démocratie » la dictature. (Mao, Staline, Kim Jung En présidaient ou président aux destinées de démocraties, populaires comme d’autres sont bourgeoises).

Il ne s’agit pas que de poudre aux yeux : chacun réclame sa propre aliénation pourvu qu’elle soit conforme à la fiction de la liberté que lui décrit son maître. Les Coréens du Nord, sans nul doute, tiennent à leur aliénation car elle leur garantit la Liberté en tant que Nation.

Nous n’agissons pas différemment : nous voulons être libres dans la limite de notre aliénation. Notre aliénation garantit notre liberté.

Il s’agit d’un cercle vicieux, une fatalitas dont il faut sortir si l’humanité veut un avenir.

La question n’est pas celle de la morale – dont l’aune se réduit trop facilement à la personne. La morale concerne la groupe, la communauté. Nombreux sont les occurrences ethnographiques où le chef est constamment accompagné d’un « gardien », d’un « fou » chargé de décapiter le chef s’il manque à ses devoirs collectifs.

Les démocraties modernes manquent de ces dispositifs, parce que justement elles accordent une valeur irrationnelle et a-scientifique au libre arbitre de la personne – élu ou électeur.

Loin des obscurantismes libéraux ou communistes, il s’agit de construire une mécanique politique (une constitution, des lois, des règles, prenant en compte la coutume) reconnaissant la labilité personnelle et la compensant par des mécanismes politiques qui ne violent ni la personne ni la collectivité. Toutes les lois naturelles  incitent à penser que la désignation au sort de la représentation politique constituerait une avancée décisive dans le contrôle de l’humanité sur son propre destin.  

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 01:22

Cet article n'est pas vide

Repost 0
Published by Stephane Calence
commenter cet article

Mailtsao@yahoo.com

  • : Le BEAU BLOG BLEU de postnéo
  • Le  BEAU BLOG BLEU  de postnéo
  • : Le BEAU BLOG BLEU (post néo) réfléchit avant d'y penser. Composé d'oreilles d'yeux de peau et d'encéphale il est bleu et maintient toujours son quant à soi un poil au dessus du vide. Le dé est sa raison. Pourquoi s'encombrer de plus de pinceaux ? Le blog bleu est un bol digeste de salade stochastique façon pizza ou niçoise. Tout un univers.
  • Contact