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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 21:44

FLEMME

Encore une nuit dans la mort trouée. Il l fait noir, ça pue. Je me suis affalé ce matin avec mes chaussettes. J’entends étouffé le bruit des poubelles métalliques qu’on remue. Cette histoire doit être ancienne, car les poubelles sont désormais en plastic par arrêté municipal. Quand je me suis réveillé, j’étais assis sur mon lit, les draps bien blancs luisant faiblement. Mon lit était tourné contre le mur, sans que je sache s’il s’agissait d’un exercice Zen ou une punition pour je ne sais quelle faute. Dehors bien qu’il ne plût pas, le paysage était inondé. L’eau mouillait tout, les chaussées, les automobiles, les vélos, les devantures, les passants, sans tomber. La journée précédente avait été belle, la lumière jouait dans les rideaux jaunes pâles. Je n’avais rien fait, juste regarder les passants autour de la fontaine en bas et les consommateurs aux terrasses des cafés. Ma vue s’attardait sur les cuisses et les poitrines des jolies filles. J’aurais certainement pu en persuader une de grimper sur ce lit.  Mais il m’aurait fallu descendre. J’ai donc allumé la télévision. Il s’est mis à pleuvoir, et tout a été balayé, les passants ; les terrasses, les parasols, les arbres, tout était trempé d’eau, qui fuyait vive dans les avaloirs, chevauchée par des pirogues de feuilles. Le jour avait fortement décru, comme si on avait éteint la lumière. Mais j’avais toujours mon poste branché.  Je préférais qu’il fasse sombre : après tout cette lumière me dérangeait, et les filles n’avaient qu’à faire aussi un effort. L’esprit du moine Zen doit être tranquille comme la flamme qu’aucun souffle ne trouble. Moi, j’étais plutôt comme le  glaïeul ou une autre fleur à tige charnue plantée dans son vase ; tout aussi stable que la flamme, aussi tranquille, je ne pensais pas aux tremblements de terre. Que m’importait la météo, la bourrasque au dehors, les garçons de café rentrant en hâte leurs fauteuils d’osier : je préférais savoir le temps à New Delhi ou à Pékin sur ma télévision. J’avais de tout façon au réfrigérateur, dans les placards ou les tiroirs ma provision d’intempérie, de vagues, de vents violents et d’éclats de tonnerre, suffisamment de réveils inondés par les fleuves ou les pleurs, suffisamment de bière pour me noyer, d’alcools forts pour sonder les catacombes,  de tabac  pour imiter la ville (c’est un des principaux avantages de la ville que de priver les gens  d‘air).

Dans ces conditions j’avais peu d’énergie pour mes journées. Je restais coi sur mon lit à l’envers aux draps faiblement éclairés.  Par la fenêtre, je devinais la cime des arbres, coupée par l’appui vert de la fenêtre. J’imaginais l’écorce noire et humide des branches des arbres de la cour, criss-crossed en quinconce comme des mains figées plantées en terre. Au delà je voyais les toits d’ardoise pointus de quelque bondieuserie. Je savais toute la ville immobile. D’ailleurs, elle n’avait pas beaucoup de place entre le ciel bas et sombre et tout es murs mouillés qui s’arrêtent à la plaine faute de repères : cinq cent mètres après la plaine c’est toujours la plaine. Il y a quarante ans ma tante me racontait son combat contre la religion, la lutte corps à corps dans son âme entre corset psychologique et épanouissement. Je m’en souviens comme si c’était hier, mais franchement je n’ai plus le goût d’écouter . Il a tellement plus que ça été dissout. En fait ce n’est plus qu’une question de temps : ces filles qui pourraient venir me voir ou  que je pourrais aller chercher, je m’en fous, comme de ces confidences qu’on a pu me faire, ou ces nirvanas d’idéalité : je m’en fous. Si désormais, je ne fais plus rein, je mourrai jeune. 

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 20:27

 

L’affaire est pliée. Avec son introduction en bourse VisageLivre signe le  début de son déclin. Signaux inquiétants : son chiffre d’affaire croît mais sa rentabilité décroit. Sa capitalisation boursière représente près de trente ans de ses profits. Personne n’a une telle visibilité sur une si longue durée. Lorsque se sentent les premières étreintes de la puissance des marchés, sorte d’opinion publique financière, une porte de sortie est l’introduction en bourse. Elle permet, en diluant la propriété, de diluer la responsabilité de l’échec.

VisageLivre croit s’en sortir en proposant des service premium, c’est à dire payant. Comment ne pas voir que VisageLivre n’a du son succès qu’à la possibilité donnée gratuitement à chacun de faire des relations publiques, chacun jouant avec les autres – aussi puissants soient-ils – sur un pied d’égalité.

Dès lors qu’il sera compris par le large public que les « payants » jouissent du point de vue des relations publiques d’une position privilégiée, tout l’intérêt de VisageLivre s’évanouit.

Fondamentalement VisageLivre a permis qu’émerge quelque sorte d’opinion publique mondiale ou régionale (pensons aux révolutions arabes…). Dès lors que VisageLivre perd cet attrait de « démocratie directe », il n’est plus qu’un acteur capitaliste comme tous les autres.

Pour  VisageLivre comme pour les LunettesDeNage, en effet, le risque principal probablement est le risque de l’opinion publique, principalement sous l’angle politique. Dès qu’il ne s’agit plus de relier chacun à chacun, mais de relier préférentiellement telle oligarchie payante ou puissante à telle autre oligarchie payante ou puissante, dès lors tombe l’argument central « démocratique »  du « un à un ».

S’il était possible de dissocier opinion « commerciale » et « opinion politique », VisageLivre aurait ses chances. Mais son modèle est un modèle de masse. Pour adhérer, les utilisateurs, qu’il soit européens, asiatiques ou américains pensent qu’il existe entre eux quelque sorte de communauté. Dès lors que s’introduit un biais – les oligarques parlent aux oligarques – l’illusion de masse « démocratique » disparaît. Et avec elle, les revenus publicitaires.

Quant à Mark Zutenberg, il n’est probablement que la victime des ses propres vices, qui l’ont jeté entre les mains d’un système plus vicieux encore, vicieux en ce qu’il met en péril l’existence  de l’espèce humaine elle-même.

Du point de vue de notre espèce la fin de VisageBook est un bienfait.

A long terme, nous sommes tous morts : l’intuition boursière rejoint l’intuition tout court. 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 13:38

je te cherche mon coeur

je tourne toujours autour du pot

et les doigts dans les yeux je tâtonne

une fleur sur la langue je zézaie

et l’X dans les pattes entravé je trébuche la gueule dans le gazon 

du chapelet de chicots égrenés à la fleur de mon nez

germent deux baobabs

griffant le ciel bientôt de mille tentacules affolés

la mousse s’accroche aux aisselles de leurs bras dans le spasme des lichens

au-dessus un arc de sel aux couleurs brûlées me rabote le cerveau

mâchoires calaminées, torticolis arboricoles

je cherche l’ouverture

de ce fouillis mathématique, la tanière du cygne alchimique où porter ma folie

là où le V s’empointe un doigt dans le pubis

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 12:47

Il y a dans un cœur

deux poids et deux mesures

également présents,

également prégnants

l’amour d’un être unique

chéri pour lors en toute sa vertu

abysse ontologique

de l’autre en soi pour soi

et puis  l’épuisement

fougueux, volubile, fécond et vain

de l’autre sexe qu’on prend

qui laisse des traces

zébrures aux commissures       

et coin de plomb dans l’âme

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 12:45

Une longue élingue

conduisant le regard

perspective renaissante

vers la grave masse

pesante du regard d’une femme cigüe

quelque Descartes, quelque Vinci,

quelque esprit  maussade,

de ces enfants qui n’ont senti de la vie

que la face chagrine

 - intoxication plutonienne ? -

l’esprit perdu à des flots volubiles à l’excès

n’ayant vu dans le regard de la chandelle

pendue au précipice

que les flagellations multiples

que l’adolescence s’inflige

amoureux plus que beau

de la pucelle féconde

charnue d’amour

et découvrant avec la vie

que la maison la plus lourde

construite de pondéreux vaisseaux

et de pesants parpaings

de congrus trésors de sapèques

régurgite et la vie et la mort et

dans un pet

une plume  évanescente

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 12:41

 Il n’y a qu’un « i »

 fin comme le fil 
 pour foudroyer le nerf 
 comme la dague dans l’iris 
 Ils sont bleus 
 tendres et veineux 
 comme des fesses lipides 
 ils sont fins 
 fins 
 ineffables et fugaces  
 Ils n’ont point 
 le discernement de l’ascète 
 de l’ascète de Kim 
 tombé dans son ruisseau 
 après l’ iridescence 
 fin comme un fil 
 qu’on inspire 
 il fut et susurre des « s » 
 d’hélium et de gaz rares 
 à la molécule légère 
 ou telle particule 
 inconnue et sans masse  
 possible dans l’hypothèse 
 seulement 
 loin des masses de viscères 
 juste des faisceaux de vent 
 fouettant  
 sur le grand ciel 
 désespérément bleu 
 le fanion martyr 
 du mysticisme hopi 
 pueblo ! pueblo ! 
 Il gravit la terrasse 
 un jour ordinaire 
 un jour nouveau 
 où les treilles d’osier 
 capturent dans leur nœuds 
 poisson et vérité 
 Il fut un fil 
 un fil soyeux  
 couleur indigo 
 qui n’a de cheveu  
 que le petit colon 
 et une herbe pour sucer 
 au chalumeau 

l’air ténu ! 

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 11:40
Amies, amis,

La mer s'est retirée avant le tsunami.

Entendez-vous l'écrasant silence de la veillée d'armes ?

"Le comité invisible est du côté  de ceux qui s'organisent"
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 21:01

Maranda a capturé la pieuvre des Lau.

Il l’a gardée dans sa piscine où elle est morte.

Il a beau se défendre, il est coupable.

Ses intentions ne furent, ni ne sont pures.

Il suffit de le lire pour s’en rendre compte.

 

Maranda captured the Sacred octopus of the Lau people. He kept It in his swimming pool where it died.
He claims it is not true.
But however, West or East, whom who reads clearly
can see in his own words his full guilt.

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 20:36

Le Vendée Globe Challenge se court actuellement.

Grâce à des caméras embarquées,

des satellites, des émetteurs, des centrales

et les millions d’heure de travail qui les sous-tendent,

nous voyons à l’étrave des bateaux profilés

filer l’eau en remous tendus.

Véolia,

Veolia Environnement

fait partie de la course !

Ils triment les beaux navigateurs !

Ils suent.

Ils feront demain la pub pour des déodorants.

Naguère, Bernard Moitessier refusait la course.

Le monde avait un sens.

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 18:22

Les Chinois font reposer le monde sur une tortue, cet animal singulier dont la carapace est ronde dessus et carrée en dessous. Ronde et carrée, telle cette source étonnante entre Rochefort et Royan où un mince canal large de deux doigts relie deux vasques creusées dans la roche, peu profondes, l’une ronde, l’autre carrée.

 

On descend – la source est en contrebas - par quelques marches d’une maçonnerie chaulée dont on l’a ceinturée, et surmontée d’une croix, comme pour la circonscrire.La situation de cette étrange source, à l’ourlet d’une falaise fossile (au loin l’océan moutonne), presque un point d’eau où venaient s’abreuver les animaux de la forêt, et son enfouissement lié à la plastique du sol sous le poids et les intempéries, témoignent de sa très haute antiquité. Plus bas à un jet de pierre, une chapelle et un cimetière montrent qu’on a voulu là substituer un sacré à un autre. Quel formidable cosmos repose muet là ? Quelle menace ?

 

Un écriteau attribue l’édification du ridicule édicule à Saint Machin au XIIIème siècle. Qui l’a rédigé ? Quelque fonctionnaire patrimonial, aux yeux aveugles, et se faisant idéologue par devers-lui comme les moutons bêlent ? Ainsi va la vie des propagandes colonialistes qui finissent par se nourrir d’elles-mêmes et dont la durée se mesure en millénaires.

Du temps où on creusait ces deux cuvettes jumelées, ronde et carrée, reliées par une goulette, ces temps irrationnels comme le reste d’ailleurs le nombre pi, rapport du carré au cercle,  le territoire s’animait d’une géographie symbolique et vitale qu’auraient admise d’improbables aborigènes australiens égarés en Gaule.

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