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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 20:55

La croyance contemporaine est que la physique

recèle des Lois qu’il suffirait d’étudier pour comprendre le monde .

Cela nous donnerait la recette transformant  l’ α en l’ω,

ce qui nous rendra heureux.

 

Les choses ne sont pas si simples.

Car ce que l’on observe,

c’est toujours soi en train de s’observer.

On ne peut faire autrement,

même si l'expérience est reproductible

et le résultat prévisible à souhait :

frapper mille fois le poing contre le mur 

fait mille fois mal.

La cinétique du poing est relativement bien connue.

Mais ce qu’est subjectivement la douleur,

comment la connaître ?

Etonnant, oui, qu’au genre près

la physique et le physique soient le même mot.

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 12:39

Compte rendu du congrès fondateur du NPA Rhône Alpes tenu à Lyon le 17/01/2009

Quelles relations entre Ecologie radicale et le NPA/LCR ?

 

 

1 - Congrès fondateur du NPA du Rhône

2 - Le travail

3 - Quelle utopie ?

4 - Impact politique du fonctionnement du NPA

5 – Ecologie

6 - Démographie de la LCR/NPA

7 - Forces et faiblesses relatives des OC versus NPA/LCR

8 - Quels rapports entre écologie radicale et NPA/LCR ?

 

 

 

1 - Congrès fondateur du NPA du Rhône

 

Le congrès fondateur du NPA du Rhône s’est tenu à Vénissieux ce samedi 17 janvier 2009. J’y étais. Ont été discutés quelque 80 amendements aux principes fondateurs, statuts, déclaration politique, proposition de nom – le NPA restant la dénomination préférée -  désignation des délégués aux congrès fondateur du NPA à Paris, prise de candidature au conseil politique national qui sera élu lors de ce même congrès fondateur. La règle adoptée à Lyon fut un délégué pour dix présents, ce qui a conduit à l’élection de onze délégués à parité des genres. Outre quatre délégués proposés pour leur implication, un délégué représentant la jeunesse, les autres ont été désignés par leurs collectifs, sur une base géographique, encore qu’il existe aussi un collectif « chimie ».

.

La question de la représentativité des sensibilités politiques, que j’ai soulevée, a occasionné un vif débat, parfois tendu. Benoit, alternatif, Esteban (OC), Elsa (Audaces) sans concertation préalable se sont ralliés à la position de la nécessité d’une représentation de la sensibilité alter et OC soit représentée. Nous arguâmes que l’écho de nos idées était plus large et transversal que notre audience apparente, notamment à considérer les amendements provenant de la colline qui travaille (Croix Rousse). Notre faiblesse, plaidâmes-nous, résultait de notre tradition d’organisation différente, tradition au surplus fort peu profonde. Il fallait protéger la pousse plutôt que le tronc.

 

Appartenant au surplus à divers collectifs, notre proposition était de tirer l’un de nous au sort pour représenter la sensibilité au congrès fondateur du NPA à Paris. En contrepartie de quoi, il fallait qu’un des membres de la LCR se désiste. Les camarades ont semble-t-il également oublié (argument qui ne fut pas mentionné) que la liste Audaces ayant recueilli le plus de voix lors des dernières élections municipales fut celle menée par une décroissante ( Sophie Divry).

 

On rétorqua que nos idées étaient déjà présentes au sein de l’AG et qu’il n’était donc pas nécessaire qu’elles bénéficiassent (j’adore les plus que parfait du subjonctif, pas très prolo, mais j’ai eu des cals sur les mains à manier la pelle, donc je m’en fous) . Il est vrai que les manifestations de soutien ou de sympathie ne manquèrent pas. Pour autant des distinctions telles qu’altermondialisme/altermondisme, des termes comme effet rebond, distributisme, démocratie directe sont soit inconnus soit très mal compris.

 

« Nous sommes tous antiproductivistes », intervint un camarade,  insinuant ainsi qu’il n’y avait pas de nécessité d’une représentation spécifique des Alter-OC. Mais le contexte de son intervention indiquait clairement le sens pour lui d’antiproductiviste, savoir : « ralentir les cadences ».

 

Bref, le presbyte ne voit pas l’évidence au bout de son nez et on ne démordit pas en face de nier notre spécificité. Notre demande fut repoussée par l’assemblée, par environ les trois cinquièmes des voies.

 

La question de la représentativité des tendances se compliquait de l’existence de la Fraction Etincelle, dissidente de LO si je comprends bien – bien rouge propre sur elle -  qui compterait douze ou quinze camarades. On parla de bourrage de candidature quand il était clair qu’on avait en face affaire à du classique entrisme.

 

Le hasard faisant bien les choses, il s’est trouvé que les désignés (comment l’ont-ils été ?) sont pour moitié membres de la LCR. Plus étrange encore, ils sont mâles, les nouveaux entrants étant des femmes. Révélateur ? Je me demande si au fond notre proposition n’a pas heurté une occulte consigne infrangible antérieurement adoptée au sein de la LCR. Les réunions LCR n’ont en effet pas cessé. 

 

 

2 - Le travail

 

Une discussion au sein du collectif 7/8 que j’avais soulevée sur le travail avait suscité une motion collective pour la suppression d’une définition faisant de la personne un travailleur. La motion a été repoussée par environ 40 contre, 30 pour et une quarantaine d’abstention.

 

Nous plaidâmes que le travail est aliénation : on nous répondit que le travail est production, c’est à dire, pouvoir d’achat, émancipation.  Emancipation du souci matériel que le socialisme scientifique est sensé faire advenir

Certes le travail est le signe de l’aliénation. Mais dès lors qu’il est aliéne, le travailleur ne constitue-t-il la classe politique la plus apte à construire le rapport politique nécessaire à l’abolition de son aliénation.

 

Pourtant, dès lors que serait abolie l’aliénation, on ne serait plus travailleur ?

La question n’est pas vraiment élucidée.

Il semble qu’on passerait d’un travail au service du capital à un travail au service du collectif, socialisé, avec des services publics importants, des entreprises importantes et de l’emploi. Un peu comme aujourd’hui, sauf pour l’emploi. Mais on resterait des travailleurs.

Il faut noter un certain dolorisme militant au sein de la LCR ou LCR-compatible au sein du NPA.

Tripalium, dolorisme ; on ne s’en sort pas. Le travail comme souffrance nécessaire et comme rédemption.

 

Des mots comme ouvrier, classe ouvrière travail ont également fait débat dans l’assemblée

Le travail notamment est certainement ce à quoi les jeunes camarades entrant au NPA sont les moins prêts à s’identifier.

Malaise : défendre avec une telle âpreté la valeur travail fait furieusement penser à l’insistance sarkozyste. Le travail demeurerait comme raison fondamentale de la vie. Seule sa couleur changerait. Comme Orwell nous y invite,  on nommerait l’aliénation « émancipation ».

Plusieurs interventions soulignent qu’à insister sur les mots travail et salariés, on exclut les chômeurs, érémistes, déclassés, errants, SDF, marginaux, etc…

 A noter qu’un amendement contenant les mots « spirituel », « esprit » a été rejeté.

 

3 - Quelle utopie ?

 La révolution tient une large place dans langage NPA/LCR ? Mais il semble qu’il y ait peu de travail de construction théorique. Ainsi qu’arrive-t-il après la révolution ?

Il semble qu’on se pose peu ce genre de question à lire les textes et entendre les paroles.

Peut-être sautera-t-on directement dans le communisme ? Ce qu’il adviendrait après la révolution n’est pas clair. On ne parle pas des institutions à construire, d’un nouveau mode de représentation. On ne remet pas en question le scrutin. La question du tirage au sort n’est pas évoquée.

La démocratie directe est très mal comprise. On croit qu’elle se limite  à celle que nous croyons pratiquer face à face dans nos échanges. On ne s’interroge pas sur l’articulation à donner entre démocratie directe et démocratie déléguée (dite représentative). L’auto-gestion est rarement mentionnée (à l’exception de la fraction Etincelle qui mentionne ….mais oublie l’entreprise).

 Mais la  révolution, mal préparée, dans les esprits, théoriquement et politiquement,  résoudra-t-elle quoi que ce soit ? N’est-ce pas plutôt le basculement qu’il faut préparer, comme une balance pivote sur son axe sous une force suffisante. Faute de quoi on est condamné à répéter les mêmes erreurs.

 En bref, y a t-il une utopie originale, autre que celle, imparfaite et datée, théorisée voilà presqu’un siècle et demi ?

 

4 - Impact politique du fonctionnement du NPA

 

Les réunions du conseil politique se tiennent toujours à Paris. Ce n’est pas sans signification, sans biais.  Paris : pour un parti qui veut abattre l’état, ça sonne étrange.

Beaucoup d’adhérents viennent de rejoindre le NPA. Ils sont jeunes et sans beaucoup d’expérience politique. Les camarades de la LCR sont plus âgés et très expérimentés.

 Le type de désignation, essentiellement géographique (par quartier) n’est pas sans répercussion importantes. En réalité, il est un excellent moyen décentralisant de centraliser avec force. Aucun collectif en effet ne saurait lutter contre le centre. Où est ce centre. Le fait que les comité politique national par tradition LCR s’est toujours tenu à Paris indique clairement le lieu de ce pouvoir.

 J’ai présidé la séance matinale, et je restais au bureau durant l’après-midi, qui malheureusement s’avéra décisive. J’étais donc en bonne place pour noter ces mille riens – omission, tours de parole raccourcis, surdité opportune, qui font qu’une présidence habile et ferme biaise la parole dans le bon sens.

 Le bon sens : voilà le problème. D’évidence la présidente à ma gauche savait quel était le sens  de la lutte et combien il est légitime de défendre la ligne juste, même contre des voix discordantes. Tout le problème, ici, comme en démocratie, comme pour Sarko, est que la justesse de la ligne provient de la seule conviction personnelle, fût-elle encensée par la tradition ou la force collective. C’est bien là que gît le problème ; la tradition de la LCR, l’expérience de ses militants et la poigne de ses cadres, une cohésion ancienne, qui n’aperçoit qu’elle sent le rance.  

Il faut également noter parmi les jeunes recrues en pointe (désignée) une tendance identique à malmener la démocratie pourvu que la pureté soit plus pure.

 

5 - Ecologie

 L’écologie. Des propositions viennoises sur l’écologie clairement anti-nucléaires, anti-OGM ont été adoptées. Elles mentionnent la relocalisation de l’économie. Toutefois des termes comme empreinte écologique, effet rebond, distributisme ne sont pas mentionnés. 

 A voir l’insistance mise sur les mots travail, salarié, comment n’est pas comprise l’articulation entre aliénation de la personne et pillage de l’environnement, comment à leur racine commune se tient très profondément enfoui le prométhéisme rationaliste, il est à craindre que cette écologie ne soit guère différente du capitalisme vert. Vert sur fond brun, ou vert sur fond rouge : seule la couleur de fond changerait,.

 

6 - Démographie de la LCR/NPA

 

Premier constat : la LCR et le NPA regroupent avant tout des salariés (bien que les étudiants ne soient pas rares parmi les nouveaux entrants). C’est donc et avant tout un parti de classe, mais on pourrait tout autant dire quasi corporatiste. Effectivement sans travail et sans salariat, sans les entreprises qui les emploient et l’économie impliquant le travail, la LCR/NPA n’ont plus de raison d’être. Entre la sociale démocratie et la sociale démocratie, la voie future sera étroite, sauf à ne s’impliquer dans aucune alliance gouvernementale où la contradiction pourrait éclater.

 Face à la masse salariée, force est de reconnaître que les précaires, chômeurs, érémistes, marginaux, exclus, minorités visibles sont peu nombreux.

 Autre constat massif est la jeunesse des entrants et l’âge des militants de la LCR. La seconde est la relative inexpérience politique des premiers, la maturité et l’expérience politique des seconds.

Les jeunes camarades sont confiants et enthousiastes. La plupart n’ont pas d’autres affiliations que la rencontre lors de luttes.

Beaucoup n’ont pas l’expérience des assemblées, sont peu familiers des processus de parti. Pourtant ils entrent directement dans un parti, qui plus dont la tradition partidaire est forte. L’âpreté des luttes leur est encore inconnue. Ils ignorent tous les pièges et les manipulations. Même les styles sont différents.

 Il est certain que le NPA n’existerait pas sans l’effort et l’expérience des militants de la LCR. Mais dans la même mesure, ils transfèrent des catégories et des cadres politique vieillis.

 J’ai moi-même été membre d’une fraction marxiste léniniste. J’y suis entré car c’était là le seul vecteur d’action politique présent dans ma petite ville (qui est aussi celle de Cabu). Avec le recul, je crois avoir été moralement escroqué. Si l’expérience personnelle a une quelconque valeur, je crains que le scénario ne se reproduise à plus grande échelle avec la dyade LCR/NPA. Il semble qu’il existe un fossé entre les aspirations, les sensibilités, les représentations de la jeune garde et les esprits plus âgés et nécessairement plus rigides des militants de la LCR. La fusion sera délicate à réussir et il est à craindre que les lendemains qui chantent auront pour nombre des plus jeunes le goût amer des larmes.

Le risque, finalement, est que le mort dévore le vif.

 

7 - Forces et faiblesses relatives des OC versus NPA/LCR

 

Le NPA est certes le plus construit, le plus structuré (il faut reconnaître ce talent à la LCR et à la capacité d’engagement de ses militants) des partis à la gauche de la gauche, mais s’adressant quasi exclusivement à des salariés, sa composition démographique reste une faiblesse politique.

 Par contre le NPA/LCR dispose d’un ancrage social que n’ont pas les OC. Ils jouissent d’une compréhension, d’une audience et de relais au sein des salariés dont nous sommes cruellement dépourvus.

 Par contre, concernant le NPA/LCR, l’utopie, le projet politique global n’est pas au rendez-vous. Il est quasi absent, sinon en filigrane au sein des principes directeurs, qui ne sont que des généralités, rien de construit qui servirait à nourrir par exemple une constituante.

 Pour reprendre une distinction proposée en Avignon , celle du court terme, moyen terme, long terme/utopie, je dirai que l’écologie radicale est faible sur les deux premiers termes, forte sur le dernier et qu’il en est à l’inverse pour le  NPA/LCR. Par bien des côtés, nous sommes bien plus radicaux que le NPA/LCR.

 

8 - Quels rapports entre écologie radicale et NPA/LCR ?

 

Les éléments ci-dessus fournissent des éléments d’appréciation de nos forces et faiblesses relatives. Y a t- il un intérêt à entrer au NPA ? S’il ne s’agissait que d’audience, du poids relatifs des sensibilités, de travail de conviction et d’explication, on pourrait défendre l’option.

 Malheureusement, le spectre des vieilles pratiques plane. Nombre de jeunes militants sont totalement naïfs sur ce point.

Il faut pourtant poser les bonnes questions : l’argent, les financements (ceux de la LCR ont aussi leur part d’ombre) les locaux (Lyon n’en est pas dépourvu), les associations satellites, l’imprimerie de Montreuil, tout cela construit au long de décennies de luttes.Qui y renoncerait facilement sans être sûr que cela tombe entre de bonnes mains ?

 De bonnes mains, ce pourrait-être un comité politique national à parité LCR/NPA, comme il advint à Lyon. On pourrait souscrire à une telle parité. Sauf que le refus de voir apparaître à Lyon une sensibilité Alter-OC ne plaide pas dans un sens favorable. D’autant que les entrants au sein du l’assemblée constituante semblent passer à travers le crible invisible, intangible, mais bien réel, qui trie LCR compatibles et LCR incompatibles, la compatibilité faisant de vous un « désigné ».

 Il est donc à craindre que le NPA ne soit au mieux qu’une vaste opération de recrutement qui n’empêchera nullement, à plus ou moins long terme le tarissement idéologique.

 Si donc cette assemblée constitutive du Rhône fournissait pour l’écologie radicale une seule leçon, ce serait celle de la nécessité de se coordonner au moins. Quant à une participation au sein du NPA, à l’heure où j’écris, je n’y vois guère qu’un lieu propice à la démonstration, à l’explication de nos idées. Arène pour un travail de conviction et accessoirement de gain d’expérience politique et d’ouverture de nos problématiques (le court terme et le moyen terme)

Il faut en effet insister sur le fait que les idées et le vocabulaire des OC et de l’écologie radicale sont le plus généralement INCONNUES, bien que résonnant positivement. Beaucoup, dont l’esprit est mûr, entendent le mot  décroissance pour la première fois.

 Des alliances conjoncturelles ne sont pas à exclure, mais en ayant en tête les forces et les limites du NPA/LCR.

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 12:21

Le mot travail fait débat.

 Sommes-nous essentiellement des travailleurs ? Ne sommes-nous d'abord que des travailleurs ? Notre identité politique doit-elle principalement se référer au travail ? Si tel était le cas, en quoi briserions-nous d’avec la centralité de la valeur travail dans l’oppression capitaliste comme dans la tradition judéo-chrétienne ? Qu’est-ce qui distinguerait alors des sociaux démocrates et de leur pitoyable tentative d’adapter le capitalisme ?

 Le mot travail est un mot miné. Ses sens sont nombreux et il est préférable de les éclaircir pour ne pas tomber dans les pièges de la sémantique pernicieusement tendus par les classes qui définissent le sens, les concepts et les symboles. Les limites de notre langage fournissent les limites de notre monde, disait Wittgenstein.

 Marx lui-même emploie le mot travail dans deux sens différents :

-    travail, comme exploitation, comme temps aliéné, actvité subordonnée

-    et travail comme progrès de la condition humaine, comme progrès créatif.

 Travailler peut  vouloir dire : assurer sa subsistance. Mais est-ce que je travaille librement ? Est-ce que je choisis mes conditions de travail, l’environnement économique de mon travail ? Les conditions dans lesquelles je dois « gagner ma vie » sont celles qu’on m’impose. L’emploi est celui qu’on me donne, dans des conditions de rareté, de chômage, crées au nom de la compétition économique,  ni égalitaires, ni équitables et destructrices du tissu social et de la planète.

 Travail comme devoir vital et travail comme nécessité vitale sont deux conceptions bien distinctes.

Comme devoir assumé, le travail est liberté. Comme nécessité incontrôlable, il me domine.  Chômeur, érémiste, stagiaire, intérimaire, intermittent, précaire, salarié, je ne suis jamais débiteur de ma vie que par la spoliation que d’autres font de ma force de travail et ma créativité.

 Mon droit à vivre, à exister, à travailler, est absolu. Je n’ai pas à gagner ma vie. Je n’ai pas à la justifier. Vivre n’est pas une dette. C’est mon droit absolu. En conséquence, il est aussi de mon droit est absolu de réclamer, de saisir de vive force si nécessaire, les éléments fondamentaux de ma subsistance : nourriture, vêtement, santé, espace, sol, toît, chaleur, eau, air. 

 L’école, les média, la publicité, les technologies, les normes , les règlements,  les lois sont là pour me persuader du contraire. Que rien ne m’appartient. Que rien ne m’est dû. Que c’est un devoir de travailler plus gagner plus pour dépenser plus pour travailler plus, pour polluer plus, pour gâcher plus l’avenir collectif et global.

 Le travail n’a valeur positive que s’il permet l’autonomie économique, c’est à dire politique de la personne. S’il s’agit simplement de reproduction de la force de travail, voire son épuisement à terme (c’est aujourd’hui le cas avec les travailleurs pauvres) le travail n’est qu’aliénation.

Travail donc veut dire tout à la fois autonomie et aliénation. « L’esclavage c’est la liberté » disait Orwell (1984)

 Les aristocrates de l’ancien régime avaient en horreur le travail subordonné. Mais il leur importait de transmettre ou d’accroître l’héritage et le prestige de leur lignées, ce pour quoi ils ne ménageait pas leurs efforts ni leur travail. Rome distinguait l’otium, activité intellectuelle, artistique, politique, et les tâches pénibles ou répétitives de gestion et de production, confiée à des esclaves. Dans une entreprise, le travail gratifiant n’existe qu’aux étages supérieurs. Dans un sens on peut même dire qu’en haut on ne travaille pas. Mais entretenir la confusion à pour l’exploiteur des avantages nombreux.

 Rien ne peut justifier les occupations harassantes et débilitantes qui sont le lot de la plupart des salariés à la chaîne, caissières, horaires dissociées, pathologies musculo-squeletiques liés au travail, temps de trajet interminable, courses, ménage, paperasse qui sont encore un travail puisque mon emploi ne me sert qu’à acquérir l’argent pour payer – en dehors du temps rémunéré – ma subsistance personnelle quand il se confondait auparavant avec la tâche de vivre. Nous travaillons double et nous n’avons plus le temps de vivre, d’être humains. Avec ce genre de travail, nous ne sommes plus que des machines à produire au service des « ismes », leurs esclaves. Quel révolutionnaire défendrait ce genre de travail ? Qui accepterait, usant du mot travail, pérenniser l’ambiguïté qui n’est au fond que l’arme pernicieuse de notre aliénation ?

 De toute l’histoire de l’humanité, préhistoire comprise, nous n’avons jamais tant travaillé. Toutes les études anthropologiques le confirment. Jamais le temps aliéné n’a été si important. Jamais les conditions du travail n’ont été aussi déplorables. Je vous renvoie au texte de Pierre Clastres pour référence.

 Le travail ne se confond pas avec le salariat. Le salariat est structurellement une forme aliénée du travail car elle met en relation un employeur puissant détenteur de l’outil de production et un offreur de travail, qui ne peut entretenir sa vie et la reproduction de sa force de travail que grâce justement aux moyens de production accaparés par le capitaliste. Le salariat est la forme moderne  du servage, son déguisement « démocratique ». Toutes les formes de travail libre, où le producteur détient son outil de travail (artisanat, petit commerce, paysannerie) régressent depuis la première guerre mondiale. Le projet du capitalisme hyperlibéral est la salarisation mondiale. Nous ne pouvons défendre le salariat.

 

En nous définissant comme « travailleurs », ne sommes-nous pas les complices volontaires (« De la servitude volontaire » est un ouvrage célèbre d’Etienne de la Boëtie), nous défendons une catégorie qui est celles des maîtres. Nous sommes comme ces valets de palace contents du compliment d’un milliardaire satisfait des pompes qu’on lui a bien cirées. A moins que l’intention soit de maintenir la centralité du contrôle des moyens de production, le capital passant aux mains d’une oligarchie politique censée savoir ce qui est bon pour le peuple. Le socialisme soviétique comme chinois ont succombé à ce défaut.

 Il n’y a pour s’en préserver que le moyen de la destruction soigneuse, continue, toujours renouvelée, de toutes les centralités, économiques, politiques, symboliques. Le capital et la propriété privée, sauf dans la limite de l’usage personnel et intransmissible, doivent disparaître.

Rien ne doit pouvoir être décidé sans ma participation et mon accord. La société par action doit devenir l’exception, avant de disparaître, la coopérative autogérée la règle, dans tous les domaines, production, commerce, habitat. Le salariat doit devenir l’exception, l’association économique égalitaire et l’emploi direct  la règle. Les coopératives, communes, comités, collectifs citoyens, l’éducation populaire doivent devenir le fondement de la démocratie directe auto-gestionnaire et l’assise des institutions politiques représentatives. Il ne peut y avoir centralité du contrôle du travail sans totalitarisme, et les prétendus socialismes autoritaires l’ont démontré dans le sang du peuple.

 Marx donne au mot travail a sens presque rédempteur. Il l’associe au progrès, qui, rationnel, bénéficierait à l’homme. Mais comment définir la rationalité, la raison ? Le premier homme sur la lune fut un militaire. Nous avons « conquis » notre satellite mais nombre d’humains n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Les soviétiques ont asséché la mer d’Aral pour cultiver le coton sensé apporter prospérité et puissance à la nation socialiste. En quoi conquête de l’espace et productivisme prométhéen sont-ils rationnels ?

 Or le travail est au cœur de cette relation de prédation : prédation de l’homme par l’homme – ce qu’a bien vu Marx – mais aussi de l’homme sur son environnement, qu’il n’a pas vu. Marx, en homme du XIXème siècle, accorde une valeur absolue à la rationalité. Absolu prométhéen annoncé par le christianisme qui fait de l’homme l’égal de dieu, omniscient, omnipotent, despote du monde. Ce despotisme monothéiste, le rationalisme scientiste le prolonge. Il est la religion du capitalisme. Capitalisme et crise environnementale sont deux aspects d’une même catastrophe. Nous ne pouvons revendiquer le travail, comme création-contrôle-domination.

 Travail : ce peut être encore le travail de la femme quand elle enfante. Naître c’est souffrir, vivre c’est souffrir. Alors beaucoup de choses deviennent acceptables. Dans ce sens là du mot travail, sa racine est tripalium*, instrument de torture employé par l’empire romain. Le travail comme culpabilité !

 Nous définir comme travailleur, c’est penser dans le cadre de notre aliénation. C’est le reproduire. Même notre imaginaire est colonisé. Dépouillons-nous du poison sémantique dont la culture, l’école, les média, l’entreprise l’étouffent. Si nous travaillons, c’est à notre propre liberté, à notre émancipation. Et les mots qui conviennent pour désigner cette prise d’autonomie, cet affranchissement, cette liberté, personnelle et collective, sont bien plus auto-détermination, loisir, paresse, oïtium, créativité, plaisir, plutôt que souffrance, aliénation, ennui, peine, chagrin, répétition, enfermement, prison, travail : ce sont là les catégories de notre servitude, celles de nos maîtres. Penser dans leurs ornières, accepter leurs mots, c’est acquiescer à leurs fouets, à leurs chaînes. 

 

* Sur l’étymologie du mot travail

 « Ce que l’historique du terme " travail " dévoile est l’association étroite de notre labeur quotidien, le travail au sens courant et moderne du terme, avec l’expérience de la contrainte et de la domination. Le tripalium est à l'origine du mot. C'est un instrument à trois pieux, un instrument de torture dit-on. En réalité, le tripalium correspond au travail utilisé dans les fermes : c'est un dispositif de contention utilisé pour aider à la délivrance des animaux, mais il est surtout utile au ferrage, au marquage au fer rouge, ou à des interventions vétérinaires douloureuses... j’imagine volontiers qu’il fut utilisé pour " contenir " les esclaves que l’on fouettait ou punissait.

"Le tripalium est bien, pour le Romain, et c’est attesté au début du moyen-age un instrument de supplice, dont dérive le terme " travail " désignant l’outil de contention familier aux éleveurs. Le dictionnaire nous rappelle pertinement l'historique et le croisement étymologique avec " trabicula ", petite travée, poutre, désignant un chevalet de torture : (trabiculare signifie " torturer " et " travailler ", au sens, de " faire souffrir "). Et c’est bien dans cette acception que s’utilise en ancien français le terme " travailler " et cela jusqu’au 12e et 13e siècle, et s’applique non seulement aux suppliciés, ou aux femmes en proies aux douleurs de l’enfantement, mais aussi aux agonisants. L’enfantement étant un " travail " non pas parce qu’on y re-produit la vie, mais en raison des douleurs de l’accouchement, au cours duquel sans doute, on devait - si elle était trop forte - immobiliser la mère... »

Du tripalium au chagrin, P. Deramaix

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 00:00

On ne lutte pas contre la coopération. Celle, qui ne manquerait pas de surgir, d’ennemis entre eux, dont le seul but commun expédienr, serait de les détruire, eux les surivalistes.

Ils seront seuls contre tous, eux protégés, habillés, chauffés, nourris contre des hordes d’assaillants miséreux. Les armes et la technologie n’y feront rien. La masse domine.

Du cataclysme, lent et brutal comme l’escargot ou et le glissement des plaques, survivront sont ceux qui auront trouvé,  plutôt que le Talion et la furie des haines enchaînées fusil au poing, la meilleure recette collective de se supporter entre eux, de se supporter eux mêmes et  de trouver avec l’univers un équilibre stable et durable.On diraitharmonieux.

Que défend le survivaliste ? Je cherche des concepts, des images  aussi intuitives que possible. J’en trouve trois, globalement acceptables :


- Ils défendent leur personne ? Mais la personne en Grec est ce qui per-sonne, ce qui sonne à travers, comme en per-formance.

- Le survivaliste défendrait-il l’individu ?

Mais de quoi cet in-dividu n’est-il pas divisible? Sinon du reste de l’humanité pas son père, sa mère, ses frère,  sœurs,  les frères de ses sœurs, de des frères, amies, et bref,  tous les êtres appréciés de ses mère et père et de tous ses aimés ?

Considérant ce reste comme une menace, c’est lui-même qu’il atteint, puisque de ce reste, puisque de cela, il est indivis. 

Ce n’est donc ni la personne - ce qu’autre chose anime - ni l’individu, - qui ne se sépare du reste - que défend le survivaliste. La seule chose qu’il puisse défendre est Ego.

- Ego : fonction narcissique, régressive, morbidement idéale.

Dans l’ordre humain, jamais égo, bien qu’irréductible, ne se conçoit sans son inscription intrinsèque dans le tissu des congénères, de leurs odeurs, gestes, mimiques, comportements, affects, attitudes, paroles, conceptions, vues, chair et représentations.

Narcisse est le pervers d’Ego : il est ego qui croit pouvoir se survivre seul.

Pervers, car les moyens  par quoi il croit survivre - stockage, fermeture, filtration, isolation, défiance, défense, réclusion, isolement, refus, ladrerie, usure - sont à lui et au reste des humains bien moins avantageux que coopération, entraide, empathie, générosité, amour.

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Published by Stephane Calence
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 21:22

Une arrête me pousse au milieu de la bouche

une de ces pointes téleostéennes effilées

venant cliver le palais comme un bec de lièvre

ou l’humus gras d’un soc fendant

la lourde glaise d’une vulve


de mes yeux je n’ai plus en capital

que la moitié de mes cônes


de mes deux os, je n’ai plus que le bréchet

que les enfants strictionnent

de leurs babils heureux


spina bifida

comme une poutre flambée

la prunelle de Caïn où pend à sa moitié

la glaire cristalline

du travail du stylet sur l’iris


je ne vois plus

sauf le miroir de Narcisse

l’art multiséculaire

de fendre la pupille

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Published by Stephane Calence - dans Oésie
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 20:44

Le paradoxe EPR (Einstein -Podolsky-Rosen) est désormais bien connu. On le nomme également et plus expressivement phénomène d’intrication. Constaté expérimentalement, il connaît aujourd’hui des applications dans le domaine de la cryptographie où il permet d’assurer la confidentialité des messages militaires ou des  instructions bancaires.

Dans les années 70, me semble-t-il, le phénomène s’étudiait sous un tout autre angle. Des expérimentations auraient alors été conduites   – je n’en ai depuis plus jamais entendu parler et ne saurait apprécier l'objectivité de leurs protocoles  – sur la réaction d’embryon de poules (des œufs fécondés) aux souffrances infligées à la mère. Les résultats semblaient montrer une relation entre les douleurs de la mère et les réactions de l’œuf embryon.

Ainsi, entre Vietnam et Flower power, l’intrication nourrissait des recherches sur la relation mère enfant, relation incomparable, unique, à l'origine probablement de toutes les relations sociales. A partir des années 80, ces mêmes recherches s’intéressent à la sécurisation des échanges financiers, militaires ou policiers. On mesure la chemin parcouru.

Mais laissons là ces considérations factuelles pour poser une question, ardue et spécialisée, et en même temps banale et simple, dans le sens où elle intéresse l’aperception directe du monde, la sensation et l’intuition.

Les particules intriquées ont d’abord été considérées comme des exceptions, des monstres physiques. Il n’est plus sûr aujourd’hui qu’elles ne constituent pas une partie importante des particules de l’univers. Les particules intriquées, très simples à produire avec un jeu de miroir  semi-diffusant, se comportent comme des dyades, c’est à dire comme reflets distincts mais symétriques. D’un reflet sur un miroir, on ne peut supprimer ni l’objet, ni le reflet. Ainsi se comportent les particules intriquées.

 Avec un peu de courage, elles nous conduisent à une géométrie vertigineuse de l’univers. Vertigineuse mais probablement, au moins, accessible en partie.

Mais voilà ma question : comment s’articulent le recyclage baryonique – le recyclage des particules assurant le transport d’information dans l’univers, et donc l’exercice des quatre interactions fondamentales – et le paradoxe EPR ? 

Rapprochées, les théorie de l’intrication EPR et celle du recyclage baryonique, nous contraignent à admettre que le reflet « intriqué » transporte instantanément à l’autre bout de l’univers une chaîne de causalité allochtone (une chaîne d’interactions aussi « vieilles » que l’univers mais générée « ailleurs »).

Cette chaîne d’interactions venue "d'ailleurs" vient s’insérer, depuis le monde observé (soumis à nos expérimentations) au sein de la chaîne des événements affectant la dyade distante.

Ces deux symétries (dyades) ont, sous l’hypothèse du recyclage baryonique, connu des destins (chaines causales) divergents. Le paradoxe EPR, expérimentalement démontré, nous conduit à l’obligation d’insérer des chaines causales allochtones au sein de chaines causales autochtones, et vice versa.

Cette insertion doit nécessairement se réaliser sans que soit jamais violée la consécutivité, la cause déterminant la conséquence, sans que jamais soit violés la flèche du temps ou le second principe de la thermodynamique. Autrement dit, d’un bout à l’autre, alors même que s'y intriquent  des consécutivités "locales" et "lointaines", l'univers demeurera localement cohérent à l'observateur, cause et conséquence entrant pour lui toujours dans un rapport de nécessité .

Ainsi si l’on délimite une quelconque portion d’espace-temps contenant au moins une singularité gaussienne, et que l’on dilate, ou contracte infiniment cet espace, je conjecture que l’on obtiendra une distribution de Cauchy. Un tel espace où se conjuguent à la fois paradoxe EPR, recyclage baryonique et transformation des distribution gaussiennes en distribution cauchiennes est d’une puissance métaphysique telle qu’elle remettra en question l’assiette même de nos cultures, pour leur plus grand bien, c’est à dire aujourd’hui pour leur survie.

Quelle est la taille de l’univers ? Pour aborder ce point existent de solides points d’appui  (Russel, Gödel, Hofstatder): quel étalon peut-on trouver pour mesurer l’univers ? Par définition, aucun étalon ne peut être pris en dehors de l’univers. L’étalon donc partage intrinsèquement les mêmes propriétés que ce qu’il mesure. Un tel étalon, miroir de ce qu’il mesure, ne peut donc nous apporter aucune information sur ce qu’il mesure. Il n’y a pas deux objets : un étalon métreur et un univers métré. De sorte que la question de la taille/durée de l’univers ne peut recevoir qu’une réponse tautologique, c’est à dire évidente et infra-discursive.

L’univers n’a d’extension/durée que rapporté à lui-même. Leur valeur est nécessairement l’unité. Dans un tel espace/durée, la paradoxe EPR cesse d’être un paradoxe. Il devient une évidence, construisant probablement, malgré notre aveuglement, l’essentiel de la durée de nos jours, remplis d’instant à déborder, quand nous n’avons l’œil que sur les lignes de fuite, demain, la mort, le lointain, le cosmos.

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 12:36

Bien qu’Aristote note dans sa Politique que la richesse poussée trop loin est socialement nuisible, faire de lui l'un des père de la démocratie n’est pas une proposition tenable.

Aristote se prononce pour un régime aristocratique - étymologiquement  le gouvernement des meilleurs, c'est à dire des plus capables, des plus talentueux.

Là où la proposition d'Aristote est fondamentalement viciée est qu'il n'indique nullement comment on décèle les meilleurs dans une société et selon quelles modalités on les amène au pouvoir. Nietzche, porté lui aussi au gouvernement des meilleurs - pour le philosophe allemand, le plus fort, le plus agressif, le plus violent, le Surhomme - commet la même erreur fondamentale.

L'Histoire a montré qu'en pratique ce type de philosophie politique amène rapidement au mieux à l'oligarchie, au pire à la tyrannie.

Contrairement à la doxa partout répétée, la Grèce n'est nullement la mère  de la démocratie: elle n'est que celle de la démocratie représentative et le fossoyeur de la démocratie directe qui anima la longue période de l'oralité. Parce que, dirait la Palisse,  l'oralité ne laisse pas de trace écrite, parce que  l'ère du Livre, de la Bible, de la lettre a toujours eu le plus grand mépris pour la sauvagerie illettrée (ce dont se fait l’écho le mythe d’Abel et de Caïn, du pasteur et de l’agriculteur), deux mille cinq ans de préjugés ont accrédité l'idée qu'il n'y avait avant la Grèce, avant l'écriture, qui n'apparaît pas en Grèce, mais déroule là pour la première fois en pleine maturité l'ensemble de ses conséquences , pas de philosophie politique et même pas de politique du tout, au mieux de vagues structure pré-politiques embryonnaires, brutales et tout encore empreintes de "nature": la harde, la horde, au mieux la tribu (voyez Freud et le mythe du meurtre du père).

L'idée que la Grèce est la mère de la démocratie, bien que fausse, est cependant tenace. Car en tant qu'ils se prononcent pour un système aristocratique, on peut tout aussi bien dire qu'Aristote, comme Platon, sont les pères de la tyrannie. Leurs origines, leurs position sociales, leur œuvre entière plaident en ce sens. La Physique d’Aristote, tout particulièrement,  sur les prémices de laquelle la science moderne est tout entière construite vise à asséner l'idée qu'il existe des lois de nature infrangibles. Si donc il existe de telles lois naturelles, elles doivent d’une manière ou l’autre se projeter  dans l'ordre humain et politique.

Acceptons le au rebours de la doxa classique, grecque, romaine et biblique : la Grèce des quatrième et troisième siècles marque  la fin de la démocratie de l'arbre à palabre, la fin de la démocratie des assemblées tribales, bref la fin de la démocratie directe ; elle inaugure la démocratie représentative.

Celle-ci, après deux mille cinq cents années d'usage est usée. Elle a dégénérée - en oligarchie médiocratique, i.e. le gouvernement des médiocres, des tarés, des héritiers, tant et si bien que cette prétendue démocratie moribonde concentre désormais le pouvoir entre les mains des plus pernicieux et collectivement délétères des humains. Les symptômes  de cette dégénérescence sont présents d'emblée dans la conception aristocratique du Stagyrite -

Tout comme la Grèce classique se situe à la charnière de l'Oralité et de l'Histoire, notre époque est elle aussi charnière. Période de crise où il s'agit de construire une nouvelle physique, une nouvelle économie, une nouvelle politique.

Nous laisserons à d’autres textes le soin d’éclaircir en quoi physique et économie sont des projections métaphysiques au sein de la praxis (1). 

En terme de politique l'enjeu est celui-ci: comment articuler démocratie directe et démocratie représentative ? A ce point, il faut citer Etienne Chouard, dont les travaux sont à le plus en pointe sur ces questions.

Quant à l'idée de démocratie participative, légère, ténue, insignifiante comme une petite phrase de politicien, un coup de plumeau, un simple vent suffisent à la balayer. "Kratein" en grec signifie gérer, régner, non pas assister en simple participant à voix consultative. En démocratie, le peuple, les gens, la Nation assènent leur volonté. Ils ne disent pas comme les enfants: "On dirait qu'on aurait le pouvoir, mais c'est pour de la fausse".  La  prétendue « démocratie participative » témoigne seulement des efforts désespérés d’une oligarchie pourrissante pressentant sa fin proche. Ils ressemblent furieusement à ceux déployés par les anciens monarques français prétendant dévoluer une constitution quand sous leurs fenêtres les pics du Peuple s’agitaient, que le hachoir de Guillotin s’affutait, clairs signes du lieu où repose la souveraineté réelle. 

 (1) Notons simplement à titre d’indice l’étrange proximité entre ces deux termes : la physique, qui analyserait un univers extérieur pour en dégager des Lois, et le physique, qui désigne le corps.

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 16:38

" … Avec toutes mes excuses pour les personnes que je blessent " (phrase trouvée sur un blog)

Tous et chacun nous faisons des fautes d'orthographe. L'orthographe française est d'une complexité ubuesque. Elle doit être réformée pour nombre de raisons. Mais pas n’importe comment. Le pire serait que chacun se mît à écrire selon son désir.

Car à quoi sert l'orthographe ? Elle est un consensus, une norme par laquelle nous décidons de nous entendre par delà les distances. Il est symptomatique que la dissolution générale de l'en-soi social s'accompagne aujourd'hui du délitement orthographique.

La grammaire de l'écrit, pour être largement consciente, n’en est pas moins  une mécanique analytique intellectuelle et sémantique « spontanée », pour n’être pas instantanée car elle   « coûte » au corps-esprit les quelque centièmes de seconde « durant » lesquelles se « déroulent » quelque milliards de milliards d’évènements quantiques, nommés « décohérences » par la mythographie contemporaine.

Comme analyse sémantique, la mécanique grammaticale écrite suppose un aller-retour, un avant-arrière, un temps d'arrêt-retour sur la pensée jaillie, projetée ensuite vers l'extérieur.
La grammaire de l'écrit impose donc un léger décalage par rapport à l'instantanéité du désir d'expression.

La grammaire de l'écrit est donc l'expression analytique de soi se tournant vers les autres et le monde. Si elle va à vau l'eau, au point d'accorder "je" au pluriel, c'est notamment que ce décalage entre le désir et l'instantané, ce décalage entre le moi impulsif et le moi réfléchi, ce décalage entre la bête humaine et l'homo sapiens, se réduit à quelques vestiges limbiques.

Cela nous le devons large partie  aux média instantanés, aux média donnant tout à voir sans laisser aucun jeu à l'imaginaire, à la liberté créatrice, sans interstice entre l’immédiat et l’intellectionné, sans distance entre le fourni et le construit, sans jeu entre la brutalité de la pulsion et la liberté de la construction.

Car la liberté est élagage, discrimination, volition. C’est à dire aussi et parallèlement acceptation des frustrations qu’impose l’abandon d’une partie des possibles. « Tout, tout de suite » n’est donc pas une recette de liberté mais au contraire un philtre d’aliénation. La télévision est ainsi par construction un media impératif, impérieux, et totalitaire. Pire, la 3D, accompagnée dans certains parc d’attraction de stimulations sensorielle directes (diffusion de parfum, mouvement du plancher, projection d'embruns, son « surround » accompagnant les scènes,...) en imposant une totalité sensible unilatérale, s’impose à la personne comme un succédané d’elle même.

Comme on vole au zombi sa propre humanité, la 3D chasse de la personne sa propre conscience : puisque tout est fourni tout construit, devient vaine, inutile, dispensable la distance de moi à moi. Or si cette distance – la conscience - est bien le lieu où se construit la souffrance, souffrance qu’abolit  apparemment la satisfaction immédiate du désir, cette distance est aussi le lieu critique où se construit le moi, l’mage novatrice, la liberté personnelle. Liberté personnelle qui est aussi, par agrégation et confrontation,  liberté collective, c’est à dire politique.

Dans une phrase telle que « toutes mes excuses pour les personnes que je blessent », la gentillesse de l’intention est notable. Mais en arrière plan s’amoncellent les cumulus plombés de la dissolution personnelle et sociale où s’abîment distance critique, conscience et liberté politiques.  
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 23:07

L’idée de revenu minimum est généreuse mais la main qui donne commande. D’où deux questions.

 On peut prétendre qu’on ne donne rien en échange. On ne nous donnerait simplement ce que l’on nous doit, pour le fait d’être héritier des hommes.

 Le seigneur rassemblait dans l’enceinte de sa forteresse ses troupeaux pour les protéger, et parmi eux les hommes. Le patricien romain distribuait l’obole quotidienne à ses clients, paysans appauvris qu’il avait ruinés en les remplaçant par les esclaves fournis par les conquêtes.

 La charité sert d’exutoire. Mais il y a mieux que la charité. Les pauvres sont des marchés. On peut encore leur soutirer de la valeur, de la peine, de l’autonomie par la promesse du minimum.

 Si je suis faible, malade, vieux, dépourvu, que j’ai épuisé les forces de me soutenir seul, certainement, j’ai droit au soutien. La solidarité est cette force que montre nombre de mammifères supérieurs à se soutenir ou se défendre les uns les autres. Elle peut être administrée, monétarisée, ou au contraire directe, communautaire, gratuite.

 Dans la monnaie se jouent l’ensemble des forces qui affectent le système économique et financier global. De sorte que la monétarisation fait peser sur la solidarité des forces économiques très lointaines, géographiquement ou par nature.

 D’où viennent-ils ?

 D’autres classes d’âge ?

 L’âge plutôt que l’incapacité à se soutenir fait le partage des eaux de la solidarité.

D’autres continents ? Les surplus de la solidarité proviennent aussi de l’exploitation colonialiste du monde, jadis négrière ou bananière, désormais pétrolière et industrielle. En en acceptant l’héritage, je m’en ferais le complice ?

Dans un tel système, le revenu de vie ne peut exister que par ce qu’en peut mesurer la monnaie. Or les pauvres ne décident pas de la monnaie.

 On ne peut se faire débaptiser. Aura-t-on le droit de refuser des dividendes de vie aux sources douteuses et aux intentions trompeuses ?

 Pour nombre de peuples primaux, la terre et ses fruits ne pouvaient être vendus. L’on était l’un de ses fruits.

 Mon droit ne doit aliéner celui d’autrui. Si j’ai plus qu’il faut à mon confort, j’ai des devoirs envers ceux que mon excès de jouissance privent de leur part d’air, d’eau, de terre, de confort, de subsistance. Si je possède un droit et n’en jouit pas, mon droit devient caduque. Lois foncières, aliénation de la propriété à sa jouissance, lois sur les transmissions, fiscalité promouvant la gratuité des usages et la taxation des mésusages, incitations à la coopération et à la codécison dans le travail, l’habitat, la justice et même la défense, bien des pistes existent pour bâtir une solidarité inscrite dans la chair même du lien social, autonome et non pas servant une norme extérieure.

 C’est une envie libre, mélange social d’amour, d’empathie et de besoin.

Plus le lien social est fort, plus forte est la solidarité. Plus fort le lien entre les gens. Le contrôle politique vise à utiliser à son profit la force de ce lien. La Providence est l’opium du peuple.

 On peut peiner à conceptualiser l’articulation entre démocratie représentative et démocratie directe, mais c’est un faux débat. Les clés sont plus à rechercher vers le tirage au sort, ou la mixité du tirage au sort et de la représentativité élective. Le tirage au sort est volontaire et peut être probatif. Le tiré est approuvé par le Conseil après X mois comme auditeur et devient électeur. Le système vise la continuité politique et représentative. Il faut que le statut électif soit attirant pour les classes les plus nombreuses, c’est à dire les plus faibles économiquement. Les mandats électifs étant limités en durée, il faut qu’une secrétaire, ou un ouvrier spécialisé, tiré au sort et volontaire, puisse s’engager avec une certaine sécurité dans un tel mandat. L’élu ou le tiré au sort doivent voir leurs intérêts protégés, pendant de longues années si leurs moyens sont faibles, afin que nul ne soit détourné de la possibilité de s’exprimer sur la base de la fortune.

 A t-on peur du lien direct ?

 On fournit aux gens la jouissance d’un revenu de vie. On leur donne la sécurité et l’irresponsabilité : dormez tranquilles, vous êtes dirigés. Voilà l’échange : l’irresponsabilité contre l’autonomie politique.

 L’idée de revenu de vie devrait être examinée plus à fond, rendue moins brute, mieux polie. Elle est un peu populiste, cherchant à plaire en dépit des implications. Les idées doivent être soigneusement débattues, analysées et envisagées, même dans certains de leurs développements dérangeants. Sinon cela pourrait gâcher toute la générosité.

 

21 juillet 2007.

 

Pour une discussion des conjectures du présent article, on peut se reporter à http://www.decroissance.info/article.php3?id_article=792

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 17:24

en bleu de chauffe j’irai

ravauder cordages et filets

je laisserai ma lance

et oyant le tango

je trierai maquereaux et mérous

desserrerai l’étreinte trucide

des étoiles sur les coques

à marée basse

dans de petites flaques

je cueillerai les vers

poilus ou annelés

pour les offrir à la brune venue

à la blonde choisie

à marée basse

les crabes roulent comme des larmes

sur les rides des vieilles femmes

nous ferons le tour de leurs coiffes en tandem

nous les amidonnerons de nos semences

qu’elles rient, qu’elles rient les débris

qu’elles montrent leurs râteliers jaunis

et toute la sombre

végétation de leurs gorges affaissées

en tandem cul et selle

nous jetterons à poignée

au soleil le sel des marais

que de pousses, que de pousses vertes

de grasse salicorne !

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